CITE DU VATICAN, Jeudi 19 juillet (Zenit.org) - Pauvreté, santé et environnement sont les trois domaines où le Saint-Siège espère une réaction du G 8 à l´appel de Jean-Paul II, déclare le cardinal Sodano. "Un autre monde est possible" affirme le cardinal.

Le cardinal secrétaire d´Etat Angelo Sodano, a en effet accordé une entrevue la chaîne catholique italienne, Telepace (TP), le 19 juillet, sur le thème de la mondialisation. Nous traduisons de l´italien.

TP. - Quelle réaction attendez-vous en réponse à l´appel de Jean-Paul II?

Card. S. - Les attentes sont très concrètes, à savoir que puisse naître des initiatives dans trois domaines: la pauvreté, la santé et l´environnement. Mais il faut éviter l´erreur d´attendre le renouveau du monde d´une brève rencontre des chefs d´Etats et de gouvernements. Dans l´histoire des peuples, il y a la loi de la gradualité: l´essentiel est de rechercher la voie juste à emprunter, et ensuite, on avance sur cette route.

TP. - Annuler la dette c´est seulement uen "bonne oeuvre", ou aussi une "bonne affaire" pour tous?

Card. S. - L´annulation de la dette est l´une des formes pour venir en aide aux pays les plus pauvres. Il y a déjà eu différentes initiatives dans ce domaine. Je voudrais rappeler la noble initiative prise par l´Italie pour annuler la dette de la Zambie et de la Guinée. La conférence épiscopale italienne elle-même a apporté sa collaboration au gouvernement italien. Aussi a-t-on pu instituer un fonds de "contrepartie" pour les programmes de développement dans ces deux pays africains. On annulle la dette mais on s´engage à user l´argent donné pour les écoles et les hôpitaux.

TP. - Quel message tirez-vous du "tremblement de terre" anti-mondialisation?

Card. S. - C´est un message d´espérance. C´est le signe que l´on ressent encore dans le monde les valeurs de la solidarité. Dans le phéénomène de la mondialisation, on peut aussi découvrir la vocation originaire de l´humanité à constituer une unique famille. Le seul problème, c´est de voir quelle mondialisation on veut. Le cardinal Tettamanzi, archevêque de Gênes, a donné un beau titre à son récent livre "La mondialisation, un défi". Et c´est réellement un défi. Tout dépend du but que l´on se fixe. En soi, comme le progrès humain, elle n´est ni bonne ni mauvaise. Tout dépend de l´usage que l´on en fait. C´est cela le défi d´aujourd´hui. Au fond, c´est le défi de la liberté. C´est un don de Dieu que l´homme peut utiliser en bien ou en mal.

TP. - Qu´est-ce que vous aimeriez dire à ce peuple ("de Seattle") qui affirme qu´un autre monde est possible?

Card. S. - Certes, un autre monde est possible. Nous avons laissé derrière nous un siècle qui ne nous fait pas honneur. Le XXe s. a ét"é marqué par des guerres terrribles. On parle de plus de 70 millions de morts lors de la dernière guerre mondiale, dans le monde entier, civils et militaires ensemble. nous avons laissé derrière nous une siècle de lager et de goulags dans lesquels l´homme, créé à l´image et à la ressemblance de Dieu, a été défiguré et profané. Nous avons laissé derrière nous un siècle avec tant de pauvres qui, comme Lazare, tendaient la main vers la table du riche. Nous devons maintenant travailler à un nouveau chapitre de l´histoire de l´humanité.

TP. - Contre quels risques, au début de ce nouveau siècle, la Vierge de "la Garde" met-elle en garde l´humanité?

Card. S. - Vous faites bien de rappeler que sur la montagne qui domine Gênes, se trouve le sanctuaire de Notre-Dame de la Garde, cher aux catholiques. Etant enfant, je m´y rendais souvent. Une nouvelle église a été consacrée au début du siècle par un grand archevêque, le bienheureux Tommaso Reggio, come pour garder le pape génois, Benoît XV. Nous confions à Notre-Dame de la Garde la rencontre de Gênes, afin qu´elle soit la Mère du Bon Conseil.

TP. - L´Eglise en fait pas de politique, mais que peut-elle faire pour la politique?

Card. S. - L´Eglise est un corps composé de tant de membres. Chacun d´eux est appelé à collaborer à la vie publique. Elles sont différentes les missions du pape, d´un évêque, d´un prêtre, ou d´un chrétien particulier. Une chose est certaines, dans leur ensemble, les chrétiens peuvent et doivent contribuer au bien de la société, à construire un monde meilleur. C´est en particulier la grande missioin du laicat catholique.

TP. - Que dire de l´Italie, comme siège du G 8?

Card. S. - Je suis heureux que l´Italie ait été choisie comme siège du G 8 actuel. Notre terre est hospitalière. J´espère qu´elle montrera à tous son plus beau visage, riche de tant d´humanité et de cordialité. C´était aussi le voeu exprimé par le pape lors de l´angélus de dimanche 8 juillet lorsqu´il a salué les groupes venus à Gênes pour uen réflexion chrétienne sur un tel événement. L´Osservatore Romano a titré: "Le pape invite à prier pour les gouvernants et à créer un climat de concorde et de sérénité". Cela me semble un titre synthétique qui exprime un voeu du pape et de tous ses collaborateurs.

TP. - Le gouverneur de la Banque d´Italie a dit que l´Eglise est aujourd´hui l´Institutionla mieux "outillée" pour affronter le géant de la mondialisation...

Card. S. - Les chrétiens n´ont pas peur de la mondialisation. Le chruistianisme-même est uen religion "mondialisante". Dans ce monde, défini désormais comme un village global, l´Eglise cherchera de mettre le levain de l´Evangile du Christ. De l´intérieur, l´Eglise cherchera à élever le ton spirituel de l´humanité, avec les moyens qui lui sont propres. C´est avec la même attitude que les chrétiens regardent les chefs d´Etats et de gouvernements qui se réunissent à Gênes. Les chrétiens prient surtout pour eux afin que le Seigneur les éclaire. C´était déjà l´enseignement de Paul à son disciple Timothée (1 Tim 2). Les chrétiens s´engagent ensuite à collaborer avec tous pour le bien de l´humanité. Ceux qui vienent à Gênes sont des hommes politiques librement choisis par leurs peuples. Ce sont des personnalités qui représentent des Nations ayant de grandes cultures. Je veux espérer qu´aucune tache ne vienne t ruiner une telle rencontre. Se rencontrer, se connaître, et se parler font partie de notre civilisation.