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Ecole pour les enfants réfugiés en Jordanie © Wikimedia Commons DFID - UK Department for International Development

Ecole pour les enfants réfugiés en Jordanie © Wikimedia Commons DFID - UK Department for International Development

ONU : Mgr Jurkovic plaide pour l’éducation des enfants réfugiés

Le déplacement forcé résulte souvent de décisions politiques

Parmi les 25 millions de réfugiés, plus de la moitié ont moins de 18 ans, indique Mgr Jurkovic. C’est pourquoi il est urgent de s’occuper de l’éducation des enfants réfugiés : « Fournir des ressources et des fonds pour l’éducation, c’est investir dans l’avenir de l’humanité ». Outre le fait que l’école permet d’accéder à une éducation de qualité, elle offre aussi « une protection importante dans les domaines où la sécurité des enfants peut être surveillée et renforcée ».

Mgr Ivan Jurkovič, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies à Genève, est intervenu à la 69ème session du Comité exécutif du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, le 3 octobre 2018.

« Le déplacement forcé n’est pas simplement une affaire de “malchance” ; le plus souvent, il résulte de décisions politiques. », a encore souligné le représentant du Saint-Siège, appelant à s’attaquer « aux causes profondes du déplacement forcé », ce qui « exige du courage et de la volonté politique, pour mettre fin aux conflits qui engendrent la haine et la violence et de rechercher la paix ».

Voici notre traduction de la déclaration de Mgr Jurkovic.

HG

Déclaration de Mgr Ivan Jurkovic

Madame la Présidente,

[Permettez-moi tout d’abord de transmettre les sincères condoléances et les prières du pape François au peuple indonésien et à tous ceux qui souffrent à la suite de catastrophes naturelles.]

La délégation du Saint-Siège souhaite exprimer sa grave préoccupation face aux défis de plus en plus difficiles posés par les longues crises des réfugiés dans différentes régions du monde. En 2017, un nombre sans précédent de 68,5 millions d’individus dans le monde ont été déplacés de force. Parmi eux, près de 25,4 millions sont des réfugiés. (1)

De telles statistiques constituent un indicateur alarmant de la violence, de la persécution et des conflits qui nous tourmentent. Dans le même temps, la générosité et la solidarité des pays qui accueillent et hébergent les personnes déplacées témoignent avec éloquence des liens qui unissent notre famille humaine. Ces frères et sœurs réfugiés ne sont pas des numéros à distribuer et à attribuer, mais des personnes avec un nom, une histoire et des aspirations légitimes au développement humain.

Pourtant, bon nombre des problèmes rencontrés par les réfugiés restent sans réponse adéquate. Les quotas de réinstallation sont réduits tandis que les procédures d’asile se compliquent, les rendant plus difficiles à exécuter et causant ainsi chagrin et désespoir à beaucoup. Pour les personnes concernées, les mineurs non accompagnés et les familles, la pleine jouissance de leurs droits fondamentaux reste un objectif difficile à atteindre. De telles situations constituent un défi pour l’épanouissement de la dignité humaine, base de tous les droits de l’homme, et pour l’objectif du développement humain intégral.

Madame la Présidente, la délégation du Saint-Siège souhaiterait souligner les trois points suivants :

1) Plus de la moitié des réfugiés ont moins de 18 ans. (2) Si nous voulons vraiment ne laisser personne en arrière, il est essentiel que des ressources suffisantes soient investies dans l’éducation des enfants réfugiés. À cet égard, le manque de financement est une source de grave préoccupation. Fournir des ressources et des fonds pour l’éducation, c’est investir dans l’avenir de l’humanité.

Il est important d’adopter des politiques permettant aux enfants réfugiés d’accéder à une éducation de qualité dès les premiers stades de leur déplacement afin de les protéger de la traite des êtres humains, du travail forcé et d’autres formes d’exploitation ou, pire encore, de l’esclavage. Les écoles offrent en effet une protection importante dans les domaines où la sécurité des enfants peut être surveillée et renforcée. Les enfants réfugiés ont le droit d’être des enfants. Comme l’a fait remarquer le pape François : « Cela leur permettra non seulement de cultiver et de réaliser leur potentiel, mais aussi d’être mieux préparés à rencontrer d’autres personnes et à promouvoir un esprit de dialogue plutôt que le rejet ou la confrontation » (3).

En outre, il est impératif que les Déterminations de l’intérêt supérieur soient fournies à tous les enfants réfugiés, mais plus particulièrement aux enfants non accompagnés, à la fois pendant le processus de détermination du statut et lors de la recherche de solutions durables appropriées pour ces enfants.

2) Les consultations liées au Pacte mondial pour les réfugiés (PMR) ont montré que la communauté internationale était consciente de la nécessité d’une approche plus concertée et plus équitable, fondée sur la coopération et la solidarité internationales. La participation de nombreuses délégations et représentants de la société civile était un indicateur clair du souhait non seulement d’appuyer l’approche standard de la communauté internationale – axée sur la protection, l’assistance et la recherche de solutions durables – mais également de rechercher ensemble de telles solutions ensemble en tant que famille universelle.

Malgré les développements encourageants présentés par le PMR, nous devons également faire preuve de réalisme et de résolution quant à sa mise en œuvre, tout en gardant à l’esprit que les droits des réfugiés, tels qu’ils sont énoncés dans divers instruments internationaux, continuent d’être souvent violés. À cet égard, ma délégation souhaite souligner les contributions que les chefs religieux et les organisations confessionnelles peuvent apporter au cours de la phase de mise en œuvre du PMR.

3) Le Saint-Siège souhaite réitérer sa préoccupation devant le fait que les catastrophes naturelles et la dégradation de l’environnement interagissent de plus en plus avec les déplacements forcés, touchant principalement les plus pauvres et les plus vulnérables. Aujourd’hui, nous sommes appelés à reconnaître qu’une « véritable approche écologique devient toujours une approche sociale ; elle doit intégrer les questions de justice dans les débats sur l’environnement, de manière à entendre à la fois le cri de la terre et le cri des pauvres ». (4)

Madame la Présidente,

Cette délégation tient enfin à rappeler qu’il nous incombe à tous de nous attaquer aux causes profondes du déplacement forcé. Cela exige du courage et de la volonté politique, pour mettre fin aux conflits qui engendrent la haine et la violence et de rechercher la paix, la réconciliation et le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le déplacement forcé n’est pas simplement une affaire de « malchance » ; le plus souvent, il résulte de décisions politiques.

En fin de compte, le moyen le plus complet et le plus judicieux de parvenir à des solutions durables et de réaliser le rêve de chaque réfugié est de garantir à chacun le droit de vivre dans son pays d’origine et de s’épanouir dans la dignité, la paix et la sécurité. Je vous remercie.

1 HCR, Tendance mondiale des déplacements forcés en 2017 (2018)

2 Ibid.

3 Pape François, Message pour la 51ème Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2018.

4 Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, §49.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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