Le P. d'Alzon et Lourdes ou un 'pèlerin réconcilié'

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CITE DU VATICAN, Mercredi 28 juillet 2004 (ZENIT.org) –  » J’arrive de Lourdes ou j’ai bien longuement prié pour vous. J’ai demandé la vraie sainteté, l’humilité, l’esprit de foi, le zèle. J’ai prié aussi pour toutes vos filles et je me suis donné le plaisir de me faire enfermer derrière la grille qui protège la grotte contre le public, pendant près de quatre heures. Vous voyez que j’ai le temps de prier pour mes amis », écrit le P. d’Alzon à la fondatrice des religieuses de l’Assomption, la bienheureuse Marie-Eugénie Milleret (http://www.assomption-ra.org), dix ans après les apparitions de la Vierge à Bernadette, et comme l’indique ce récit du site des Assomptionnistes (cf. www.assomption.org), promoteurs du « Pèlerinage National » par l’association Notre-Dame du Salut (cf. www.notredamedesalut.org).

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Le P. d’Alzon et Lourdes ou un ‘pèlerin réconcilié’

C’est dans un tout autre contexte que le P. d’Alzon va découvrir Lourdes et son message. Les apparitions de Lourdes en février 1858 sont loin de le laisser indifférent. Rappelons les faits à grands traits: le jeudi 11 février 1858, Bernadette Soubirous, fille aînée d’une famille pauvre d’anciens meuniers, va ramasser du bois mort avec deux compagnons, sa sœur Toinette et Jeanne Abadie, le long du Gave, au lieu-dit rocher de Massabielle. La vision d’une ‘Dame’ lui apparaît, à elle- seule, au-dessus d’un églantier, dans l’anfractuosité du rocher. La vision se renouvelle 18 fois jusqu’au 16 juillet 1858.

Le 25 mars, à sa demande, exigée par le curé de Lourdes, l’abbé Peyramale, la visiteuse céleste se nomme ‘l’Immaculée Conception’, du nom même que, quatre ans plus tôt, le pape Pie IX a inséré dans la définition mariale dogmatique. Le jaillissement d’une source ajoute le miracle à la révélation, d’un contenu très évangélique: prière, conversion, pénitence. Après une longue enquête, l’évêque de Tarbes, Mgr Laurence décide de faire ériger l’église que la Vierge a souhaitée.

Les curieux affluent, l’impératrice Eugénie en cure à Biarritz profite de la proximité géographique pour faire une visite ‘incognito’ à Lourdes. Le 4 juillet 1866, Bernadette se soustrait à la curiosité gênante des pèlerins et devient le 29 du même mois Sœur Marie-Bernard chez les Sœurs de la charité de Nevers ou elle meurt prématurément de la tuberculose en 1879. L’abbé Peyramale est décédé déjà en 1877. Mais depuis longtemps un mouvement incoercible emporte les foules chrétiennes à pèleriner à Lourdes.

Lourdes est un vocable bien attesté dans les écrits du P. d’Alzon à partir de 1868: on ne compte pas moins de 143 occurrences du terme dans sa correspondance, connecté d’ailleurs avec les réalités du ‘ vocabulaire marial’: Notre-Dame, Vierge, église, miracle, conversion, grotte, prière, grâce, pèlerinage, eau, neuvaine…

D’après le témoignage de sa correspondance, le P. d’Alzon s’est rendu lui-même à Lourdes 5 fois, mais dans des contextes différents qui méritent une analyse détaillée. Profitant d’un temps de cure à Bagnères-de-Bigorre, il fait en pèlerin solitaire la découverte des lieux le 15 août 1868, dix ans après l’année des apparitions. Il trouve quand même le temps d’y prêcher et écrit le lendemain au P. Picard:  » Je vous réserve une petite pierre, que j’ai prise juste à l’endroit ou la source de la grotte de Lourdes a jailli « . Il confie à la Vierge toutes ses intentions et celles des familles religieuses de l’Assomption, particulièrement les Religieuses et les Oblates.

A Marie-Eugénie de Jésus, il explicite davantage ses sentiments:  » J’arrive de Lourdes ou j’ai bien longuement prié pour vous. J’ai demandé la vraie sainteté, l’humilité, l’esprit de foi, le zèle. J’ai prié aussi pour toutes vos filles et je me suis donné le plaisir de me faire enfermer derrière la grille qui protège la grotte contre le public, pendant près de quatre heures. Vous voyez que j’ai le temps de prier pour mes amis. Je vous envoie la photographie de Bernadette, aujourd’hui Sœur Marie-Bernard à Nevers; j’y joins une petite plante cueillie immédiatement au-dessous de l’endroit ou l’apparition eut lieu. Si je le pouvais, je favoriserais cette dévotion. Au lieu que La Salette m’a laissé, je ne sais pourquoi, incrédule ou du moins dur et sec, Lourdes m’a apporté je ne sais quel parfum de paix, de confiance et d’espoir que je me convertirai quelque jour. A la messe dite par moi dans une chapelle au-dedans de la Grotte, j’ai mis votre nom le premier après celui de mon Assomption des hommes « .

Agé de 58 ans, le P. d’Alzon dit son intention de revenir à Lourdes, mais sous la forme d’un pèlerinage à pied, au mois de quatre heures pour l’aller. Sur la route qui conduit à Lourdes, le P. d’Alzon à « pèleriné » avant ses fils. Son deuxième voyage à Lourdes ( 6-9 octobre 1873 ) s’accomplit dans le cadre d’un pèlerinage diocésain de Nîmes. On sait seulement qu’il y prêche à 1 100 Gardois le mardi à la grotte sur le thème « Ipse dixit et facta sunt, mandavit et creata sunt ». Le lendemain, mercredi 8, à 7 h, il célèbre une messe a laquelle les communions sont nombreuses. On rentre à Nîmes le jeudi 9: le drapeau du collège de l’Assomption flotte en tête du cortège qui vient accueillie les pèlerins à la gare de Nîmes.

On peut remarquer que le P. d’Alzon n’a pas participé au premier pèlerinage national de Notre-Dame de Salut à Lourdes qui eut lieu en mai sous l’égide du P. Picard, mais que dès le 30 janvier de cette même année 1873, il a prêché en l’église Saint-Baudile à Nîmes en faveur de l’inauguration d’une statue de Notre-Dame de Lourdes et que le 25 février il a présidé la réunion locale de Notre-Dame de Salut. Mgr Plantier a vraiment communié à la faveur mariale du P. d’Alzon en faveur de Notre-Dame de Lourdes.

La cathédrale de Nîmes, dédiée à la Vierge Marie et à Saint Castor, leur doit à tous deux la restauration de l’ancienne chapelle intérieure dite ‘Saint-Louis’ et devenue en 1873, au retour du pèlerinage diocésain, la ‘chapelle de Notre-Dame de Lourdes’, décorée et ornée d’une peinture représentant la grotte de Massabielle. Mgr Plantier est d’ailleurs enseveli, non dans le tombeau des évêques situé dans le chœur de la cathédrale, mais au pied de l’autel de cette chapelle. Gravée à même le sol sur le pavé, une inscription en latin retrace sa vie tandis que, de part et d’autre de l’autel surmonté de la statue de l’Immaculée Conception, une autre inscription relate le pèlerinage de Lourdes de 1873.

En juin 1874, le P. d’Alzon accompagne un pèlerinage diocésain de Montpellier à Paray-le-Monial et peut prendre quelque temps de retraite à Betharram ( 7-20 août 1874 ) d’où il s’extrait le mardi 18 août pour rejoindre dans la cité mariale ses 3.000 compatriotes Gardois venus grossir les délégations diocésaines et régionales du National, dont les 450 pèlerins descendus de Paris: c’est le troisième pèlerinage du P. d’Alzon à Lourdes et sa première participation au pèlerinage national de Notre-Dame de Salut.

Le mercredi 19, il s’adresse aux pèlerins au cours de la messe de communion et rentre à Nîmes dès le jeudi 20 août, avant la fin du pèlerinage. Malgré son intention déclarée, le P. d’Alzon ne peut réaliser en 1875 son vœu de se joindre au National. Son programme d’été est assez perturbé par la mort de son évêque, Mgr Plantier le 25 mai et les tractations qui s’en suivent pour la nomination de Mgr Besson lequel insiste auprès du P. d’Alzon pour que celui-ci accepte le renouvellement de sa nomination comme vicaire général.

En 1877, le P. d’Alzon peut à nouveau réaliser une quatrième visite à Lourdes, dans le cadre du pèlerinage national ( 16-24 août ), en retrouvant sur place la délégation diocésaine de Nîmes. Parti de Paris le 17 août, il arrive à Lourdes le 19 et écrit, enthousiasmé, le 20 août, à Mère Marie-Eugénie de Jésus:  » A Lourdes depuis hier matin, de midi à 5 heures, nous avons eu sept miracles. Mgr Peyramale et M. Lasserre m’avaient dit, chacun de leur côté: ‘Les pèlerinages et les miracles s’en vont’. Ils sont revenus… Les miracles ont réveillé l’enthousiasme. Mgr Peyramale trouve que la journée d’hier a été l’une des plus belles de l’histoire de Lourdes « .

Le P. d’Alzon se trouve à Nîmes quand il apprend, atterré, la mort de son ami, l’abbé Peyramale décédé le 8 septembre 1877, le jour même des funérailles de Thiers, l’ancien chef du gouvernement français qui avait imprudemment déclaré à la tribune que les pèlerinages n’étaient plus dans nos mœurs. En guise de souvenir, le bâton du curé de la cité mariale doit être remis au P. d’Alzon par un novice, le Frère Norbert Matthieu, qui distrait, l’oublie dans
un train. Le P. d’Alzon fait célébrer à Paris comme à Nîmes un service religieux à la mémoire de ‘ce saint prêtre’ qui lui avait confié avant sa mort:  » Je ne demande à Dieu que douze mois pour finir mon église ». On sait que les derniers jours du prêtre avaient été attristés par un différend qui l’opposait à son évêque et aux missionnaires diocésains de Garaison appelés au service des sanctuaires mariaux dès 1866.
(à suivre)

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ZENIT Staff

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