ZENIT – Francais https://fr.zenit.org Le monde vu de Rome Fri, 28 Jan 2022 18:05:06 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.4.9 https://fr.zenit.org/wp-content/uploads/sites/4/2020/07/9e4929ea-cropped-dfdb632a-favicon_1.png ZENIT – Francais https://fr.zenit.org 32 32 Une survivante de la Shoah au Vatican – les 5 titres du 28 janvier 2022 https://fr.zenit.org/2022/01/28/une-survivante-de-la-shoah-au-vatican-les-5-titres-du-28-janvier-2022/ Fri, 28 Jan 2022 18:01:35 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170109 Et l'année judiciaire de la rote romaine

The post Une survivante de la Shoah au Vatican – les 5 titres du 28 janvier 2022 appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Tribunal de la Rote romaine : le pape souligne le rôle « pastoral » du juge (traduction 2/2)

Inauguration de l’année judiciaire

Shoah : lutter contre l’antisémitisme et la désinformation (traduction complète)

Intervention du Saint-Siège à l’OSCE

Shoah: visite d’une survivante, Edith Bruck, au Vatican

Le récit qui a touché le coeur du pape François

Information: chercher la vérité mais respecter les personnes même si elles divulguent des « fake news »

Message du pape François aux journalistes catholiques

Lépreux: 532 léproseries catholiques dans le monde, recense l’agence Fides

Et l’apostolat du bienheureux Jan Beyzym

The post Une survivante de la Shoah au Vatican – les 5 titres du 28 janvier 2022 appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Information: chercher la vérité mais respecter les personnes qui divulguent des « fake news » https://fr.zenit.org/2022/01/28/information-chercher-la-verite-mais-respecter-les-personnes-qui-divulguent-des-fake-news/ Fri, 28 Jan 2022 17:56:47 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170138 Message du pape François aux journalistes catholiques

The post Information: chercher la vérité mais respecter les personnes qui divulguent des « fake news » appeared first on ZENIT - Francais.

]]>

Le pape François recommande aux journalistes, et notamment les médias catholiques, à « vérifier » les faits qu’ils rapportent tout en adoptant une attitude respectueuse envers les personnes qui produisent ou qui reçoivent ou divulguent des « fake news ».

Le pape a en effet reçu au Vatican des membres d’un Consortium international de médias catholiques – « Catholic FactChecking » – ce vendredi 28 janvier 2022 au Vatican.

« Il ne faut jamais oublier la distinction fondamentale entre informations personnes. Les fake news doivent être réfutées, mais les personnes individuelles doivent toujours être respectées, car elles y croient souvent sans en être pleinement conscientes ou responsables », a insisté le pape François.

Plus encore, le pape encourage les reporters chrétiens à adopter un « style évangélique » pour être des « bâtisseurs de ponts », des « promoteurs de la paix », toujours à la recherche « de la vérité », en cherchant ce qui promeut « le bien de tous » et non « ce qui isole, divise et oppose en cette période de pandémie ».

Le consortium s’est donné pour mission de démasquer les « fake news et les informations partielles ou trompeuses » à propos de la vaccination contre la pandémie de Covid-19 et les questions éthiques qu’elle pose.

The post Information: chercher la vérité mais respecter les personnes qui divulguent des « fake news » appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Lépreux: 532 léproseries catholiques dans le monde, recense l’agence Fides https://fr.zenit.org/2022/01/28/lepreux-532-leproseries-catholiques-dans-le-monde-recense-lagence-fides/ Fri, 28 Jan 2022 17:40:10 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170105 Et l'apostolat du bienheureux Jan Beyzym

The post Lépreux: 532 léproseries catholiques dans le monde, recense l’agence Fides appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
A l’occasion de la 68ème Journée Mondiale des Lépreux, célébrée sur trois jours, les 28, 29 et 30 janvier 2022, l’agence vaticane Fides recense 532 léproseries catholiques dans le monde, et évoque une « Église missionnaire pour les lépreux », ce vendredi 28 janvier 2022. Fides évoque aussi l’apostolat d’un jésuite originaire d’Ukraine, le bienheureux Jan Beyzym.

*******

Selon les données du dernier « Annuaire statistique de l’Église », l’Église catholique gère 532 léproseries dans le monde. Voici la répartition par continent : en Afrique 201, en Amérique 41 (total), en Asie 269, en Europe 19 et en Océanie 2.

Les pays qui comptent le plus grand nombre de léproseries sont les suivants : en Afrique : Madagascar (31), République démocratique du Congo (26), Égypte (24) ; en Amérique centrale : Mexique (3) ; en Amérique centrale-Antilles : Haïti (2) ; en Amérique du Sud : Brésil (18), Colombie (5), Chili (4) ; en Asie : Inde (216), Vietnam (15), Indonésie (9) ; en Océanie : Papouasie-Nouvelle-Guinée (2) ; en Europe : Ukraine (10), Belgique (8).

La 69e Journée mondiale des lépreux est célébrée le dernier dimanche de janvier, cette année le dimanche 30. Elle a été créée en 1954 par l’écrivain et journaliste français Raoul Follereau, surnommé « l’apôtre des lépreux », qui luttait contre toutes les formes de marginalisation et d’injustice. Aujourd’hui, la lèpre figure sur la liste des maladies tropicales négligées (MTN) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et, bien qu’elle soit guérissable, elle constitue toujours un problème de santé publique dans plusieurs pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, où persistent des conditions socio-économiques précaires qui favorisent la transmission de la maladie et rendent le diagnostic précoce problématique.

Comme le rapporte l’Aifo, l’association italienne des amis de Raoul Follereau, qui promeut la célébration de cette journée et d’autres initiatives tout au long de l’année, l’OMS a publié début septembre son traditionnel rapport sur la situation de la lèpre dans le monde. Le premier aspect à souligner est que seuls 127 pays (sur 221) ont fourni des données sur la lèpre pour 2020, contre 160 pays en 2019.

Le nombre annuel de personnes diagnostiquées dans le monde est de 127 396 (38,6% de femmes), un chiffre bien inférieur à celui de 2019 (202 185 personnes), soit une réduction de 37,1%. Cette chute soudaine est sans doute due à une diminution de la collecte de données pendant la pandémie de Covid-19, et doit donc être interprétée avec prudence lors du calcul des tendances à long terme. L’Église missionnaire a une longue tradition d’assistance aux lépreux, qui sont souvent abandonnés même par leur propre famille, et leu r a toujours fourni non seulement des soins médicaux et une assistance spirituelle, mais aussi des possibilités concrètes de guérison et de réinsertion dans la société. Dans de nombreux pays, ces patients font encore l’objet de graves discriminations en raison de l’incurabilité supposée de la maladie et des terribles mutilations qu’elle provoque.

Parmi les instituts religieux qui, dans le cadre de leur mission évangélisatrice, se sont consacrés aux soins médicaux et à la réinsertion sociale des lépreux, dans le passé ou encore de nos jours, on peut citer les Camilliens (Ministres des malades, MI), les Franciscaines Missionnaires de Marie (FMM), les Filles des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie fondées par le missionnaire salésien le Bienheureux Père Luigi Variara, les Mineurs Franciscains et Capucins, les Jésuites, les Missionnaires de la Consolata, les Missionnaires Comboniens, les Missionnaires PIME, les Missionnaires de l’Immaculée… .

Plusieurs missionnaires béatifiés ou canonisés ont consacré leur vie à l’allègement des souffrances des malades de la lèpre. Parmi eux, le saint belge Jozef Daamian De Veuster SSCC, (1840-1889) universellement connu comme l’apôtre des lépreux de l’île de Molokai. Après avoir lui-même contracté la lèpre, il est mort à l’âge de 49 ans, après avoir passé 16 ans parmi les lépreux. « Damien était avant tout un missionnaire catholique », a déclaré le pape Benoît XVI dans son homélie pour sa canonisation. Le Père Damien est connu aujourd’hui comme un héros de la charité parce qu’il s’identifiait si étroitement aux victimes de la lèpre. »

Sainte Marianne Cope, O.S.F., (1838-1918) originaire de Hesse, est entrée dans la congrégation franciscaine du Tiers Ordre à Syracuse, a travaillé comme enseignante, puis comme infirmière dans les hôpitaux et, en 1883, est partie pour Hawaii, où elle a servi comme infirmière dans les léproseries de Honolulu et Molokai, travaillant pendant longtemps avec le missionnaire Damian de Veuster, dont elle a poursuivi l’œuvre. Elle est morte à Molokai en 1918, après avoir passé 35 ans parmi les lépreux.

Le bienheureux Jan Beyzym, S.I., (1850-1912) né dans l’actuelle Ukraine, à l’âge de 48 ans, avec le consentement de ses supérieurs, part à Madagascar pour le « service des lépreux ». Il a donné toutes ses forces, tous ses talents et tout son cœur aux malades abandonnés, affamés et marginalisés. Il s’est installé parmi eux, pour être avec eux jour et nuit. Il a réalisé un travail de pionnier, qui a fait de lui le précurseur de la prise en charge actuelle des lépreux. Avec les dons recueillis auprès de ses bienfaiteurs et de ses compatriotes, il a construit un hôpital à Marana pour 150 malades, pour les soigner et leur donner de l’espoir, et il existe toujours aujourd’hui.

Copyright © Fides.org

The post Lépreux: 532 léproseries catholiques dans le monde, recense l’agence Fides appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Tribunal de la Rote romaine : le pape souligne le rôle « pastoral » du juge (traduction 2/2) https://fr.zenit.org/2022/01/28/tribunal-de-la-rote-romaine-le-pape-souligne-le-role-pastoral-du-juge-traduction-2-2/ Fri, 28 Jan 2022 17:37:06 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170130 Inauguration de l’année judiciaire

The post Tribunal de la Rote romaine : le pape souligne le rôle « pastoral » du juge (traduction 2/2) appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
« L’administration de la justice dans l’Eglise est une manifestation du soin des âmes, qui requiert une sollicitude pastorale afin d’être serviteurs de la vérité qui sauve et de la miséricorde ». C’est ce qu’a affirmé le pape François dans la deuxième partie de son discours aux représentants de la Rote romaine, reçus en audience jeudi 27 janvier 2022.

Le pape François a reçu en audience les prélats auditeurs, les ‘officials’, les avocats et les collaborateurs de la Rote, dans la Salle Clémentine du Palais apostolique du Vatican, à l’occasion de l’inauguration solennelle de l’année judiciaire. Il a centré son discours sur « la synodalité dans les procès en nullité matrimoniale » et sur la dimension pastorale de l’action judiciaire.

Pour le pape, les juges doivent exercer leur « paternité pastorale » en sachant « combiner un juste professionnalisme avec la proximité » et leur « devoir de justice » avec « la charité pastorale ». Appelés à un « exercice constant d’écoute » et à être ouverts aux arguments des autres, dans « un esprit de charité et de compréhension », ils « doivent être les auditeurs par excellence ».

Le pape François a également mis en garde contre, d’une part « les réponses standard aux problèmes concrets des personnes individuelles » et d’autre part « l’impasse du légalisme » : le légalisme « n’est pas catholique », a-t-il asséné ; il dénote une « vision autoréférentielle de la loi ». Or « la loi et le jugement sont toujours au service de la vérité, de la justice et de la vertu évangélique de la charité ».

Le pape a conclu en invitant les juges à « prier, le double ou trois fois plus », afin de « connaître le cœur de Dieu ». « Nous le connaissons dans la prière », a-t-il insisté.

Voici notre traduction de la 2ème partie du discours du pape François, prononcé en italien.

La 1ère partie se trouve ici.

HG

Discours du pape François (IIème partie)

« Avancer ensemble » dans le jugement s’applique aux parties et à leurs patrons, aux témoins appelés à déclarer conformément à la vérité, aux experts qui doivent mettre leur science au service du procès, et aux juges d’une manière particulière. En effet, l’administration de la justice dans l’Eglise est une manifestation du soin des âmes, qui requiert une sollicitude pastorale afin d’être serviteurs de la vérité qui sauve et de la miséricorde. Ce ministerium veritatis revêt une importance particulière chez les évêques lorsqu’ils jugent eux-mêmes, surtout dans les procès plus brefs, ainsi que lorsqu’ils exercent leur responsabilité vis-à-vis de leurs propres tribunaux, montrant ainsi leur sollicitude paternelle à l’égard des fidèles. Et je reviens sur quelque chose que j’ai toujours dit dès le début : le juge originaire est l’évêque. Le doyen m’a salué avec ces mots : « le pape, juge universel de toutes… ». Mais c’est parce que je suis l’évêque de Rome et que Rome préside à tout, non pas parce que j’ai un autre titre. Je vous en remercie. Si le pape a ce pouvoir, c’est parce qu’il est l’évêque du diocèse dont le Seigneur a voulu que l’évêque soit le pape. Le véritable et premier [juge] est l’évêque, et non le vicaire judiciaire, l’évêque.

La synodalité dans les procès implique un exercice constant d’écoute. Dans ce domaine aussi, il faut apprendre à écouter, ce qui n’est pas simplement entendre. Il faut comprendre la vision et les raisons de l’autre, presque s’identifier à l’autre. Comme dans d’autres domaines de la pastorale, dans l’activité judiciaire aussi il faut favoriser la culture de l’écoute, préalable de la culture de la rencontre. C’est pourquoi les réponses standard aux problèmes concrets des personnes individuelles sont néfastes. Chaque personne, avec son expérience souvent marquée par la souffrance, représente pour le juge ecclésiastique la « périphérie existentielle » concrète à partir de laquelle doit se réaliser toute action pastorale judiciaire.

Le procès requiert également une écoute vigilante de ce qui est discuté et démontré par les parties. L’instruction, destinée à établir les faits, revêt une importance particulière et exige de ceux qui la mènent qu’ils sachent combiner un juste professionnalisme avec la proximité et l’écoute. Et cela demande-t-il du temps ? Oui, cela demande du temps. Cela demande-t-il de la patience ? Oui, cela demande de la patience. Cela demande-t-il une paternité pastorale ? Oui, cela demande une paternité pastorale. Les juges doivent être les auditeurs par excellence de tout ce qui a émergé dans le procès pour et contre la déclaration de nullité. Ils y sont tenus en vertu d’un devoir de justice, animé et soutenu par la charité pastorale. En effet, « la miséricorde est la plénitude de la justice et la manifestation la plus lumineuse de la vérité de Dieu » (Amoris laetitia, 311). En outre, comme c’est la norme, il y a un jury ; chaque juge doit s’ouvrir aux raisons présentées par les autres membres pour parvenir à un jugement pondéré. En ce sens, dans votre action en tant que ministres du tribunal, un cœur pastoral, un esprit de charité et de compréhension envers les personnes qui souffrent de l’échec de leur vie conjugale ne doivent jamais vous faire défaut. Afin de développer ce style, il convient d’éviter l’impasse du légalisme – qui est une sorte de pélagianisme légal ; ce n’est pas catholique, le légalisme n’est pas catholique – c’est-à-dire d’une vision autoréférentielle de la loi. La loi et le jugement sont toujours au service de la vérité, de la justice et de la vertu évangélique de la charité.

Un autre aspect de la synodalité des procès est le discernement. Parce que le synode ne consiste pas seulement à demander des avis, ce n’est pas une enquête où tout ce qui est dit a la même valeur. Non. Ce que l’un dit entre dans le discernement. Il faut la capacité de discerner. Et le discernement n’est pas facile. Il s’agit d’un discernement fondé sur un chemin fait ensemble et sur l’écoute, et qui permet de lire la situation matrimoniale concrète à la lumière de la Parole de Dieu et du magistère de l’Eglise. La décision des juges se présente ainsi comme une plongée dans la réalité d’une histoire vitale, pour découvrir en elle l’existence ou non de cet événement irrévocable qu’est le consentement valide sur lequel se fonde le mariage. C’est seulement ainsi que peuvent s’appliquer avec fruit les lois relatives aux formes individuelles de nullité de mariage, en tant qu’expressions de la doctrine et de la discipline de l’Eglise sur le mariage. La prudence du droit agit ici, dans son sens classique de recta ragio agibilium, c’est-à-dire vertu qui juge selon la raison, à savoir avec rectitude dans le domaine pratique. On en revient à cet exemple : « Que voulez-vous ? Est-ce que je le condamne ou est-ce que je le libère ? ».

L’aboutissement de ce chemin est le jugement, fruit d’un discernement attentif qui conduit à une parole de vérité faisant autorité sur le vécu personnel, mettant par conséquent en lumière les voies qui peuvent s’ouvrir à partir de là. Le jugement doit donc être compréhensible pour les personnes concernées : c’est seulement ainsi qu’il deviendra un moment d’une importance particulière sur leur chemin humain et chrétien.

Chers prélats auditeurs, ces considérations que je tenais à porter à votre attention, montrent combien la dimension de synodalité permet de mettre en évidence les caractéristiques essentielles du procès. Je vous encourage donc à poursuivre avec une fidélité et un zèle renouvelés votre ministère ecclésial au service de la justice, inséparable de la vérité et, en définitive, du salus animarum [salut des âmes, ndr]. Un travail qui manifeste le visage miséricordieux de l’Eglise, visage maternel qui se penche sur chaque fidèle afin de l’aider à faire la vérité sur lui-même, en le relevant de ses échecs et de ses difficultés et en l’invitant à vivre en plénitude la beauté de l’Evangile.

A chacun de vous, je renouvelle mon estime et ma gratitude. Je demande à l’Esprit Saint de toujours accompagner votre activité et je vous bénis de tout cœur. Et n’oubliez pas de prier. Que la prière vous accompagne toujours. « Je suis occupé, j’ai beaucoup à faire… ». La première chose que tu dois faire, c’est de prier. Prier pour que le Seigneur soit à tes côtés. Et également pour connaître le cœur du Seigneur : nous le connaissons dans la prière. Et les juges prient, et ils doivent prier, le double ou trois fois plus. S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier aussi pour moi, vous comprenez. Merci.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

The post Tribunal de la Rote romaine : le pape souligne le rôle « pastoral » du juge (traduction 2/2) appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Shoah : lutter contre l’antisémitisme et la désinformation (traduction complète) https://fr.zenit.org/2022/01/28/shoah-lutter-contre-lantisemitisme-et-la-desinformation-traduction-complete/ Fri, 28 Jan 2022 16:29:36 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170069 Intervention du Saint-Siège à l'OSCE

The post Shoah : lutter contre l’antisémitisme et la désinformation (traduction complète) appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Face à la négation de la Shoah et aux formes contemporaines de l’antisémitisme, le Saint-Siège invite à lutter pour la dignité de toute personne et contre « toute forme de désinformation qui nierait cette dignité ».

Mgr Janusz Urbanczyk, représentant permanent du Saint-Siège à l’OSCE à Vienne (Autriche), est en effet intervenu lors d’une rencontre du Conseil permanent de l’OSCE, le 27 janvier 2022, après l’allocution du secrétaire général de l’Alliance internationale du souvenir de l’Holocauste (IHRA). C’était la Journée de la mémoire des victimes de la Shoah.

Le Saint-Siège encourage la transmission de la mémoire de la Shoah et la réflexion « sur la persécution inhumaine et mécanique et l’extermination des Juifs par la main du régime nazi allemand, aboutissant ainsi à la Shoah ».

Cette mémoire est la garantie de la lutte aujourd’hui aussi contre l’antisémitisme: « Face à l’antisémitisme d’aujourd’hui, a déclaré le représentant du Saint-Siège, le dialogue peut être un outil puissant pour combattre les préjugés et favoriser la reconnaissance de la dignité humaine. Le dialogue encourage à rencontrer l’autre avec ouverture et il crée une opportunité d’apprendre sur le judaïsme, en surmontant ainsi les préjugés et en reconnaissant les liens très étroits entre tous les membres de l’humanité. »

Il a particulièrement mis en garde contre la désinformation véhiculée par les réseaux sociaux.

Voici notre traduction, rapide, de travail, de l’allocution prononcée par Mgr Urbanczyk en anglais.

AB

Allocution de Mgr Urbanczyk

M. le président,

La délégation du Saint-Siège souhaite se joindre aux autres pour souhaiter la bienvenue au Conseil permanent à la secrétaire générale de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, le Dr Kathrin Meyer, à l’occasion du 77e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

La commémoration de ces événements odieux comprend deux éléments. Premièrement, le souvenir de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau par les alliés le 27 janvier 1945. Deuxièmement, la réflexion sur la persécution inhumaine et mécanique et l’extermination des Juifs par la main du régime nazi allemand, aboutissant ainsi à la Shoah. Les actes horribles commis rappellent de la manière la plus drastique le danger que représente le mépris de la dignité humaine intrinsèque des personnes et appellent à un engagement collectif pour « dire […] : plus jamais ça ! 1  Hier, le pape François a lancé un appel à ce propos, en s’adressant spécialement aux éducateurs, aux jeunes et aux familles, pour qu’on n’oublie pas cet événement tragique de l’histoire, afin que nous puissions construire un avenir où la dignité humaine ne soit plus jamais bafouée par des idéologies racistes.2

Face à l’antisémitisme d’aujourd’hui, le dialogue peut être un outil puissant pour combattre les préjugés et favoriser la reconnaissance de la dignité humaine. Le dialogue encourage à rencontrer l’autre avec ouverture et il crée une opportunité d’apprendre sur le judaïsme, en surmontant ainsi les préjugés et en reconnaissant les liens très étroits entre tous les membres de l’humanité. Des liens eux-mêmes malheureusement négligés au cours des siècles passés, nous appellent aujourd’hui à être directement impliqués et personnellement engagés dans la construction d’un environnement de paix et de respect de chacun.

Dans une telle perspective, la commémoration d’aujourd’hui « permet à la mémoire de jouer son rôle nécessaire dans le processus de formation d’un avenir où l’indicible iniquité de la Shoah ne sera plus jamais possible » 3. En tant que tel, l’importance d’un souvenir sincère se fait jour, surtout avec le passage continu du temps.

Au fur et à mesure que cette croissance se poursuit, des distorsions, notamment la négation de l’Holocauste et le révisionnisme, émergent et déforment l’importance de se souvenir de cet événement horrible pour les individus et les groupes. Ces distorsions permettent à la menace de l’antisémitisme de se cacher en Europe et ailleurs. Par conséquent, nous devons nous consacrer à la préservation de la mémoire véridique de l’Holocauste. Comme l’a souligné le Pape François : il est nécessaire de se souvenir et de condamner cette indicible cruauté, afin qu’elle reste un souvenir vivant, et ne se reproduise plus jamais.4

Malheureusement, la désinformation sur l’Holocauste trouve de nouvelles façons d’émerger également dans les réseaux sociaux, gagnant un terrain nouveau qui aura un effet délétère sur les individus et les institutions. Nous devons prendre garde aux réseaux sociaux et aux risques à cet égard.

Comme l’a dit le pape François, la mémoire de l’Holocauste est « un signe de civilisation » et « une condition pour un avenir meilleur de paix et de fraternité ».5 Par conséquent, ne manquons pas de nous souvenir des horreurs qui ont frappé le peuple juif avant et pendant la Seconde Faire la guerre et de nous s’opposer fermement à l’antisémitisme sous toutes ses formes et à ses manifestations et à tout ce qui peut y conduire.

En conclusion, tout en réaffirmant la position sans équivoque du Saint-Siège contre les formes anciennes et nouvelles d’antisémitisme, ma délégation souhaite exprimer son espérance que le 77e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau constituera un souvenir particulièrement vivant qui, tout en affrontant les horreurs de l’Holocauste, aujourd’hui en marge de la mémoire vivante, nous poussent à promouvoir la dignité humaine et à nous opposer à toute forme de désinformation qui nierait cette dignité.

Merci, monsieur le président.

NOTES

[1] Cf. Pape François, appel après l’audience générale, 26 janvier 2022.

[1] S. Jean-Paul II, introduction à  “Nous nous souvenons: réflexion sur la Shoah”, 12 mars, 1998.

[1] Cf. Pape François, appel après l’audience générale, 26 janvier 2022.

[1] Pape François, appel après l’audience générale, 27 janvier 2021.

© Traduction de Zenit, Anita Bourdin

The post Shoah : lutter contre l’antisémitisme et la désinformation (traduction complète) appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Shoah: visite d’une survivante, Edith Bruck, au Vatican https://fr.zenit.org/2022/01/28/shoah-visite-de-la-survivante-edith-bruck-au-vatican/ Fri, 28 Jan 2022 15:32:39 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170085 Le récit qui a touché le coeur du pape François

The post Shoah: visite d’une survivante, Edith Bruck, au Vatican appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Edith Bruck, survivante d’Auschwitz, est venue rendre visite au pape François au Vatican, hier, jeudi 27 janvier 2022, dans l’après-midi, en la Journée de la mémoire des victimes de la Shoah, indique un communiqué du Vatican, qui insiste sur la transmission de la mémoire aux nouvelles générations.

On se souvient que le pape François était lui-même allé rendre visite à Edith Bruck, dans sa résidence de Rome, en février 2021, après avoir été touché par un article racontant son histoire, publié par L’Osservatore Romano.

Jeudi, le pape François « a eu une longue et affectueuse conversation d’environ une heure avec Edith Bruck, un peu moins d’un an après sa visite au domicile de l’écrivain à Rome », précise le Vatican.

Il a été question de la transmission de la mémoire aux jeunes: « En particulier, tous deux ont souligné la valeur inestimable de transmettre la mémoire du passé aux plus jeunes, même dans ses aspects les plus douloureux, pour ne pas retomber dans les mêmes drames. »

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

L’entretien avec Edith Bruck qui a touché le pape

« Il suffit de quelques gestes pour sauver le monde », a déclaré l’écrivaine et poétesse Edith Bruck, juive d’origine hongroise, dans un entretien à L’Osservatore Romano en italien du 27 janvier 2021 par Francesca Romana De’ Angelis. Survivante de la Shoah, son témoignage a touché le pape, qui est allé la rencontrer chez elle à Rome samedi 20 février 2021, comme Andrea Monda l’a rapporté.

Edith Bruck, juive hongroise, qui aura 90 ans le 3 mai prochain, a été déportée à douze ans à Auschwitz, avec ses parents, deux frères et sa soeur. Sa mère y est décédée. Sa famille a été transférée à Dachau, où son père est mort lui aussi.

Les quatre enfants furent alors transférés à Christianstadt et finalement à Bergen-Belsen, jusqu’à la libération du camp, le 15 avril 1945 par les troupes britanniques et canadiennes: un de ses frères ne reviendra pas de captivité.

Après avoir cherché sa place dans différents pays d’Europe, elle partira quelques années en Israël et puis elle ira s’installer en Italie et elle deviendra italienne.

Edith Bruck est ainsi arrivée à Rome en 1954. Elle a épousé Nelo Risi, metteur en scène comme son frère, le cinéaste Dino Risi.

Elle a ensuite consacré son existence de rescapée à la transmission orale de ses souvenirs et à « la littérature de la Shoah », si bien qu’elle a été surnommée affectueusement et respectueusement en Italie « Signora Auschwitz », titre de l’un de ses livres (éd. Kimé).

Elle s’est épuisée, pendant quarante ans, à transmettre son expérience auprès des jeunes dans les écoles et les lycées, au point de devoir être hospitalisée à Vérone, après une intervention auprès de jeunes, à Bologne.

Pour Edith Bruck, l’antisémitisme est toujours aujourd’hui « un nuage noir au-dessus de l’Europe ».

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

La vie en famille « avant »

Pour ce qui est de la mémoire de sa vie « avant », Edith Bruck explique: « C’est une « bonne » mémoire que j’ai cherché à protéger et à conserver. Le premier souvenir est lié à un moment de grand bonheur : quand pour un sujet dédié au printemps je vis un feuillet avec une hirondelle dessinée en couleurs. Derrière, Klara Tarpai, ma maîtresse, avait écrit : « A ma meilleure élève, la plus méritante ». Je courus à la maison en volant, vraiment comme une hirondelle, pour la montrer à ma mère et à mes frères. »

Elle rapporte sa vie de famille: « Nous étions six enfants. Mes deux grandes sœurs Sara et Mirjam vivaient à Budapest où elles étaient allées pour apprendre le métier de tailleur et mon frère David était parti pour aller travailler sitôt les classes élémentaires terminées. A la maison, dans un petit village hongrois à la frontière de la Slovaquie, nous étions ma sœur Judith, mon frère Jonas et moi, les derniers de la nichée. Notre famille était pauvre, là où très peu avait une valeur immense. Nous habitions dans deux pièces avec un toit en paille. Je me rappelle le bruit d’une goutte d’eau qui tombait et ma mère qui traquait la pluie en disposant des écuelles. Mais je me souviens aussi de la joie pour un bonbon, pour les rubans rouges qui liaient mes tresses, pour la première véritable poupée que je reçue en cadeau de ma sœur Mirjam. Jusque là mes poupées étaient inventées avec du maïs ou de l’argile. Je me souviens aussi quand, après la mort de ma grand-mère, nous trouvâmes, dans une poche cousue de son vêtement, un petit trésor. Quelques billets de banque, deux alliances, et une petite chaine en or avec l’étoile de David. Cette petite somme que notre grand-mère avait défendue du besoin avec ténacité, signifiait une nouvelle maison, minuscule mais avec un toit en tuiles rouges et un beau saule qu’on voyait de la fenêtre. »

Elle se souvient d’une grande générosité: « Ma mère était très belle, un regard bleu qui virait vers le violet et un sourire qui illuminait le monde, mais une expression sévère enlevait un peu de sa beauté. Mon père était un homme indulgent, pas bavard et encore moins expansif. Je me rappelle son baiser quand il partit pour la guerre et d’un autre quand il revint. « La pauvreté agressive » disait ma mère qui ne pardonnait pas à son mari toute cette misère. Mon père partait dès la nuit et allait en ville vendre des bêtes pour le compte d’autres, mais il n’avait aucun sens des affaires et récoltait très peu de ce dur métier. En plus, nonobstant les difficultés pour mettre un plat de soupe sur la table, il était d’une générosité extraordinaire. Ma mère disait « A celui qui frappe ouvre, à celui qui tend la main donne ». Un soir mon père rentra à la maison sans son manteau. A ma mère qui lui demandait pourquoi, il répondit qu’il l’avait donné à quelqu’un qui en avait plus besoin que lui. »

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

Une confiance incroyable

Pour ce qui est de l’arrivée du danger, elle raconte: « Nous étions trois juives dans notre classe, toutes confinées au dernier rang. Une fois les camarades d’école me jetèrent des orties, une autre fois ils provoquèrent des chiens contre nous. Mes amies furent renvoyées de l’école, j’eus le privilège de continuer encore quelque temps grâce aux décorations que mon père avait récoltées à la guerre. Parfois il arrivait qu’étant devant la fontaine ils nous poussent au bout de la file ou que quelqu’un crache dans les trous pleins d’eau. Ensuite il y avait les interdictions. On ne pouvait pas sortir de la maison après 18 heures ni quitter le village ou voyager. « Le monde est malade – disait ma mère – mais Dieu nous sauvera »: c’était cela son incroyable confiance. Ce fut une grande ombre qui continua à s’élargir inexorablement jusqu’à ce que s’établisse le brouillard le plus complet et que commence l’horreur insensée de la déportation. »

Elle se souvient de l’abominable rafle: « L’enfer commença autour du pain. C’était le printemps 1944 et la Pâque juive venait de se terminer lorsque qu’une voisine nous donna de la farine. Ma mère était heureuse de cette abondance inattendue, ses mains volaient joyeusement pour mélanger les ingrédients, ensuite la pâte reposa dans de grandes écuelles de bois pour lever. A l’aube, ma mère s’était levée pour allumer le feu lorsque deux gendarmes frappèrent violemment à la porte jusqu’à l’enfoncer. Ils nous mirent dehors avec tous les juifs du village, d’abord sur des charriots trainés par des chevaux, ensuite dans un train jusqu’au chef-lieu où nous fûmes enfermés dans le ghetto. Ma mère se désespérait pour ce pain abandonné : ces cinq pains représentaient la vie qui s’en va. En quelque sorte le pain m’a accompagnée pendant toute ma vie de déportée désespérée, comme un désir et comme une recherche de normalité. Je n’ai jamais volé à personne le moindre croûton de pain, malgré la faim qui me rongeait. Je me souviens que le dernier geste de ma mère dans ce train qui nous conduisait à Auschwitz, ce fut de donner une tranche de pain à une femme qui allaitait un nourrisson. »

Elle se souvient aussi d’éclats de lumière au coeur du ghetto: « Nous étions prisonniers sans pouvoir imaginer notre futur, et pourtant advint quelque chose de très beau. De manière spontanée naquit une sorte de démocratie. Ensemble, riches, pauvres et très pauvres alors que dans le pays existait une hiérarchie sociale très rigide qui divisait. Pour la première fois je jouais avec le fils du médecin. Ensuite, mon père qui n’avait jamais rien eu dans la vie, eut le privilège d’être chanteur de la Torah. Ma mère le regardait avec des yeux songeurs, en l’écoutant elle était émue. Arriva un autre évènement extraordinaire. Un ami de mon père qui n’était pas juif apporta un charriot plein de nourriture. Ce geste me toucha beaucoup, pas seulement parce que pour nous c’était la manne tombée du ciel, mais aussi parce que cela venait de Gyula, un homme qui d’une certaine manière m’était cher. C’était le père de Endre, un gymnaste studieux et cultivé qui aimait les poètes, mon premier et délicat amour qui me fit découvrir combien c’est enchanteur de se regarder quand on s’aime. Grâce à lui, encore une fois, mon père devint le héros : pauvre comme il l’était, il pouvait donner à manger aux autres. La générosité de Gyula ne fut pas seulement nourriture mais aussi lumière. »

Et puis ce fut la déportation: « Ce précieux charriot de nourriture fut une lumière, comme furent des lumières de nombreux autres moments. Une semaine avant la fin du mois de mai ils nous chargèrent dans des wagons à bestiaux. Je me souviens du sentiment de honte et d’humiliation face à ce nazi qui nous déclara dans notre langue: « Bon voyage ». Nous n’étions plus des hongrois mais seulement des juifs et surtout nous ne serons plus pour eux des créatures humaines. Le train avançait, avançait et nous, nous ne savions pas vers où. De ces moments terribles je me souviens d’une autre lumière, ma mère. Elle me peignait, elle me tressait les cheveux, elle les liait avec les deux rubans rouges et me tenait fermement la main dans les siennes. J’ai vécu les moments les plus tendres de ma vie même si parfois je pensais : si maman est si bonne, pour nous c’est donc la fin. Ensuite il y eut les lumières qui à cette époque ne me paraissaient pas comme telles mais que j’ai réalisées seulement plus tard. »

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

Des éclats de lumière malgré la barbarie et la cruauté

Dès l’arrivée à Auschwitz c’est la terrible séparation de sa mère, ce qui lui sauve la vie: « Arrivés à Auschwitz, aussitôt descendus du train les allemands procédaient en nous répartissant d’un côté et de l’autre. A ce moment nous ne savions pas à quoi correspondait cet aiguillage, mais nous l’apprîmes tout de suite : à droite on était envoyé vers les travaux forcés c’est-à-dire l’anéantissement par la faim, le froid et l’épuisement, à gauche vers les chambres à gaz. A Judith ils indiquèrent la droite, à ma mère et moi la gauche. Un allemand nous arrêta et m’intima de passer à droite. Je m’accrochais à ma mère en criant « non, non ». Ma mère suppliait le soldat de me laisser avec elle et je lui dis aussi que j’étais sa fille la plus jeune. Pour toute réponse le soldat lui donna un coup avec le fusil en me répétant, à droite, à droite. Ma mère me dit seulement « obéis-lui » et je fus contrainte d’aller à droite pleurant désespérément. Cet allemand en m’arrachant à ma mère me sauva la vie. Ils nous amenèrent au baraquement numéro 11, un papier fixé au col avec le numéro 11152 qui à partir de ce moment était substitué à mon nom. Une fois mes cheveux coupés, et disparues mes belles tresses que ma mère traitait avec tant d’amour, ils nous firent endosser une grosse blouse grise et rêche et des sabots aux pieds. Je ne faisais que pleurer appelant ma mère. Un matin, Alice, une kapo, une juive polonaise surveillante pour le compte des allemands, m’amena à l’entrée du baraquement et me dit : « Tu vois cette fumée ? Ils ont fait du savon avec ta mère ». Je ne dis rien à ma sœur, je m’imposais de ne pas croire à ces paroles, mais je continuais à pleurer pendant des jours. »

Elle emploie le mot qui touche le pape François, la « cruauté », mais elle perçoit cependant des lumières: « Le camp c’était cela, la cruauté systématique, le mal absolu. Et pourtant, comme je l’ai dit précédemment, des moments de lumière, il y en a eu. A Dachau où nous travaillions à creuser des tranchées et aux traverses des rails, un jour un soldat allemand me lança sa gamelle afin que je la lave, mais au fond il avait laissé de la compote pour moi. Quelques temps plus tard, ma sœur et moi, nous fumes sélectionnées dans un groupe de 15 femmes qui auraient à travailler dans les cuisines d’un château à peu de distance de l’endroit où logeaient quelques officiers avec leurs familles. Si ce n’était la gifle que chaque matin le SS nous donnait sans raison ou les exécutions des enfants auxquelles nous étions contraintes d’assister hors du camp, ces jours furent les moins difficiles de notre vie dans les camps. Une épluchure, une feuille, un morceau de verdure, il y avait toujours quelque chose à se mettre discrètement dans la bouche. Et là, un jour s’alluma une autre lumière. Le cuisinier auquel j’étais en train de passer des pommes de terre nettoyées, me demanda mon nom. Je lui dis « Edith » avec une voix faible qui tremblait, et lui ajouta : « J’ai une fille de ton âge ». Ensuite il sortit de sa poche un peigne et regardant ma tête avec ses cheveux qui avaient à peine repoussé il me le donna. Après tant de temps j’eus la sensation d’être une personne humaine. Ce geste qui était la vie, l’espérance, m’émut. Il suffit de quelques gestes pour sauver le monde. »

Ce qui l’entoure de lumière, c’est aussi l’amour de sa soeur: « Mes parents et un de mes chers frères n’ont pas survécu. Je pense que je me suis sauvée uniquement grâce à ma sœur. Elle me serrait dans ses bras, elle me répétait qu’elle ne me lâcherait jamais, elle me laissait entendre que nous retrouverions bientôt nos parents, ensuite elle m’appelait « Ditke, Ditke », c’était le diminutif affectueux qu’on utilisait en famille. Pour moi c’était la voix de l’amour et de la tendresse. »

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

La douleur des survivants

Elle confie sa difficulté à « survivre »: « C’est difficile d’être un survivant. Quand on apprit le suicide de Primo Levi, c’est ce à quoi j’ai pensé dans la douleur insupportable de la nouvelle. Nous étions amis, « frères et sœurs des camps » disions-nous en plaisantant, mais je ne lui ai pas pardonné son geste. La vie n’appartient pas seulement à nous, mais aussi à l’histoire. »

Elle raconte aussi la rencontre de l’amour de sa vie: « Après une longue odyssée j’avais rejoint l’Italie, mais les premières expériences de travail ne furent pas heureuses (…). Un soir je fus invitée à assister à une rencontre avec un groupe de documentalistes de retour de Chine. Au repas qui suivit dans un restaurant de la via delle Carrozze, nous étions une douzaine à table, je me retrouvais assise en face de Nelo. Avant même d’avoir échangé une seule parole, il entra dans mon âme. Les autres étaient distraits par un téléviseur qui surmontait à un angle de la salle et transmettait la célèbre émission de l’époque Lascia o Raddoppia avec Mike Bongiorno, nous en profitâmes pour parler. Nelo avait commandé comme entrée du saucisson et il me l’offrit. Je dis « non merci » et lui essaya de me convaincre en disant qu’il était bon, doux. A ce moment je lui dis: « Je suis juive » et j’ajoutais aussi: « J’ai été déportée ». A ces mots Nelo resta le souffle coupé, sembla se retirer, se faire petit petit, avec sa tranche de jambon qui continuait à pendre de sa fourchette restée à l’arrêt au milieu de l’air. C’était un homme d’une extraordinaire moralité, d’une honnêteté lumineuse : il aimait la liberté, l’engagement civil, il détestait l’argent et les compromis, il avait un sens très profond de la liberté et de la justice. En même temps il était un poète et le sens pratique de l’existence lui échappait. Un jour dans notre maison une souris entra dans la baignoire. Je venais d’une civilisation paysanne où une souris, on la tue. Cela ne lui vint même pas à l’idée : il ferma la salle de bain cherchant à convaincre la souris de reprendre sa liberté en sortant par la fenêtre. J’ai aimé Nelo pour son fond et ses défauts et j’ai été à ses côtés jusqu’au dernier jour dans cet outrage et cet abysse qu’est la maladie d’Alzheimer. »

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

Edith Bruck, 27 janv. 2022 © Vatican Media

« J’espère dans les jeunes générations »

Surtout, elle parle de « mémoire » à transmettre: « Je crains l’intolérance, le manque de dialogue, la défiance vis-à-vis de l’autre, je crains ces courants de fascisme qui soufflent toujours plus souvent et s’insinuent dangereusement dans nos vies. J’espère dans les jeunes générations, dans une confiance humaine et civile toujours plus enracinée et diffuse. J’espère dans ce grand Pape, François. Quand je l’ai rencontré, il me dit avec simplicité « le plaisir de me connaître », ensuite il me sourit et m’embrassa. Il y avait une chaleur si rassurante en lui. J’ai apprécié sa clarté, la simplicité de celui qui parle pour se faire comprendre, la force de ses convictions, sa compréhension pour la fragilité humaine, son humilité pour dire « qui suis-je pour juger ». En face du Pape François j’ai pensé « ceci est un homme » (écho d’un titre de Primo Levi, ou d’une expression juive désignant un « homme » digne de ce nom, ndlr) et j’éprouve un sentiment d’espérance. (…) Si comprendre est impossible, connaître est nécessaire, parce que ce qui est arrivé peut recommencer », ce sont les paroles de Primo Levi que j’ai faites miennes. Je n’ai jamais nourri haine ni sentiments de vengeance, plutôt de l’incrédulité et une peine infinie. Le mal génère seulement le mal. Je m’enorgueillis d’avoir un père victime et je serais honteuse jusqu’au plus profond de mon cœur d’un père bourreau. Ce souvenir est une souffrance, mais je ne m’en suis jamais soustraite. Même illuminer une seule conscience vaut la peine et la douleur de tenir vivant le souvenir de ce qui est arrivé. Pour moi la mémoire est la vie et l’écriture en est la respiration.

Avec une traduction d’Hugues de Warren

 

The post Shoah: visite d’une survivante, Edith Bruck, au Vatican appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Un esprit « synodal » – les 8 titres du jeudi 27 janvier 2022 https://fr.zenit.org/2022/01/27/un-esprit-synodal-les-8-titres-du-jeudi-27-janvier-2022/ Thu, 27 Jan 2022 18:00:57 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170035 Et la mémoire de la Shoah

The post Un esprit « synodal » – les 8 titres du jeudi 27 janvier 2022 appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Tribunal de la rote romaine: le pape invite à un « esprit synodal » (traduction 1/2)

Inauguration de l’année judiciaire

Shoah: « Cette page noire de l’Histoire », tweet du pape François

« Favoriser parmi les nouvelles générations la conscience de l’horreur »

Académie de théologie : « L’héritage du vingtième siècle »

Un « ministère de la pensée » au service de la foi des chrétiens

Réfugiés: un nouveau groupe de 17 personnes partira de Chypre pour Rome

Grâce au pape François, à Sant’Egidio et aux « couloirs humanitaires »

Procès au Vatican/immeuble de Londres: 4 nouvelles mises en examen

Prochaine audience le 18 février 2022

« Accueillir avec intelligence et avec le cœur la Parole qui libère », par Mgr Follo

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture »

S. Joseph dans les commentaires évangéliques du p. Lagrange, par le fr. Rivero O.P.

S. Joseph a été lui aussi « comblé de grâce »

France/abus: le Fonds de Solidarité réunit 20 millions d’euros

Communiqué de la Conférence des évêques

The post Un esprit « synodal » – les 8 titres du jeudi 27 janvier 2022 appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Shoah: « Cette page noire de l’Histoire », tweet du pape François https://fr.zenit.org/2022/01/27/shoah-twitter/ Thu, 27 Jan 2022 17:52:35 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170067 "Favoriser parmi les nouvelles générations la conscience de l'horreur"

The post Shoah: « Cette page noire de l’Histoire », tweet du pape François appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Le pape François a fait poster un tweet sur son compte @Pontifex_fr, à l’occasion de ce jeudi 27 janvier 2022, Journée internationale de mémoire des victimes de la Shoah.

Le pape insiste sur la transmission de la mémoire en vue de la construction de l’avenir: « On célèbre aujourd’hui la Journée de la mémoire des victimes de l’Holocauste. Il est nécessaire de favoriser parmi les nouvelles générations la conscience de l’horreur de cette page noire de l’Histoire, pour construire un futur où la dignité humaine ne soit plus bafouée. »

Ce même jour, le Saint-Siège est intervenu à Vienne, à l’OSCE sur ce thème.

Déjà, lors de l’audience générale de mercredi, 26 janvier, le pape avait invité à susciter chez les jeunes « la conscience de l’horreur de cette page noire de l’histoire ». Une survivante était présente.

Vers la fin de l’audience, le pape a en effet dit en italien: « Demain, nous célébrons la Journée internationale de la mémoire des victimes de l’Holocauste. Il est nécessaire de rappeler l’extermination de millions de juifs et de personnes de nationalités et de foi religieuses différentes. Cette cruauté indicible ne doit plus jamais se répéter. »

Une survivante de l’Holocauste, Mme Lidia Maksymowicz, internée toute jeune au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, était présente à l’audience du pape. Le pape François a posé la main sur le tatouage de son matricule de prisonnière.

Le pape, qui s’est lui-même rendu à Auschwitz, en juillet 2016, a insisté sur la transmission de la mémoire aux jeunes générations: « Je lance un appel à tous, spécialement aux éducateurs, aux familles, pour qu’ils favorisent, chez les nouvelles générations, la conscience de l’horreur de cette page noire de l’histoire. Qu’elle ne soit jamais oubliée, afin que l’on puisse construire un avenir dans lequel la dignité humaine ne soit plus piétinée. »

Cette Journée est promue par l’ONU et ses différentes agences depuis 2006. Par exemple, chaque année le 27 janvier, l’UNESCO rend hommage à la mémoire des victimes de l’Holocauste et réaffirme « son engagement indéfectible à lutter contre l’antisémitisme, le racisme et les autres formes d’intolérance qui peuvent conduire à la violence ciblée sur

La date marque l’anniversaire de la libération du camp de concentration et d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques le 27 janvier 1945, et a été officiellement proclamée Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste par l’Assemblée générale des Nations Unies le 1er novembre 2005.

« L’Holocauste, souligne l’UNESCO, a profondément affecté les pays dans lesquels les crimes nazis ont été perpétrés, avec des implications et des conséquences universelles dans de nombreuses autres parties du monde. Les États membres partagent la responsabilité collective de traiter les traumatismes résiduels, de maintenir des politiques de commémoration efficaces, de préserver les sites historiques et de promouvoir l’éducation, la documentation et la recherche, plus de sept décennies après le génocide. Cette responsabilité implique de faire connaître les causes, les conséquences et la dynamique de ces crimes afin de renforcer la résilience des jeunes face aux idéologies de la haine. Alors que des génocides et des atrocités continuent de se produire dans plusieurs régions, et que nous assistons à une montée mondiale de l’antisémitisme et des discours de haine, cette question n’a jamais été aussi pertinente. »

Pour sa part, Mme Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO, sur le front de l’éducation dans le monde, affirme: « Chaque remise  en  cause  de  cette  histoire,  chaque  violence  faite  à  la  mémoire  des  victimes vient nourrir la montée de l’antisémitisme et des discours de haine ; fléau quotidien pour les communautés juives du monde entier. Plus  que  jamais,  nous  devons donc  être  vigilants. Il  est  de  notre  responsabilité  commune de protéger la vérité, et de faire vivre la mémoire de tous ceux, et toutes celles qui  ont  souffert  du  régime nazi. De  soutenir  la  recherche  et  la  documentation,  pour  opposer la réalité de l’histoire aux fantasmes des fanatiques. D’étudier et d’enseigner la Shoah, pour que l’éducation prévienne l’antisémitisme et tous les racismes. »

The post Shoah: « Cette page noire de l’Histoire », tweet du pape François appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Tribunal de la rote romaine: le pape invite à un « esprit synodal » (traduction 1/2)) https://fr.zenit.org/2022/01/27/administrer-la-justice-avec-un-esprit-synodal/ Thu, 27 Jan 2022 17:50:15 +0000 https://fr.zenit.org/?p=170073 Inauguration de l'année judiciaire

The post Tribunal de la rote romaine: le pape invite à un « esprit synodal » (traduction 1/2)) appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
« L’administration de la justice a besoin d’un esprit synodal », a affirmé le pape François en recevant les membres du Tribunal de la Rote romaine, ce jeudi 27 janvier.

Le pape François a reçu en audience les prélats auditeurs, les ‘officials’, les avocats et les collaborateurs du de la Rote, ce jeudi matin 27 janvier 2022, dans la Salle Clémentine du Palais apostolique du Vatican, à l’occasion de l’inauguration solennelle de l’année judiciaire. Il a centré son discours sur « la synodalité dans les procès de nullité matrimoniale ».

La synodalité, c’est d’abord « avancer ensemble » « Tous les participants au procès sont appelés à contribuer au même objectif », et ce à « chaque étape du processus judiciaire », a souligné le pape. Il s’agit de « faire la lumière sur la vérité d’une union concrète entre un homme et une femme et de parvenir à une conclusion sur l’existence ou non d’un véritable mariage entre eux ». « C’est le bien de l’Eglise qui est en jeu, le bien des personnes ! », a-t-il insisté.

Pour le pape François, il est nécessaire de réfléchir sur l’impact du procès canonique « dans la vie des fidèles ayant vécu un échec matrimonial » et « au sein de la communauté ecclésiale ». Et d’offrir aux conjoints en difficulté un « accompagnement pastoral efficace », en les aidant à réfléchir sur les « raisons qui les poussent à demander la déclaration de nullité du consentement matrimonial, favorisant ainsi une attitude d’accueil du jugement final ».

Voici notre traduction du discours prononcé par le pape François en italien.

HG

Discours du pape François (Ière partie)

Excellence,

Chers prélats auditeurs,

Je vous adresse à chacun mes salutations cordiales, en commençant par le doyen, Mgr Alejandro Arellano Cedillo, que je remercie pour ses paroles. Et merci pour les deux dernières choses que vous avez demandées au pape : réconfort et bénédiction. Cela me plaît. C’est une demande pastorale. Merci.

Je salue les ‘officials’, les avocats et les autres collaborateurs du Tribunal apostolique de la Rote romaine. Je vous présente à tous mes meilleurs vœux pour l’année judiciaire que nous inaugurons aujourd’hui.

Le parcours synodal que nous sommes en train de vivre interpelle cette rencontre parce qu’il implique également la sphère judiciaire et votre mission au service des familles, en particulier celles qui sont blessées, celles qui ont besoin du baume de la miséricorde.1 En cette année consacrée à la famille en tant qu’expression de la joie de l’amour, nous avons aujourd’hui l’occasion de réfléchir sur la synodalité dans les procès de nullité matrimoniale. En effet, même s’il n’est pas de nature strictement lié à la justice, le travail synodal doit néanmoins entrer en dialogue avec l’activité judiciaire afin de favoriser une nouvelle réflexion plus générale sur l’importance que revêt l’expérience du procès canonique dans la vie des fidèles ayant vécu un échec matrimonial et, en même temps, pour l’harmonie des relations au sein de la communauté ecclésiale. Demandons-nous alors dans quel sens l’administration de la justice a besoin d’un esprit synodal.

Tout d’abord, la synodalité implique de marcher ensemble. En dépassant une vision déformée des causes matrimoniales, comme si elles ne servaient que de simples intérêts subjectifs, il faut redécouvrir le fait que tous les participants au procès sont appelés à contribuer au même objectif, celui de faire la lumière sur la vérité d’une union concrète entre un homme et une femme et de parvenir à une conclusion sur l’existence ou non d’un véritable mariage entre eux. Ce principe de marcher ensemble n’est pas nouveau dans la compréhension ecclésiale de ces procédures. A ce propos, un discours du vénérable Pie XII à la Rote romaine est célèbre ; il y affirmait « l’unité du but, qui doit donner une forme particulière au travail et à la collaboration de tous ceux qui participent au traitement des causes matrimoniales dans les tribunaux ecclésiastiques de tout degré et de toute nature, et qui doit les animer et les associer dans une même unité d’intention et d’action ».2 Dans cette optique, il soulignait la tâche de chaque participant au procès en vue de la recherche de la vérité, tout en restant fidèle à son propre rôle. Si elle est vraiment aimée, cette vérité devient libératrice.3

Déjà au stade préliminaire, lorsque les fidèles se trouvent en difficultés et cherchent une aide pastorale, il est nécessaire qu’ils fassent un effort pour découvrir la vérité sur leur propre union, condition indispensable pour la guérison des blessures. Dans ce cadre, on comprend l’importance des efforts visant à favoriser le pardon et la réconciliation entre les conjoints, ainsi qu’à valider éventuellement un mariage nul lorsque cela est possible et prudent. Il est également entendu que la déclaration de nullité ne doit pas être présentée comme s’il s’agissait du seul objectif à atteindre face à une crise matrimoniale ou comme s’il s’agissait d’un droit indépendamment des faits. Lorsqu’on envisage la possibilité de nullité, il est nécessaire de faire réfléchir les fidèles sur les raisons qui les poussent à demander la déclaration de nullité du consentement matrimonial, favorisant ainsi une attitude d’accueil du jugement final, même si celui-ci ne correspond pas à leur conviction personnelle. C’est seulement ainsi que les procès en nullité sont l’expression d’un accompagnement pastoral efficace des fidèles dans leurs crises matrimoniales ; cela signifie se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint qui parle dans l’histoire concrète des personnes. Il y a deux ou trois ans, nous avons parlé du catéchuménat matrimonial.

Le même objectif de recherche commune de la vérité doit caractériser chaque étape du processus judiciaire. Il est vrai qu’il y a parfois dans le processus une dialectique entre des thèses opposées ; toutefois, le processus contradictoire entre les parties devrait toujours se dérouler dans une adhésion sincère à ce qui semble être vrai pour chacun, sans s’enfermer dans sa propre vision, mais en étant ouverts à la contribution des autres participants au procès. La disponibilité à apporter sa propre version subjective des faits devient fructueuse dans le cadre d’une communication adéquate avec les autres, capable d’aller jusqu’à l’autocritique. C’est pourquoi toute altération ou manipulation des faits, visant à obtenir un résultat souhaité de manière pragmatique, n’est pas admissible. Je m’arrête ici, et je m’en excuse, pour mentionner un très grand danger.

Lorsqu’on ne dépasse pas cela, même les avocats peuvent faire des dégâts terribles. Il y a un mois, un évêque est venu se plaindre parce qu’il avait un problème avec un prêtre. Un problème grave, pas matrimonial, un problème grave de discipline qui nécessitait un procès. Le juge du tribunal national – je ne parle pas de tel ou tel pays – a appelé l’évêque et lui a dit : « J’ai reçu ceci. Je ferai ce que vous me direz. Si vous me dites de le condamner, je le condamne ; si vous me dites de l’acquitter, je l’acquitte ». Cela peut arriver ! On peut en arriver là s’il n’y a pas d’unité dans les procès, même avec des sentences contradictoires. Avancer ensemble, parce que c’est le bien de l’Eglise qui est en jeu, le bien des personnes ! Il ne s’agit pas d’une négociation. Excusez-moi, mais cette anecdote m’a beaucoup éclairé.

(A suivre…)

NOTES

  • Bulle Vultus, 5 : AAS 107 [2015], 402.
  • Jn 8,32.
  • Allocution à la Rote romaine, 2 octobre 1944 : AAS 36 [1944], 281.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

The post Tribunal de la rote romaine: le pape invite à un « esprit synodal » (traduction 1/2)) appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Procès au Vatican/immeuble de Londres: 4 nouvelles mises en examen https://fr.zenit.org/2022/01/27/proces-au-vatican-immeuble-de-londres-nouvelle-inculpation-de-quatre-accuses/ Thu, 27 Jan 2022 17:10:26 +0000 https://fr.zenit.org/?p=169870 Prochaine audience le 18 février 2022

The post Procès au Vatican/immeuble de Londres: 4 nouvelles mises en examen appeared first on ZENIT - Francais.

]]>
Le président du tribunal, Giuseppe Pignatone, a signé une demande d’inculpation pour 4 accusés dont les positions avaient été supprimées en octobre 2021, indique Radio Vatican (Salvatore Cernuzio). Et la défense déplore que du matériel soit comme encore absent des actes déposés par le Promoteur de Justice (procureur).

Lors de l’audience de mardi, 25 janvier 2022, le juge Pignatone a donc reporté le procès à 9h30 le 18 février. Pendant ce temps « seront examinées les exceptions préliminaires sur lesquelles la Cour doit statuer ».

Sixième audience, 4 mises en examen

La sixième audience du procès au Vatican sur les crimes présumés commis avec des fonds du Saint-Siège, a commencé dans la salle polyvalente des Musées du Vatican avec deux heures et quart de retard.

Une audience que le président du tribunal du Vatican, Giuseppe Pignatone, avait définie, lors de la dernière séance du 14 décembre 2021, « de simple transition » pour établir l’inculpation ou le classement sans suite de quatre suspects qui n’avaient pas été interrogés lors de l’étape préliminaire.

L’audience du 25 janvier a duré environ 40 minutes, du fait, a indiqué le juge Pignatone, de la signature d’une nouvelle demande d’assignation à comparaître par le Promoteur de Justice pour les cas restés en suspens.

Il s’agit de quatre personnalités italiennes: le financier Raffaele Mincione, l’ancien fonctionnaire de la Secrétairerie d’État, Fabrizio Tirabassi, l’avocat Nicola Squillace, Mgr Mauro Carlino, alors secrétaire du cardinal Becciu.

Le cardinal Becciu reste pour sa part mis en examen pour subornation – une tentative présumée de faire retirer au témoin, Mgr Alberto Perlasca, ce qu’il avait été déclaré aux magistrats -, et pour détournement de fonds – le paiement présumé de  sommes prélevées sur des fonds de la Secrétairerie d’État à la coopérative d’Ozieri, en Sardaigne, représentée légalement par son frère -.

L’acte d’accusation de détournement de fonds de l’ancien directeur de l’Autorité d’information financière (AIF) du Vatican, Tommaso Di Ruzza, est classé sans suite, mais d’autres crimes lui sont reprochés.

Jusqu’ici, les personnes mises en examen avaient demandé plus d’informations et la possibilité d’être interrogées, mais, selon le promoteur de justice adjoint, Alessandro Diddi, jusqu’en décembre, un seul d’entre eux avait répondu à la convocation. Entre-temps, le bureau du promoteur a procédé à une enquête et a déposé « sept dossiers » avec de nouvelles enquêtes.

Le juge Pignatone a expliqué qu’il avait « simplement » signé le décret de citation à comparaître, avec une dizaine de pages de motivations.

Les objections des défenseurs

L’avocat du cardinal Angelo Becciu, Me Fabio Viglione, est a renouvelé la demande de nullité « radicale et absolue » de l’acte d’accusation, faute de pièces demandées par la défense, ce qui était déjà dénoncé depuis le début du procès, le 27 juillet, rapporte la même source.

« Nous sommes arrivés en janvier, a dit l’avocat, avec encore un dépôt de documents omis et des documents électroniques ». Il s’agirait d’une « très grande partie manquant encore » dans le disque dur déposé par le parquet le 23 décembre dernier.

Selon un consultant technique de confiance de la défense, Luca Governatori, sur la totalité des 255 supports informatiques saisis, 239 n’auraient pas été délivrés en copies. Sur les 16 appareils, aucun document « ne peut être qualifié de copie légale ». Et les données examinées seraient le résultat d’une exploration « sélective et partielle » avec l’utilisation de mots-clés.

La principale lacune concernerait cependant les interrogatoires de Mgr Alberto Perlasca, alors chef du bureau administratif de la première section de la Secrétairerie d’État: sur les 31 appareils informatiques – téléphones portables, tablettes, PC, les clés USB, courrier électronique – la défense a évoqué le contenu d’e-mails et des conversations sur Whatsapp sur un IPhone 7.

L’avocate Maria Concetta Marzo, également défenseur du cardinal Becciu, a justifié l’absence de son client, jusqu’ici présent à chaque séance, par le fait qu’ « il ne voulait pas écouter les aspects désagréables qui ressortaient de la lecture des dialogues avec Perlasca »: un interrogatoire du 23 novembre 2020, dans lequel il y a de lourdes accusations contre le cardinal. Un interrogatoire « faussé », selon l’avocat, car les promoteurs poseraient à Alberto Perlasca une série de questions, avec insistance et dans un langage très fort, qui reprendraient des imitations du cardinal sarde par l’humoriste italien Maurizio Crozza qui a sapé la réputation du Becciu. L’avocate a invoqué la violation de l’article 246 du Code pénal. De plus, ces passages n’ont pas été rapportés dans le procès-verbal, ni les réponses de Perlasca : « Il y a des preuves qui ne sont pas rapportées », a déclaré Me Marzo.

Une autre violation est évoquée lors d’un interrogatoire du 15 mars 2021, au cours duquel, à propos de rançons après l’enlèvement de missionnaires catholiques, des « blagues » ont été faites sur les origines du cardinal Becciu, de Barbagia, en Sardaigne, tristement connue pour les enlèvements en vue de rançons. L’avocat a alors plaidé la nullité des deux interrogatoires.

L’avocat du financier Enrico Crasso, Me Luigi Panella, qui pour sa part a plaidé de nouveau « la nullité radicale de la procédure d’assignation » et il s’est plaint de la mise en cause de Mgr Perlasca, le 29 avril 2020, pour une réunion présumée de fin 2018 entre Crasso, Tirabassi et Torzi, à Milan. Selon l’avocat, la rencontre « n’a jamais eu lieu »: certaines conversations attesteraient que Crasso était à Lugano. « Je ne sais pas », a répondu Perlasca qui s’est rétracté devant l’insistance des promoteurs, en déclarant « douter de la transparence des relations entre Crasso et Tirabassi ».

La réponse du procureur adjoint

Dans sa réponse, Alessandro Diddi a déclaré : « Je m’abstiens de répondre aux jugements sur mon travail. Nous sommes confiants du travail accompli, nous avons hâte de démarrer le procès. » Du point de vue technique, il a ajouté: « Je ne comprends pas ce qui n’a pas été donné », vu que des copies des moyens électroniques ont été faites par la police judiciaire.

Sur ce point, la Cour a fixé un nouveau délai, le 31 janvier, pour permettre de vérifier quels documents seraient manquants et, le cas échéant, de les déposer à la Chancellerie.

Sur la question des procès-verbaux, Alessandro Diddi a souligné que dans les quelque 1 200 pages écrites « nous avons essayé de représenter tout ce qui a été déclaré, sans laisser de trace des choses qui pourraient nuire à la réputation des suspects »: « Nous avons essayé de protéger sa moralité », ce que, selon l’avocat, ses défenseurs auraient dû faire aussi en ne signalant pas certaines condamnations et circonstances.

Quant à la rencontre présumée à Milan, Diddi a déclaré : « Nous pensons que la rencontre a eu lieu et nous allons essayer de le prouver sur la base de circonstances de lieu et de temps reconstituées par la police judiciaire. Si ce n’est pas vrai, nous en prendrons note. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

The post Procès au Vatican/immeuble de Londres: 4 nouvelles mises en examen appeared first on ZENIT - Francais.

]]>