FAO: l’agriculture, outil pour la paix, par Mgr Chica Arellano

Compte-rendu de la 40ème session dans L’Osservatore Romano

Agriculture © Wikimedia commons / NightThree

Agriculture © Wikimedia commons / NightThree

« Valoriser l’agriculture signifie agir avant même que les conflits ne soient terminés. Cela peut même être une opportunité pour créer des espaces favorables à  des actions de paix… Tout comme l’agriculture peut-être un outil pour une transition pacifique après un conflit ». C’est la réflexion de Mgr Fernando Chica Arellano, observateur permanent du Saint-Siège auprès des organisations et organismes des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Il donne un compte-rendu, dans L’Osservatore Romano en italien  daté du 13 juillet 2017, de la 40ème session de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui s’est tenue à Rome du 3 au 8 juillet.

Le représentant du Vatican invite notamment à « programmer une forme durable de production agricole, qui puisse également élaborer et apporter des réponses adéquates en rapport notamment avec l’utilisation des terrains, avec les ressources agricoles et forestières, avec les activités de pêche et l’eau, ou avec leur production et commercialisation, mais surtout avec la continuité de vie des personnes et de communautés entières ».

Nous publions ci-dessous notre traduction de la chronique intégrale de Mgr Chica Arellano.

AK

 

Chronique dans L’Osservatore Romano

Stratégies pour vaincre la faim

Valoriser l’agriculture. Tel était le leitmotiv de la 40ème session de la Conférence de la FAO, qui s’est tenue à Rome du 3 au 8 juillet derniers. Selon les chiffres apparus lors de la conférence, deux milliards de personnes souffrent d’un manque de micronutriments et plus de 150 millions d’enfants de moins de cinq ans sont affectés de rachitisme. Par ailleurs, environ deux milliards de personnes sont en surpoids, dont 500 millions souffrent d’obésité.

Valoriser l’agriculture signifie agir avant même que les conflits ne soient terminés. Cela peut même être une opportunité pour créer des espaces favorables à  des actions de paix, portant l’engagement des pays à un niveau plus haut et décidé, à partir des zones rurales désormais abandonnées par des millions de personnes qui cherchent à survivre. Tout comme l’agriculture peut-être un outil pour une transition pacifique après un conflit, comme il émerge du programme d’action de la FAO pour la Colombie où, avec la contribution reconnue du pape François, les efforts de paix ont franchi une première étape.

Tout cela n’est possible que si l’on veut vraiment vaincre la faim et la malnutrition d’ici 2030, selon les 17 objectifs fixés par la communauté internationale avec l’Agenda 2030 de développement durable. Cet agenda se concentre sur l’engagement de chaque pays à une coopération effective, et la réalisation d’actions coordonnées dans le domaine plus large de la lutte contre la pauvreté. Le deuxième objectif fixé par le document, soit celui sur l’élimination de la faim dans le monde, appelle à un partenariat concret de tous les acteurs aux côtés des Etats: le secteur privé, la société civile dans toute ses formes d’organisation, les religions et les Eglises.

La conférence de la FAO a identifié 19 pays particulièrement affligés par des crises qui durent depuis des années, à cause de conflits sanglants, d’instabilités politiques, de changements climatiques et sécheresse, ou d’inondations. 60% des personnes souffrant de faim sont concentrées dans ces pays, où la FAO est appelée à intervenir en priorité. Mais sans une vraie solidité entre pays et dans les pays, cela ne suffira pas.

Il est clair que si la solidarité n’entre pas dans cette logique, l’action restera à un niveau de simple appel, exercice inutile car loin de la justice qui se traduit par la sauvegarde du milieu agricole, celui de la pêche et des forêts, par une juste possession des terres, des salaires agricoles adéquats et un accès au marché. Pour beaucoup qui tirent de la terre leur source de revenus, s’ajoute aussi la nécessité de participer aux processus décisionnels, rendus impraticables par l’absence des institutions locales et le manque de règles sûres. La conférence de la FAO a déploré une hausse préoccupante du protectionnisme, une élimination unilatérale des exportations,  un accaparement des terres et la signature d’accords exclusifs qui ne répondent qu’aux exigences égoïstes de certains pays et certainement pas à celles des pauvres. A titre d’exemple, le phénomène désormais consolidé de l’achat ou de la location de terres cultivables, dans les pays en voie de développement, par des entreprises privées ou les fonds spéculatifs de pays développés, pour augmenter leur sécurité alimentaire. Rien qu’en Afrique, un tiers des terres cultivables ont été achetées dans cet objectif.

Autre élément à devoir entrer dans cette optique de solidarité, la capacité à surmonter les divisions et garantir la répartition des ressources et des avantages liés aux biens produits, mais également les rapports commerciaux fondés sur l’élimination des barrières, la transmission des technologies, la formation des couches moins favorisées de la société et, surtout, une meilleure répartition des responsabilités.

Pour cela, un appel a été lancé sur la nécessité de mettre en place des normes plus équitables, qui soient un frein aux subventions à la production et à l’exportation de produits agricoles mises en œuvre par certains pays, individuellement, ou de manière organisée. Une rapide lecture des chiffres révèle que celles-ci s‘élèvent à environ 400 milliards de dollars par an, soit beaucoup plus que ce qui est destiné à la coopération internationale pour le développement agricole, dont la consistance a diminué en termes réels ces dernières années.

Et puis il y a l’autre question relative à l’élimination des pertes et des gaspillages alimentaires, dont le montant équivaut désormais à un tiers des aliments disponibles. Sur l’élimination des pertes, la théorie est encore très loin d’une pratique qui demande non seulement une analyse de la situation et des infrastructures existantes mais aussi des engagements politiques, juridiques et économiques permettant d’agir concrètement pour restructurer, construire des infrastructures et mettre en place des interventions spécifiques. La même prise de conscience devrait aussi inspirer chaque action visant à éliminer le gaspillage de produits alimentaires, conscients que ne pas agir signifie faire prévaloir des raisons égoïstes ou partisanes qui condamnent les personnes vulnérables à mourir de faim ou à souffrir de malnutrition.

Au cours de la conférence, ont été présentés aussi des exemples de « bonnes pratiques » montrant que faire directement référence à la réalité de ceux qui travaillent sur le terrain peut favoriser une plus grande conscience que le problème de la faim est lié à une stratégie de développement en mesure de prévoir aussi comment réduire et donc éliminer les pertes d’aliments. Pour les gaspillages, par contre, la question se déplace sur les modèles de consommation et les modes de vie, et leur directe implication d’ordre éthique que les règles ou les stratégies adoptées ont la possibilité de reconnaître, mais pas de créer. L’engagement individuel et collectif est la seule voie possible.

Plus d’une intervention durant les travaux de la conférence, ont rappelé que nous sommes face à la pire des crises alimentaires depuis la seconde guerre mondiale. Crise qui intéresse des zones en guerre, Yémen et Syrie par exemple, ou frappées  par la sécheresse et  les conflits comme le Soudan du Sud, l’instabilité politique comme la Somalie et le nord-est du Nigéria. Quelles sont les réponses ? Appelée à dessiner les contours d’un programme biennal, la conférence a indiqué quelque priorité pour la promotion d’une agriculture durable, la mitigation et  l’adaptation au changement climatique, la réduction de la pauvreté, la pénurie d’eau, la migration et le soutien aux populations rurales frappées par des conflits armés, en plus de tout le  travail déjà fourni sur l’alimentation, la pêche, la sylviculture et la résistance antimicrobienne. Toutes ces questions sont très techniques mai, selon la FAO, peut avoir des effets positifs sur la vie de chaque personne et celle de populations entières. Sans compter qu’elles peuvent être la seule façon d’éviter que les interventions d’urgence ne s’arrêtent.

En lien avec le développement agricole et alimentaire : l’utilisation de la terre et des ressources hydriques. Au cours de ces dernières années, ont révélé les travaux de la conférence, l’augmentation de la surface des terres cultivées, s’accompagnant forcément de la nécessité d’une plus grande quantité d’eau pour les irriguer, et les exigences du secteur zootechnique, ont eu un fort impact négatif. Certes, l’avenir, dans lquelle la croissance démographique joue également son rôle, exige de changer le panorama des consommations: par exemple, produire 1kg de céréales demande 1 500 litres d’eau, alors qu’1kg de viande en demande 15.000. Jusqu’à quand pourra durer une telle approche?

D’autres intervenants ont souligné l’importance d’éliminer des distorsions au niveau du développement, de modifier les régimes fonciers, de renforcer les institutions qui s’occupent de gérer la terre et l’eau, et garantir un meilleur accès au marché. Selon la conférence, il faudrait une meilleure gouvernance qui permettrait d’investir sur les terrains cultivables et sur les ressources hydriques, et ainsi sortir des situations à risque et avoir une meilleure gestion des ressources renouvelables. Dans cette optique, ne saurait être oubliée l’initiative  appréciée de la FAO qui a rédigé pour cela « Les lignes directrices volontaires sur la possession des terres et la gestion de l’eau », qui complètent celles de 2004, sur le droit à l’alimentation.

Un des plus grands défis aujourd’hui est celui du changement climatique qui touche directement l’agriculture en termes d’activités à réaliser, cultures en voie de disparition dans certaines zones, perte de biodiversité, diminutions des revenus. Les pratiques durables pour améliorer la capacité de réponse (résilience) aux changements climatiques et réduire les émissions de gaz de serre, n’ont pas encore une large diffusion. Les efforts de la FAO pour encourager leur utilisation, ne pourront avoir lieu s’il manque une bonne connaissance des politiques et des obstacles financiers et institutionnels qui empêchent à la production agricole de se stabiliser. Chaque pays doit pouvoir œuvrer seul ou en commun, pour éliminer les facteurs qui peuvent entraver l’adoption de pratiques durables: parmi ceux-ci, les aides données aux productions qui favorisent les changements climatiques, souvent utilisées au détriment de pratiques qui encouragent une utilisation plus efficace des ressources et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.  Dans le cadre des changements climatiques, en substance, un développement du secteur agricole demande des efforts pour comprendre les facteurs qui ont un impact sur les conditions de vie des agriculteurs et sur l’environnement. Une tâche complexe, pas toujours facile, mais  la seule voie possible pour trouver des solutions non seulement utiles, mais efficaces.

Mais réaliser tout cela est-il possible ? Et comment faire ? Les débats ont révélé l’exigence d’élaborer des politiques adéquates, et la détermination d’un engagement concret représenté avant tout par une augmentation du soutien des Etats, mais également la mise en place de stratégies et d’investissements du secteur privé. Sur ce point, il est intéressant de relever que pendant les travaux tous se sont dits responsables, voire même pour ce qui est du versement de contributions adéquates à joindre au budget ordinaire, approuvé à l’unanimité, mais dont le montant (un milliard de dollars tous les deux ans) reste indubitablement insuffisant par rapport aux réels besoins et exigences. Bref, tout le monde a manifesté la volonté de donner des réponses, mais tous espèrent qu’il ne s’agit pas seulement d’annonces, mais que l’on passe à l’action. Le communiqué final de la conférence est en effet amer: la conviction est que si les situations et conditions ne changent pas, éliminer la faim d’ici 2030 sera impossible.

Pour arriver à cette élimination, il faudra prévoir des stratégies capables de n’exclure aucun apport entre les donateurs et certains membres bénéficiaires. Tout comme il sera nécessaire de programmer une forme durable de production agricole, qui puisse également élaborer et apporter des réponses adéquates en rapport notamment avec l’utilisation des terrains, avec les ressources agricoles et forestières, avec les activités de pêche et l’eau, ou avec leur production et commercialisation, mais surtout avec la continuité de vie des personnes et de communautés entières.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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