« Un grand acte d'amour du pape envers le Mexique »

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Par le card. Tarcisio Bertone

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Traduction d’Hélène Ginabat

ROME, mercredi 21 mars 2012 (ZENIT.org) – « C’est un message d’amour, de grand encouragement et donc aussi d’optimisme » que Benoît XVI adressera aux Mexicains, affirme le cardinal Tarcisio Bertone, quelques jours avant le voyage que le pape effectuera au Mexique du 23 au 26 mars.

Le secrétaire d’Etat explique que Jean-Paul II désirait tellement aller en pèlerinage au sanctuaire du Christ du Cubilete (cf. article de ce jour sur le « Cœur du voyage de Benoît XVI »), et c’est pourquoi Benoît XVI a dit : « Il faut que je réalise ce désir de Jean-Paul II ».

Radio Vatican publie le texte intégral de l’interview accordée par le cardinal Secrétaire d’Etat à la chaîne de télévision mexicaine, Televisa (cf. Zenit du 23 mars 2012), dont voici notre traduction intégrale.

Televisa – Pourquoi le Mexique ?

Cardinal Bertone – Le choix du Mexique est sans aucun doute un grand acte d’amour du pape envers le Mexique, ce grand pays d’Amérique latine, ce grand pays catholique, un pays en plein développement, mais aussi un pays traversé par des problèmes et des défis formidables, en particulier les défis de la violence, de la corruption, du trafic de drogue, qui requièrent l’engagement de tous, l’engagement de toutes les instances religieuses, civiles et sociales pour dépasser cette phase et pour refonder le Mexique sur les valeurs chrétiennes, qui sont dans l’ADN du peuple mexicain : les valeurs de coexistence pacifique, de fraternité, de solidarité et d’honnêteté. Le pape apporte donc un message d’encouragement dans cette direction et il apporte ce message surtout aux jeunes afin qu’ils ne se laissent pas décourager, qu’ils ne se laissent pas prendre par des objectifs faciles de gains ou d’arrivisme, mais s’engagent pour construire une société solidaire, une société honnête, une société où chacun ait sa place, où chacun soit reconnu. C’est un message d’amour, de grand encouragement et donc aussi d’optimisme.

Eminence, vous êtes allé au Mexique, entre autres pour représenter justement le pape à la Rencontre mondiale des familles. Quel Mexique avez-vous trouvé ? Quelle Eglise avez-vous trouvée et pensez-vous retrouver au Mexique ?

Nous savons combien la figure du pape est aimée par le peuple mexicain, sans parler du récent pèlerinage des reliques de Jean-Paul II, qui a suscité parmi le peuple une dévotion extraordinaire. Au cours de ma dernière visite – et je crois que nous retrouverons cela cette fois-ci encore – j’ai trouvé un grand enthousiasme, une grande foi. Une foi populaire, mais une foi solide, pas superficielle. Et de ce point de vue, je crois que, encore aujourd’hui, la foi ne s’est pas affaiblie, au contraire : face à ces problèmes et à ces défis, il faut justement un plus grand enracinement dans la foi, et il faut aussi l’aide d’en-haut et donc davantage de prière, mais aussi davantage d’engagement personnel. Et je crois que l’Eglise, par sa structure, par ses pasteurs, par ses organisations sociales et capillaires, œuvre dans cette direction.

Le Mexique et le Saint-Siège fêtent cette année le vingtième anniversaire du rétablissement de leurs relations diplomatiques. Comment voyez-vous les relations entre ces deux Etats et aussi le rapport entre l’Etat et l’Eglise ?

Les relations entre l’Etat et l’Eglise au Mexique ont évolué, sans aucun doute, très positivement, si l’on se rappelle les tensions qu’il y avait au siècle dernier… Même si le peuple mexicain percevait l’Eglise comme « la sienne », même si elle restait l’âme du peuple, politiquement, civilement et structurellement, il y avait une opposition, une tension. Il y a vingt ans, les relations diplomatiques ont été rétablies : c’est un signe de l’importance publique de l’Eglise en tant que telle. C’est la reconnaissance de la fonction universelle de l’Eglise et du Saint-Siège. Que l’on pense aussi au développement qu’a connu le Mexique au sein de la communauté internationale, non seulement aux Caraïbes et en Amérique latine, mais dans la communauté internationale, parmi les « Vingt » en quelque sorte. Il est donc significatif que ces relations soient fermes et fructueuses.

A votre avis, y a-t-il des choses à améliorer ?

Il y a des thèmes que nous connaissons : à part ces défis que nous avons cités, il y a aussi les questions liées aux valeurs auxquelles on ne peut pas renoncer, aux valeurs éthiques, qui fondent la vie honnête. Je ne dis pas la vie bonne selon l’Evangile, mais la vie honnête : je fais référence aux thèmes de la famille, de la protection de la vie, des libertés fondamentales. N’oublions pas que l’on est en train de discuter et de voter une loi sur la liberté religieuse. Si le droit à la liberté religieuse tient le coup, les autres droits seront défendus et protégés. Si le droit à la liberté religieuse s’écroule – ce droit élémentaire, fondamental – les autres droits aussi vacillent. C’est l’expérience de l’histoire.

A propos de la Rencontre mondiale des familles, de ces menaces contre la vie, contre la famille auxquelles vous faisiez allusion : il s’agit de valeurs auxquelles on ne peut renoncer, et pourtant mises en danger par des législations qui ont été modifiées…

… et qui sont parties dans une direction tout à fait différente. La famille, le mariage en tant qu’union entre un homme et une femme selon le projet originel du Créateur : il y a là un projet qui a une valeur naturelle et donc universelle, qui est protégé par les grandes religions du monde, pas seulement par le christianisme ou par l’Eglise catholique. Et il y a aussi la protection de la vie, le « tu ne tueras pas », pas même l’enfant à naître, dans le sein maternel. Le « tu ne tueras pas » a certainement un écho très douloureux au Mexique parce que, malheureusement, les meurtres sont à l’ordre du jour, ce sont des faits quotidiens extrêmement douloureux. Et donc, sur ce point aussi, sur ce commandement du décalogue, nous sommes tous engagés, je dirais en première ligne.

Pensez-vous que Benoît XVI lancera un appel dans ce sens, d’une manière ou d’une autre ?

Il abordera certainement ce point, ce commandement. Et tous – l’Eglise, les Eglises, les autorités civiles – toutes les instances sociales et politiques, sont engagés dans ce domaine. Je voudrais dire ceci : la première mission de l’Eglise est précisément une mission d’éducation, celle d’éduquer les consciences. Il y a une très belle expression du pape Benoît XVI, dans sa première encyclique Deus Caritas est, qui dit ceci : « L’Eglise veut servir la formation des consciences dans le domaine politique et contribuer à faire grandir les perceptions des véritables exigences de la justice et, en même temps, la disponibilité d’agir en fonction d’elles ». C’est un devoir formidable : ce n’est pas un devoir, dirons-nous, de caractère exclusivement politique, mais il pèse sur la politique. Cela relève de la formation personnelle et aussi de la formation politique, la formation de la société, parce qu’on veut modeler une société qui perçoive les exigences de la justice et veuille agir en fonction d’elles.

Eminence, Benoît XVI n’ira pas au sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe, mais à Guanajuato, dans le « cœur » géographique et spirituel du Mexique. Pourquoi ce choix de la part du pape ?

Le pape aime la Vierge de Guadalupe, la Patronne bien-aimée du Mexique, de l’Amérique latine et de tous les pays des Caraïbes de l’Amérique latine. Et j’ajoute que cette  pensée, maintena
nt que l’on prépare le voyage au Mexique, est très présente à son esprit tous les soirs lorsqu’il se promène dans les jardins du Vatican en récitant le rosaire : il passe toujours devant la l’image de la Vierge de Guadalupe et de son apparition à Juan Diego. Mais en même temps, nous savons quels sont les motifs de ce choix du pape. Un choix extraordinaire, je dois dire, qui m’a immédiatement frappé dès que j’ai entendu les motivations du pape : Jean-Paul II, nous nous en souvenons, désirait tellement aller en pèlerinage à ce sanctuaire et il ne put le faire pour de multiples raisons… C’est pourquoi Benoît XVI a dit : « Il faut que je réalise ce désir de Jean-Paul II et que j’aille moi-même, en tant que son successeur, dans ce sanctuaire qui est le cœur de la foi héroïque du peuple mexicain ». C’est donc un grand signe pour le peuple mexicain. Et c’est le rappel d’une histoire exemplaire pour toutes les Eglises locales du monde, pour tous les pays, spécialement à notre époque où il faut de l’héroïsme pour conserver et professer sa foi catholique. Nous voyons ce qui se passe dans certains pays comme le Nigeria, ou d’autres pays d’Afrique ou du monde… C’est donc un grand geste du pape, et je crois que le peuple mexicain saura l’apprécier pleinement. 

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ZENIT Staff

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