La famille est la réponse à la crise, selon le card. Rodríguez Maradiaga

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Entretien avec le président de Caritas Internationalis

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ROME, Mardi 17 février 2009 (ZENIT.org-El Observador) – Le cardinal Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa au Honduras, affirme que la crise économique actuelle a d’importantes répercussions sur le développement des familles, mais, en même temps, que pour traverser ce moment difficile, l’unité familiale constituera un facteur déterminant.

Le cardinal Maradiaga, également président de Caritas Internationalis, a accordé un entretien à  ZENIT, après sa participation à la VIe Rencontre mondiale des familles (R.F.M), qui s’est tenue à Mexico au mois de janvier dernier.

Q – Vous avez une large vision des questions sociales et de leurs répercussions sur la famille. En ce sens, quel est le problème le plus préoccupant pour l’Eglise d’aujourd’hui ?

Card. Rodríguez Maradiaga – La famille elle-même. Elle est le point principal, l’option la plus importante de la vie de l’être humain ; par conséquent, une de nos préoccupations est : comment faire pour que les personnes se préparent de mieux en mieux à ce choix de vie. Toutes les grandes choses se préparent. Elles ne s’improvisent pas. Et il arrive pourtant fréquemment que le choix le plus important de la vie, qui est l’amour, la famille, relève d’une effarante improvisation. Il arrive parfois que des familles démarrent suite à une erreur, non par un libre choix. Préparer cette option de vie est peut-être l’objectif premier de toute évangélisation et de la pastorale familiale.

Q – Que pensez-vous de la situation de pauvreté et d’inégalité dont souffre l’Amérique latine et qui dans de nombreux cas freine le développement intégral des familles ?

Card. Rodríguez Maradiaga – lors de la Rencontre mondiale des familles, un spécialiste en économie nous a fait un exposé sur les conséquences du manque de solidité de la famille pour le développement économique, pour la pauvreté elle-même. Des études et statistiques ont montré que la santé physique et mentale sont bien meilleures dans les familles constituées que dans les familles monoparentales ou décomposées. La pauvreté est bien pire dans les familles décomposées que dans les familles « intactes ». Plusieurs aspects ont été ainsi mis en évidence ; par exemple, l’enseignement supérieur, et les obstacles rencontrés lorsque les parents sont divorcés. Ce sont des aspects que la presse aborde très peu et il vaut la peine de s’y arrêter.

On parle du rôle éducatif de la famille, que certains réduisent à l’éducation scolaire. A ce propos, on a réfléchi sur ce que signifient l’éducation morale dans la famille, l’éducation spirituelle, les aspects économiques et le témoignage du père de famille, lorsqu’il se montre capable, au milieu des vicissitudes de la vie, d’accompagner avec héroïsme sa famille. Ce sont là des richesses inexplorées, qu’il vaut la peine de faire connaître, parce qu’il y a des personnes qui souffrent  et qui, en prenant connaissance de ces témoignages, se sentent réconfortées.

La pauvreté est une réalité qui, loin de diminuer, augmente dans nos pays. A présent, nous traversons cette crise financière gravissime qui aura des conséquences beaucoup plus importantes que prévu.

Q – D’aucuns disent que certains pays sont pauvres parce qu’ils ne pratiquent pas la régulation des naissances. De nombreux gouvernants mettent toutes leurs forces pour combattre la pauvreté avec des politiques de contrôle des naissances…

Card. Rodríguez Maradiaga – Ces politiques de contrôle des naissances sont en réalité des politiques d’élimination de la natalité. Elles n’envisagent qu’une seule perspective parmi d’autres. Nous serions pauvres parce que nous avons une forte démographie et cela est un sophisme. La population est nécessaire pour qu’il y ait développement économique ; un pays en Amérique latine a été le premier dans les années cinquante à appliquer la limitation des naissances. Que s’est-il passé dans ce pays ? Il est incapable de se développer et, par conséquent, il n’a pas les consommateurs qu’il lui faut pour avoir des entreprises prospères ; il doit tout importer d’autres grands pays et a seulement une économie de subsistance, pas un développement, tel qu’il devrait avoir.

L’Eglise parle clairement de la paternité et de la maternité responsables ; la transmission de la vie est une grande responsabilité des parents ; elle n’est pas le produit d’un quelconque désordre, c’est une grande responsabilité. De même que les gouvernements ont la grave responsabilité de rechercher le bien commun de tous les citoyens, et s’il y a des citoyens qui devraient être privilégiés, ce sont bien les pauvres et non les riches. Et c’est pourquoi l’Eglise, qui est Mère, insiste bien dans sa Doctrine sociale sur le fait que la famille n’est pas à considérer comme un élément  à part de la problématique sociale.

La famille a fait l’objet d’un chapitre très important dans la Doctrine sociale de l’Eglise, car avec la famille on touche de très près à tout ce qui est lié aux problèmes sociaux. L’Eglise a toujours incité les gouvernements à se préoccuper aussi des familles pauvres.

Q – Certains prétendent que l’Eglise privilégie les riches…

Card. Rodríguez Maradiaga – C’est bien mal connaître la vie de l’Eglise. Tout d’abord, l’Eglise ne se réduit pas à la hiérarchie ; chaque baptisé est l’Eglise. Si nous observons tous les développements pastoraux sur le continent, nous nous rendons compte que l’Eglise a fait le choix préférentiel des pauvres.

Au Mexique, il y a un cas unique sur notre continent : des chefs d’entreprise et des personnes particulièrement aisées soutiennent l’Institut mexicain de doctrine sociale chrétienne (IMDOSOC), qui se consacre à l’éducation des gens, précisément parce qu’ils sont convaincus qu’une des meilleures façons d’atténuer la pauvreté est l’instruction ; l’IMDOSOC a accordé des bourses aux étudiants des pays pauvres, parmi lesquels Cuba, qui sont venus au Mexique avec des bourses complètes pour approfondir la doctrine sociale de l’Eglise ; de sorte que ce jugement ne doit pas être généralisé. Celui qui examine avec attention la vie de l’Eglise comprend que l’option préférentielle pour les pauvres n’est pas de la poésie mais une réalité.

On reproche parfois à  la morale catholique de s’opposer à l’usage de préservatifs comme solution au problème du VIH-SIDA, mais je veux vous dire que 27%  de tout ce qui a été fait dans le monde en faveur des malades atteints de cette maladie vient de l’Eglise catholique qui ne reçoit que 2% du Fonds mondial pour l’aide aux malades du SIDA. Si nous parlons de programmes de construction de logements, nous nous rendons compte de ce que cela signifie à l’occasion de catastrophes. Je parle en tant que président de Caritas Internationalis, l’institution la plus respectée pour ce qui est de l’option préférentielle pour les pauvres.

Propos recueillis par Gilberto Hernández García

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ZENIT Staff

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