Le peuple suisse sera appelé à voter l´été prochain sur un référendum et une initiative concernant tous deux l´interruption volontaire de grossesse. Dans leur souci de protection de la vie humaine, les évêques suisses prennent position comme suit :

1. La vie humaine, créée par Dieu et sanctifiée par Jésus-Christ, possède une dignité incomparable et intangible. Cette dignité est universellement reconnue aujourd´hui comme un droit à la vie, tel qu´on peut aussi le lire dans la Constitution fédérale (cf. art. 7 et 10,1). Une des premières tâches de l´Eglise et de l´Etat est de protéger cette vie dans toutes ses phases, y compris la vie handicapée ou encore la vie humaine à naître. Dans son patrimoine héréditaire, comme nous le savons aujourd´hui, la personnalité est déjà présente. Toute interruption volontaire de grossesse implique donc la mort d´un être humain ; elle n´est par conséquent pas admissible éthiquement, quelle que soit la législation en vigueur.


2. La dépénalisation de l´interruption volontaire de grossesse durant les douze premières semaines (art. 119,2) ainsi que l´extension de la solution de l´indication contenue dans l´art. 119,1 sont tout simplement inacceptables pour les évêques suisses. Dans ces nouveaux articles, l´Etat ne prend plus suffisamment au sérieux son rôle de protection de la vie humaine à naître, de la vie sans défense, et délègue largement la protection de cette vie à la seule responsabilité des femmes concernées, ou du médecin traitant, sans proposer d´aide suffisante aux femmes dans leur détresse.


3. Les évêques sont conscients que le problème de la protection de la vie ne peut être résolu uniquement par le biais du droit pénal. En vue d´une meilleure solution à la problématique de l´interruption volontaire de grossesse, il convient en premier lieu de promouvoir un ensemble de mesures légales d´accompagnement en faveur des femmes concernées et de la protection de la famille : assurance maternité, congé maternité, allocation pour enfants, crèches, réduction des primes de l´assurance-maladie, allègements fiscaux, etc.


Il convient également de promouvoir un système de consultation pour les femmes enceintes, capable de proposer une aide concrète avec le soutien de l´Etat. C´est seulement dans le cadre d´un tel ensemble de mesures, grâce auquel l´Etat remplirait son devoir de protection, qu´une modification de la loi semblera moins problématique aux yeux des évêques.


La CES a déjà développé ses propres convictions en neuf thèses sur l´interruption volontaire de grossesse, disponibles en allemand sur Internet (http://www.kath.ch/sbk-ces-cvs/f/presse/communiques/022.htm) et sous forme de brochure Neun Leitsätze zum Schwangerschafts-abbruch - Veröffentlichungen der Theologischen Komission der SBK - Kirche und Öffentlichkeit. Ces thèses rappellent la problématique complexe, les questions éthiques et les implications socio-politiques dont il faut tenir compte à propos de l´interruption de grossesse.


4. A la lumière de ces considérations, les évêques estiment aussi que l´initiative pour la Mère et l´Enfant, malgré les mesures positives qu´elle contient et l´aide prévue en cas de détresse, est insuffisante. Une loi pénale seule, dont le non respect est prévisible, ne permet pas d´avancer, selon l´expérience.


En vue de la campagne qui s´annonce, nous exhortons les croyants et l´ensemble de la population suisse à s´engager activement pour une meilleure protection de la mère et de l´enfant, sur la base de ces considérations et de leur conscience en tant qu´hommes et en tant que chrétiens.


Fribourg, le 5 septembre 2001


Les évêques suisses