Une récente conversation entre le pape Léon XIV et le Premier ministre canadien Mark Carney laisse penser que le débat sur les technologies émergentes ne se limite plus aux laboratoires, aux salles de réunion ou aux agences gouvernementales. Il est devenu aussi une question morale.
Le 29 mai, le pape et le dirigeant canadien se sont entretenus par téléphone après la publication de la nouvelle encyclique de Léon XIV, Magnifica Humanitas. Selon le Saint-Siège, la conversation a porté sur l’une des préoccupations centrales du document : veiller à ce que l’intelligence artificielle soit développée conformément à des principes éthiques et demeure résolument tournée vers la personne humaine.
Cet échange met en lumière une convergence croissante entre les réflexions du Vatican sur la technologie et les préoccupations des dirigeants politiques confrontés aux conséquences concrètes du développement de l’IA. Plutôt que de considérer l’intelligence artificielle comme une simple opportunité économique ou une compétition géopolitique, les deux parties ont insisté sur la nécessité de garanties protégeant la dignité humaine, les droits individuels et le bien commun.
Le moment choisi est significatif. Quelques jours avant la conversation, M. Carney annonçait que son gouvernement dévoilerait prochainement une stratégie fédérale sur l’intelligence artificielle, visant à protéger les Canadiens et les institutions démocratiques tout en renforçant la coopération internationale dans ce domaine. Le premier ministre canadien, catholique pratiquant entré en fonction le 14 mars 2015, présente de plus en plus l’innovation technologique comme un défi exigeant à la fois expertise technique et responsabilité éthique.
Dans une intervention publique après cet appel, Carney a salué le message de compassion et d’unité du pape et a souligné que l’IA doit être au service de l’humanité, et non l’inverse. Il a notamment insisté sur l’importance de protéger les populations face à l’accélération du déploiement des nouvelles technologies par les gouvernements et les entreprises.
La conversation a dépassé le cadre de l’éthique numérique. Selon le Vatican, Léon XIV et Carney ont également abordé diverses questions internationales, notamment les conflits en cours en Ukraine et au Moyen-Orient. Le Saint-Siège a souligné leur préoccupation commune quant aux efforts déployés pour promouvoir la paix entre les peuples, à l’heure où de nombreuses régions continuent de connaître l’instabilité et la violence.
Carney a également exprimé sa gratitude pour les initiatives du Vatican visant à restituer les artefacts autochtones des musées du Vatican, un geste salué au Canada comme s’inscrivant dans le cadre d’efforts plus larges de réconciliation avec les communautés autochtones.
Bien que bref, cet échange offre un premier aperçu de la manière dont Léon XIV entend impliquer les dirigeants mondiaux dans l’un des enjeux cruciaux du XXIe siècle. L’Église s’est souvent engagée dans les grands débats de société seulement quand les révolutions technologiques avaient déjà commencé. Cependant, dans le cas de l’intelligence artificielle, le Vatican semble déterminé à participer dès le départ.
Cette discussion reflète également un thème qui a pris une importance croissante sous le pontificat de Léon XIV : le progrès technologique ne saurait être évalué uniquement à l’aune de son efficacité, de sa productivité ou de son utilité. La question essentielle est de savoir si l’innovation renforce la personne humaine et contribue à son épanouissement authentique.
Pour Léon XIV, l’avenir de l’intelligence artificielle n’est pas qu’une simple question technique. Il s’agit avant tout du type de civilisation que l’humanité souhaite bâtir.
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