Messe en plein air, Autriche 2015 © Wikimedia

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Constitution sur la sainte liturgie

« Sacrosanctum Concilium » (2e partie)

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Le renouvellement de la liturgie ne s’arrête pas au concept équivoque de la traduction française « restauration ». La constitution établit des règles claires sur le respect des normes. Ces règles méritent d’être lues avec attention, pour qu’elles soient prises en compte. Il ne s’agit pas dans cette partie de discuter de la grande réforme liturgique de 1969, mais de voir mise en œuvre la volonté du Concile dans l’ars celebrandi.

III. La restauration de la Liturgie

La restauration se révèle comme un renouvellement. Ce qui va suivre montre bien que la traduction par « restauration », ne convient ni au mot latin ni au travail du Concile. À propos de la liturgie, on trouve écrit à l’article 21 : « celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées. » 

Une véritable restauration aurait impliqué le maintien des parties jugées inadaptées, pourvu qu’elles puissent justifier leur ancrage dans la tradition catholique. Le Concile n’avait pas annoncé une restauration dans son texte original latin mais un renouvellement, conformément au vœu de Pie XII qui en 1947, dans Mediator Dei, ne se montrait pas partisan de l’archéologie liturgique. Mais cela n’élimine pas pour autant les problèmes d’adaptation. Nous y reviendrons.

A. Normes générales

Les articles 22 à 25 exposent des normes générales. Le premier article (22) divisé en trois parties exclue toute initiative personnelle dans la liturgie. La première partie résume tout : « le gouvernement de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église. Il appartient au Siège apostolique et, dans les règles du droit, à l’évêque. » Ceci a été largement oublié quand le missel de 1969 a fait son apparition. Le changement apparut comme si radical que les ministres se sont permis, dans différentes paroisses, de donner libre cours à leur imagination, semant le trouble et la confusion dans le peuple chrétien. On employa pour certaines d’entre elles l’appellation humoristique de « paroisses d’art et d’essai ». Et surtout l’article 23 donne un sage conseil qui n’a pas été suivi davantage : 

« … pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, on prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l’esprit de la liturgie que l’expérience qui découle de la plus récente restauration liturgique et des indults accordées en divers endroits. Enfin, on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique ».

Un enrichissement liturgique et des lourdeurs 

Les articles 24 et 25 insistent à juste titre sur l’importance de la messe dans la liturgie. Cela sera suivi d’effets avec le chant des psaumes et les lectures s’étalant sur trois ans, avec des changements, permettant d’aborder plus de textes bibliques, y compris ceux de l’Ancien Testament. Il est précisé : « Les textes liturgiques seront révisés au plus tôt, en faisant appel à des experts et en consultant des évêques de diverses régions du globe. » Je ne sais si le phénomène est uniquement français, mais je n’ai senti aucune « expertise » dans les mélodies proposées pour les psaumes et bien peu d’inspiration biblique dans les cantiques français composés autour des années 1970. 

Beaucoup ont généré une irritation si forte qu’ils ont provoqué des départs. Mais à l’inverse cela a suscité des vocations et il existe aujourd’hui de très beaux cantiques. Pour promouvoir ce que demande le Concile, il faudrait encourager les compositeurs, comme les poètes, et éditer un recueil avec tous les psaumes. Afin qu’ils puissent être chantés intégralement par toute l’assemblée – et pas seulement le refrain – il convient de limiter le nombre de cantiques afin que ceux-ci soient connus de tous : Trois cents cantiques suffiraient avec les 150 psaumes, là où actuellement nous devons en avoir quelques trois ou quatre mille en circulation, qui plus est sont de très inégales valeurs. Certains organistes professionnels refusent même quelquefois de les jouer ! 

B. Normes tirées du caractère de la liturgie en tant qu’action hiérarchique et communautaire

Après avoir présenté des normes générales de « restauration liturgique » (section A), la Constitution établit des normes basées sur le caractère hiérarchique et communautaire de la liturgie (section B). En effet, plus des personnes participent à une cérémonie, en y jouant un rôle actif, plus il faut veiller à l’ordre et être strict. Une cérémonie se prépare, avec un sérieux qui doit dépasser celui d’une « improvisation ». Chacun doit rester à sa place, mais encore faut-il qu’elle ait été définie, la connaître et en quoi elle consiste, particulièrement pour les concélébrations. 

À l’article 30, à propos de la participation active des fidèles, il est question de « temps de silence sacré ». Cette importante préoccupation qui vaut pour tous n’a pas été, pendant longtemps, prise au sérieux. Et ce, de manières très diverses, soit par des prêtres prétendant « rendre plus actuelles » les prières eucharistiques – en reformulant, ils en ont presque tout le temps appauvri le sens – soit par leurs équipes liturgiques faisant du zèle pour une « participation active aux cérémonies », avec des gesticulations qui ont peut-être amusé les enfants, mais qui ont fait fuir beaucoup de jeunes et révulsé les adultes, en dispersant l’attention de l’essentiel, qui est l’œuvre de la grâce. 

Or, ce que vise le décret est d’un autre ordre. D’une certaine façon, celui qui préside la cérémonie peut donner le ton par la manière dont il prononce les prières, le temps qu’il prend pour passer d’une partie à l’autre de la liturgie. Dans la même ligne, en général suivie consciencieusement par les équipes d’animation liturgique, il faut toujours préparer ceux qui vont participer d’une manière spéciale à la liturgie. J’entends par là, ceux qui vont être vus et entendus de tous, les lecteurs et ceux qui vont distribuer la communion. Sauf nécessité, on ne les choisit pas au dernier moment. Un lecteur doit savoir lire et proclamer un texte sacré. L’utilisation du micro doit aussi s’apprendre. Et on ne distribue pas la communion n’importe comment. Il faut être très attentif à la manière dont les gens s’approchent du Saint-Sacrement : Faute de consignes précises, et en ce moment, j’apprécie cette prudence de la part de nos autorités, il faut être prêt à donner la communion dans la main ou sur la langue dans ce que l’on appelait le rite ordinaire. Il est bon que les ministres ordinaires et extraordinaires de l’Eucharistie aient connaissance de l’instruction Redemptionis sacramentum (document émis le 25 mars 2004 par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements). 

Enfin il faut se souvenir des propositions de Benoît XVI sur le signe de paix. Il est à l’évidence mal placé par le bruit qu’il engendre dans certaines assemblées. En l’avançant au moment où les offrandes sont recueillies, on évitait de troubler le silence qui doit précéder la réception du Corps du Christ. 

L’article 32 doit être lu attentivement, car dès l’entrée en vigueur de la nouvelle liturgie, on s’est empressé d’ignorer les autorités civiles. Certains ont même voulu empêcher l’entrée des drapeaux ! Il est vrai que mai 1968 n’était pas loin et de plus le dépouillement a souvent viré à la désacralisation et à la laideur. 

C. Normes tirées de la nature didactique et pastorale de la liturgie

Les articles 33 à 36 (section C des normes pour la « restauration ») tiennent compte de la nature pastorale et didactique de la liturgie. Le début de l’article 33 me paraît essentiel, tant il a été négligé au début de l’entrée en action de la liturgie de 1969. « Bien que la liturgie soit principalement le culte de la divine majesté, elle comporte aussi une grande valeur pédagogique pour le peuple fidèle. Car dans la liturgie, Dieu parle à son peuple ; le Christ annonce encore l’Évangile. Et le peuple répond à Dieu par les chants et la prière. » 

Pour cette raison, il me semble que toute liturgie doit commencer par l’invocation trinitaire, et si des mots d’accueil sont nécessaires, ils doivent venir après, même si on accueille le chef de l’État ! Car, commencer l’office par ce genre de distraction va à l’encontre de tout ce qu’exprime cet article. Le mouvement liturgique des années 1970 encourageait même d’autres prises de parole. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais certains prêtres ont tendance à donner libre cours à leur propension au bavardage et à « mordre » sur leur homélie, que, par voie de conséquence, certains fidèles continuent à chronométrer. 

L’article 34 est un écho de ce qui était reproché à l’ancienne messe latine, qui était commentée de vive voix par des laïcs, pour que les fidèles comprennent, et surtout sachent, ce que le prêtre disait à voix basse. Cette pratique, que désavoueraient aujourd’hui les partisans de la forme ancienne, montre que dans beaucoup d’endroits, la liturgie n’était plus comprise. D’ailleurs ce genre d’explication n’existe plus là où la forme extraordinaire est pratiquée. En revanche, la tentation de paraphraser la liturgie eucharistique « moderne » par les célébrants est longtemps contrevenue à cette demande du Concile. 

L’article 35 revêt une importance capitale par cette affirmation : « on accomplira très fidèlement et exactement le ministère de la prédication. Celui-ci puisera en premier lieu à la source des Saintes Écritures et de la liturgie, puisqu’elle est l’annonce des merveilles de Dieu dans l’histoire du salut qui est le mystère du Christ, lequel est toujours là présent et actif parmi nous, surtout dans les célébrations liturgiques. » 

Que de prêtres ai-je entendus dans mon enfance ne tenir aucun compte des textes bibliques du jour, ni même du temps liturgique, pour prononcer une « homélie » qui se résumait un ensemble de préceptes moraux, liés aux expériences et rencontres du prêtre dans la semaine. Cela pouvait être intéressant et même édifiant, mais cela ne faisait pas progresser dans l’enseignement de la Bible. Il y avait, comme le demande le paragraphe 3 de notre texte, des éléments de catéchèse. Mais ceux-ci devenaient rapidement incompréhensibles par manque de culture biblique et à cause d’un catéchisme trop infantilisé. 

La fin du latin ?

Dans l’article 36, je place à la suite les paragraphes 1 et 2. « 1. L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins. » et « 2. Toutefois, soit dans la messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants, conformément aux normes qui sont établies sur cette matière dans les chapitres suivants pour chaque cas ». 

Il est donc bien clair que le concile Vatican II n’a pas supprimé l’usage du latin ; il est simplement permis dans certains cas d’accorder à la langue du pays une plus large place. Or en 1969, certains se sont livrés à une chasse impitoyable au latin. Il y avait dans l’Église catholique « délit de latin et délit de soutane ». Beaucoup de prêtres n’ont pas supporté les vexations qui accompagnaient les réprimandes. Réduits à l’état laïc ou non, certains se sont mariés et l’on a dit qu’ils étaient partis pour cela. C’est inexact. La première cause de leur départ est le sentiment d’injustice dont ils se sont sentis victimes ; ensuite, ne se considérant plus comme prêtres (selon les règles ou non), quelques-uns se sont mariés. 

Une des premières conséquences de l’abandon du latin fut la suppression du chant grégorien, un trésor du chant catholique. Ce fut trop pour beaucoup de catholiques, à qui on soutenait que c’était la décision du Concile. Ceux qui se rendirent compte qu’il n’en n’était rien ne le pardonnèrent pas et fournirent les premiers partisans de monseigneur Lefebvre. La question de la théologie de la messe de Paul VI ne vint qu’ensuite, pour une majorité du moins.

D. Normes pour adapter la liturgie au tempérament et aux conditions des différents peuples

Les articles 37 à 40 (section D) donnent des normes, pour adapter la liturgie au tempérament et aux conditions des différents peuples. Elles sont guidées par le principe énoncé à l’article 37 : « L’Église, dans les domaines qui ne touchent pas la foi ou le bien de toute la communauté, ne désire pas, même dans la liturgie, imposer la forme rigide d’un libellé unique : bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples et elle les développe ; tout ce qui dans leurs mœurs n’est pas indissolublement solidaire de superstitions et d’erreurs, elle l’apprécie avec bienveillance et, si elle peut, elle en assure la parfaite conservation ; qui plus est, elle l’admet parfois dans la liturgie elle-même, pourvu que cela s’harmonise avec les principes d’un véritable et authentique esprit liturgique. » 

J’ai le sentiment que dans les pays de missions cette forme « d’inculturation liturgique a donné de l’élan aux Églises locales sans nuire à la doctrine. Ces questions dépendaient des évêques locaux et, pour ce qui concerne l’Afrique, je puis dire qu’ils exercèrent leur autorité et furent obéis. 

Vers 1965, à la fin du Concile, il y avait en Afrique entre 25 et 30 millions de catholiques. Aujourd’hui plus de 250 millions, soit un catholique sur cinq dans le monde et cela continue d’augmenter. Le Concile n’en est pas la seule cause. Il y a aussi la démographie, mais les mesures prises par Vatican II ont beaucoup favorisé la pratique religieuse et l’intégration catholique. Il faut ajouter la grande importance donnée à l’autorité hiérarchique qui rend les peuples africains très respectueux du Magistère. Ils ont ainsi évité les errements doctrinaux qui se réclamaient de Vatican II et ils représentent toujours un catholicisme conservateur. Il faut ajouter sur le plan chrétien la très forte concurrence évangélique, très souple sur le plan liturgique et qui l’aurait emporté, si Vatican II ne l’avait pas devancée en la matière. 

Constitution sur la sainte liturgie

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P. Michel Viot

Père Michel Viot. Maîtrise en Théologie. Ancien élève de l’Ecole Pratique dès Hautes Études. Sciences religieuses.

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