CITE DU VATICAN, 16 juillet (zenit.org) - Les religieuses de Saint-Joseph de Cluny ont fêté à Rome samedi 14 juillet, le 150e anniversaire de la naissance au ciel de leur fondatrice. La bienheureuse Anne-Marie Javouhey « entrait dans la vie éternelle » le 15 juillet 1851. Une messe d’action de grâces a eu lieu à la maison romaine de la vie Poliziano, maison d’accueil des pèlerins, pour marquer l’anniversaire.

« Le temps s’écoule bien vite, écrivait la bienheureuse, nous serons bientôt à la fin de notre course ! Pourvu que nous soyons fidèles à la mission que Dieu nous a confiée ! Dieu n’a voulu que de pauvres filles ignorantes pour leur inspirer sa volonté sainte, afin qu’elles ne puissent se glorifier de rien et que les hommes y reconnaissent le doigt de Dieu en lui rapportant la gloire ». Sa première vocation : éducatrice. Mais une éducation « intégrale », qui implique le « développement » de la personne et de la société, dans la liberté - elle fait libérer les esclaves, en pleine époque coloniale ! - et dans la solidarité entre la métropole et le sud du monde. En somme, le charisme de la fondatrice n’a rien perdu aujourd’hui de son actualité.

Anne-Marie naît à Jallanges, en Côte d’Or, le 10 novembre 1779 dans une famille paysanne aisée et croyante qui aide les prêtres réfractaires durant la Révolution. Elle même fait le catéchisme aux enfants privés de culte. Sa vocation se dessine : elle se consacrera à Dieu avec la mission « d’instruire les enfants et d’élever les orphelins ».

L’année suivante, en 1799, elle fait un premier essai de vie religieuse auprès de Jeanne-Antide Thouret qui vient de fonder, à Besançon, les Soeurs de la Charité, bien connues en Savoie. C’est alors que, dans une vision prémonitoire, elle se voit entourée de jeunes enfants noirs, des outils à la main, sans comprendre encore la signification de ce signe.

De retour chez elle, elle ouvre une petite école pour les enfants du village. Elle fera un autre essai chez les Trappistines de la Riedra, en Suisse, avant de décider de fonder un institut au service des enfants et des pauvres. Elle a recours au pape. En effet, en 1804, à Chalon, elle réussit à parler à Pie VII, qui se rend à Paris pour le sacre de Napoléon. L’évêque d’Autun qu’elle rencontre ensuite, l’invite à s’installer à Chalon pour y préparer sa fondation. Elle ouvre une école et inaugure, en août 1806, une chapelle dédiée à Saint Joseph. Enfin, le 12 décembre 1806, elle obtient de l’empereur, l’autorisation de fonder un institut.

Elle prononce ses premiers voeux le 12 mai 1807, avec huit autres jeunes filles, dont ses trois soeurs : c’est l’acte de naissance de la nouvelle congrégation. Elle en est élue supérieure. Bientôt, l’arrivée de nombreuses postulantes rend nécessaire l’ouverture d’une autre maison et, avec l’aide de son père, elle acquiert, à Cluny, l’ancien couvent des Récollets, qui devient à la fois le premier noviciat et la première maison-mère : le nom de « Saint Joseph de Cluny » s’est imposé.

Les premières fondations françaises furent Carcassonne, Limoux et Paris. Mais surtout, le rêve de la fondatrice prend forme lorsque l’intendant de La Réunion fait appel aux religieuses pour l’éducation des jeunes-filles de l’île. Quatre soeurs partent en 1817. Un appel arrive du Sénégal : cette fois, la Anne-Marie Javouhey accompagne elle-même la fondation, en 1822. Durant deux années, elle donne l’exemple du dévouement pour l’instruction des jeunes africains e de leur formation à un métier. Elle est aussi soucieuse de former des jeunes en vue d’un clergé autochtone.

Lorsqu’elle revient en France, elle lance les missions aux Antilles et en Guyane. Elle même y fait deux séjours, (1828-1833 et 1835-1843) : ce seront les années les plus marquantes de sa vie, entre ses 49 et ses 62 ans. Ses dons d´organisatrice donnent toute leur mesure : elle ouvre écoles, hôpitaux, des fermes d’initiation à l’agriculture et à l’élevage, ainsi que des ateliers pour l’initiation à différentes formes d’artisanat. Trouvée dans un état pitoyable, la plantation de La Mana connaît en l’espace de quinze ans, un développement exceptionnel. Elle se consacre aussi aux lépreux, dans le domaine de l’Acrouany.

Son oeuvre la plus courageuse, en pleine période coloniale, est certainement son action en faveur dela libération des esclaves. Elle recevra pour cela le soutien d’Alphonse de Lamartine, poète et homme d’Etat, et bientôt du roi Louis-Philippe qui salue en elle « un grand homme » ! Le 21 mai 1838, elle a l’immense joie d’asssiter à la libératiion de 185 esclaves : elle leur offre leurs premières chaussures, signe de leur émancipation. On comprend que son influence lui vaille l’hostilité de certains planteurs. Un attentat échoue. Les calomnies la font beaucoup souffrir. « Elle ne reçoit pas toujours du clergé le soutien dont elle aurait besoin », note un biographe.

En 1843, elle est de retour en France, et présidera encore pendant huit ans au développement de son oeuvre. Elle meurt d’épuisement, à Paris, le 15 juillet 1851. La jeune congrégation compte alors 1200 religieuses ! Son oeuvre éducative et hospitalière, son action en faveur des lèpreux et des esclaves avait précédé les lois de la Seconde République. Elle avait pressenti avant l’heure la nécessité des hôpitaux psychiatriques, et pour les nouvelles Eglises, celles de former un clergé autochtone. Elle a étè procalmée bienheureuse pendant le Jubilé de 1950.

Les religieuses de Cluny sont actuellement environ 3000, réparties dans une cinquantaine de pays des cinq continents.
C’est en 1854, après la mort de la fondatrice que s’est ouverte à Rome, près de la basilique Sainte-Marie Majeure, la première maison romaine, au moment d’une épidémie de choléra. Elle sera supprimée ensuite. Une nouvelle maison sera bâtie, dans le même quartier, via Poliziano, entre 1884 et 1887. L’édifice actuel, destiné d’abord à l’accueil des dames et des jeunes filles en formation, est aujourd’hui ouverte aux nombreux pèlerins de Rome, en particulier pendant le Jubilè. La maison a ouvert tout grand ses portes, spécialement pour les Journées mondiales de la jeunesse : n’a-t-il pas fallu accueillir à Rome 2 millions de jeunes, soit deux fois plus que prévu ! Mère Marie-Louise, supérieure actuelle de la maison, n’a pas hésité : un charisme d’hospitalité est venu enrichir, au coeur de Rome, les autres charismes de la fondatrice.

Pour toute information : Soeurs Saint Joseph de Cluny
Via Angelo Poliziano, 38
00184 Rome
tél. : + 39 06 48 72 838