Ahmed, Cho, Daniel, Dauda, Diallo…, réfugiés, rencontrent le pape François

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Dans le cadre de sa visite à Turin, le pape François a rencontré une vingtaine de migrants d’Afrique, du Moyen-Orient et de Géorgie: un hors-programme particulièrement touchant et significatif de la culture de la rencontre  promue par le pape.

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« Moi Ahmed, Cho, Daniel, Dauda, Diallo… » : une vingtaine de réfugiés venus d’Afrique, du Moyen-Orient et de Géorgie, témoignent devant le pape François, faisant tomber la barrière de l’anonymat en présentant leur visage et leur histoire.

Au deuxième jour de sa visite à Turin, dans le Piémont, le pape en effet rencontré des réfugiés, en majorité des jeunes, à l’archevêché, le 22 juin 2015.

« Cela a été un moment très touchant, le pape a voulu parler avec chacun, un par un, entendre leurs histoires », rapporte Sergio Durando de la fondation Migrantes Turin, au micro de Radio Vatican.

Outre les témoignages personnels, les participants ont remercié le pape : « Vos paroles sont pour nous de l’oxygène ». « Dans toutes les paroles que nous entendons et que nous lisons, il nous arrive rarement de trouver compréhension et humanité. Nous cherchons tous les jours un réconfort dans les regards, dans les sourires, dans les rares attentions que chacun nous consacre », ont-ils confié.

A.K.

Témoignages des réfugiés

Cher Pape François, nous sommes un groupe de personnes qui, aujourd’hui, ont le privilège de pouvoir vous rencontrer. Ce moment est très important pour nous, parce que nous savons que nous représentons les nombreuses, trop nombreuses personnes qui, aujourd’hui, se trouvent loin de leurs terres et de leurs proches. Dans toutes les paroles que nous entendons et que nous lisons, il nous arrive rarement de trouver compréhension et humanité. Nous cherchons tous les jours un réconfort dans les regards, dans les sourires, dans les rares attentions que chacun nous consacre. Vos paroles sont pour nous de l’oxygène. Au-delà de la foi de chacun de nous, en vous, nous retrouvons la parole de notre Dieu : fraternelle, charitable et d’une manière inexplicablement humaine. Nous vous demandons de continuer d’avoir des pensées et des paroles pour tous ceux qui ont soif de justice ici et dans le reste du monde. Merci. De tout cœur.

Ahmed – Je suis soudanais, depuis 2011 en Italie, où j’ai fait une demande d’asile politique que l’on m’a accordé. J’ai fait des études, à Khartoum, en économie et maintenant je suis inscrit au cours de licence en Sciences statistiques, à Turin. Je vis rue Roccavione, dans un appartement du diocèse de Turin, géré par le Bureau de la pastorale des migrants, avec d’autres étudiants et une famille Rom. Mon désir le plus grand est que la paix puisse venir au Darfour. Paix au Darfour !

Cho – J’ai 32 ans, je suis né à Bamenda au Cameroun et quand j’étais petit, mes parents m’ont amené à Douala où j’ai grandi. En 2008, nous avons manifesté contre l’augmentation des prix et la police a commencé à tirer et à procéder à des arrestations. J’ai réussi à m’enfuir. D’abord au Nigeria et ensuite au Niger, où j’ai rencontré des amis et, ensemble, nous sommes allés en Libye. J’ai travaillé comme ouvrier maçon, jusqu’à la révolte de 2011 et mon arrivée en Italie. Aujourd’hui, je travaille comme menuisier et je prépare un diplôme d’électricien. Je demande au Seigneur de prier pour ma famille et pour ceux qui meurent dans le désert et en mer.

Daniel – Je suis nigérian, en Italie depuis 2007. J’ai étudié la langue italienne et je suis technico-commercial à l’international. J’ai travaillé de nombreuses années jusqu’à ce que la crise arrive, avec le chômage. Ma famille est en Afrique maintenant. J’héberge chez moi deux jeunes garçons réfugiés, Said et Keita, à travers le projet « Rifugio diffuso », du Bureau pour la pastorale des migrants. Je suis heureux de pouvoir héberger deux jeunes et bons garçons comme eux.

Dauda – Je suis ivoirien, en Italie depuis six mois. J’ai quitté mon pays en 2011. Je suis allé au Burkina Faso, puis en Libye où j’ai travaillé. J’ai été obligé de monter sur un bateau et je ne savais pas où on m’envoyait. Je me trouve maintenant dans un centre d’accueil. Paix dans le monde !

Diallo – Je suis de Guinée Conakry, j’ai fui et je suis allé au Mali, je suis passé par l’Algérie et la Libye. Je suis en Italie depuis 2014. Je suis encore dans l’attente de savoir si l’Italie m’accordera la protection internationale et je vis dans un centre d’accueil. J’ai 22 ans et je suis très préoccupé pour mon avenir.

Diouf – Je suis volontaire du projet « Rifugio diffuso » du Bureau pour la pastorale des migrants du diocèse de Turin. J’héberge un jeune garçon, qui est ici, Moussa. Je suis un artiste sénégalais musulman d’origine animiste. Je suis écrivain chorégraphe et metteur en scène de spectacles pour le théâtre et les danses africaines, depuis trente ans en Italie. Je suis convaincu que les trois religions monothéistes ont toute une même origine qui culmine dans des prières différentes adressées à un Dieu unique.

Hector – Je suis en Italie depuis huit ans. J’ai fui mon pays, le Congo Brazzaville, où j’étais enseignant en mathématiques. J’ai dû fuir pour des problèmes politiques et, après mon départ, ma femme a été tuée. Mes deux filles sont restées avec leur grand-mère. Je n’arrive pas à demander le regroupement familial parce que je ne suis pas dans les conditions de pouvoir les entretenir. Mon souhait est que l’on puisse arriver à la paix et la seule façon de le faire est de changer de modèle de vie.

Kasem – Je suis égyptien, en Italie depuis trois ans. Dans mon pays, j’étais assistant social. Maintenant je suis en fauteuil roulant parce qu’en 2014, j’ai eu un grave accident de travail. Je suis tombé de 14 mètres de haut et je suis content, aujourd’hui, de pouvoir le raconter. J’ai eu la force, grâce aussi à tous mes amis proches, de dénoncer mon employeur qui n’a même pas appelé une ambulance. En septembre, je m’inscrirai à un cours pour devenir éducateur. Paix sur vous !

Kone – Je faisais partie d’un mouvement étudiant en Côte d’Ivoire et, en 2003, j’ai été obligé de fuir parce que j’étais poursuivi. J’ai vécu et travaillé pendant dix ans en Libye mais, en 2011, avec la révolte, j’ai été contraint de quitter le pays et je suis arrivé en Italie. Je suis responsable du Mouvement des migrants et réfugiés à Turin et je suis médiateur interculturel… Je suis d’accord quand, vous dites, pape François, que la terre n’appartient à personne. Nous devons ouvrir les frontières. Nous continuerons à lutter pour la justice, mais nous avons besoin de votre énergie pour aller de l’avant.

Famille Kvernadze – Shalva est le chef de famille, resté veuf pendant le conflit russo-géorgien parce que sa femme a été tuée pendant le conflit. Il s’est remarié avec Manana, une femme d’Ossétie de qui il a eu deux enfants. Ils ont dû fuir parce que les couples mixtes russo-géorgiens sont fortement discriminés en Géorgie. Ils sont tous les deux chrétiens.

Mallam – Je suis un garçon ghanéen, à peine sorti d’un accueil et maintenant je vis dans une famille à Cervasca, grâce au projet du Bureau pour la pastorale des migrants « Rifugio diffuso ». Je vis chez Daniela, nièce d’un émigré parti chercher fortune en Argentine en 1913. Cela fait 25 ans que Daniela a ouvert les portes de sa famille et maintenant elle vit avec son mari et ses trois enfants, ainsi que quatre garçons d’origine africaine et deux enfants placés, en plus de son vieux père. Nous vivons tous ensemble : catholiques, musulmans et protestants.

Mamadou – Je suis originaire de Guinée Conakry. Je suis diplômé en droit, professeur de droit patrimonial dans mon pays. J’étais secrétaire du parti politique « Jeunes pour le changement »
. Après qu’on a tué mon frère, j’ai donné des interviews à la radio et à la télévision et j’ai commencé à être recherché. J’ai fui. Je suis en Italie depuis octobre 2010 et je dois remercier le diocèse de Turin, le Bureau pour la pastorale des migrants, pour l’aide qu’il m’a apportée et qu’il m’apporte encore. Je suis médiateur interculturel, mais je suis au chômage depuis longtemps. Les réfugiés ne sont pas responsables de ce qu’ils vivent. Aux présidents des pays développés, je dis : ‘cela suffit avec les armes !’.

Nzita – Je suis arrivé en Italie en 1988, avec une bourse d’études. La situation était différente alors. Dans les années quatre-vingt-dix, j’ai commencé mon travail d’activiste en ville, après la mort d’un Sud-africain. Aujourd’hui, je fais partie du syndicat USB et j’aide le Mouvement des migrants et réfugiés.

Ousmane – J’arrive de Guinée Conakry d’où j’ai fui en 2013. Arrivé en Libye, après avoir traversé le Mali et l’Algérie, et en Libye, j’ai été arrêté et on m’a obligé à monter sur un bateau.

Regina – je suis nigériane, en Italie depuis 2011. Je vis dans la maison occupée de l’ « ex Moi ». Je voudrais que, dans ce monde, la chance d’être sauvé soit donnée à tous. Nous sommes tous des enfants de Dieu !

Yahia – Je suis du Soudan, en Italie depuis 2009. Dans mon pays, j’étais diplômé en langues et je passe le même diplôme ici à Turin. J’ai dû fuir mon pays et j’ai obtenu le droit d’asile. Paix au monde entier !

Traduction de Zenit, Constance Roques

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ZENIT Staff

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