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Pope Francis in Paul VI Room (archive)

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Quand les consacrés de Rome ont rendez-vous avec leur évêque (1/4)

La vie monastique est une « tension vitale » entre vie cachée et visibilité, explique le pape François.

Le pape a dialogué avec les consacrés de son diocèse, samedi 16 mai, dans la Salle Paul VI, après un temps de témoignages, de danse et de chants de différents pays et différents continents, dont un chœur de religieuses de Chine.

Le pape a répondu d’abondance de cœur aux questions posées par quatre consacrés représentant des réalités différentes : une moniale contemplative, une laïque consacrée, un religieux engagé en paroisse, et un capucin au service des jeunes en détresse.

Première question, de sœur Fulvia, augustine du monastère des Quatre Saints Couronnés : Les monastères vivent un équilibre délicat entre la vie cachée et la visibilité, la clôture et l’implication dans la vie diocésaine, le silence priant et la parole qui annonce. De quelle manière un monastère en ville peut-il enrichir, et se laisser enrichir par, la vie spirituelle du diocèse et par les autres formes de vie consacrée, tout en restant ferme dans ses prérogatives monastiques ?

Pape François – Vous parlez d’un « équilibre délicat » entre la vie cachée et la visibilité. Je dirai même plus : une « tension » entre vie cachée et vie monastique. La vocation monastique est cette tension, une tension dans le sens vital du terme, une tension de fidélité. L’équilibre peut se comprendre comme « mesurons, un peu par ici, un peu par là… ». En revanche, la tension est l’appel de Dieu vers la vie cachée et l’appel de Dieu à se rendre visible d’une certaine manière. Mais comment doit être cette visibilité et comment doit être cette vie cachée ?  C’est cette tension que vous vivez dans votre âme. C’est cela, votre vocation : vous êtes des femmes « en tension » : en tension entre cette attitude qui consiste à chercher e Seigneur et à se cacher dans le Seigneur, et cet appel à donner un signe. Les murs du monastère ne sont pas suffisants pour donner ce signe.

J’ai reçu une lettre, il y a six ou sept mois, d’une sœur cloîtrée qui avait commencé à travailler avec les pauvres, à la porterie ; puis elle est sortie travailler dehors avec les pauvres ; et puis elle a continué de plus en plus, et à la fin elle a dit : « Ma clôture c’est le monde ». Je lui ai répondu : « Dis-moi, ma chère, tu as une grille portable ? » C’est une erreur.

Une autre erreur consiste à ne rien vouloir entendre, ne rien vouloir voir. « Père, les nouvelles peuvent-elles entrer dans le monastère ? » Elles le doivent ! Mais pas les nouvelles, disons, des médias « qui font des cancans » ; les nouvelles de ce qui se passe dans le monde, les nouvelles, par exemple, des guerres, des maladies, de tout ce qui fait souffrir les gens. C’est pourquoi, il y a quelque chose que vous ne devez jamais, jamais abandonner, c’est du temps pour écouter les gens ! Même pendant les heures de contemplation, de silence…

Certains monastères ont un répondeur téléphonique et les gens appellent, demandent la prière pour un tel ou pour tel autre : ce lien avec le monde est important ! Dans certains monastères, on regarde le journal télévisé ; je ne sais pas, c’est le discernement de chaque monastère, selon la règle. Dans un autre, on reçoit le journal, on le lit ; dans d’autres, on fait ce lien d’une autre manière. Mais le lien avec le monde est toujours important : savoir ce qui se passe. Parce que votre vocation n’est pas un refuge ; c’est d’aller précisément sur le champ de bataille, c’est une lutte, c’est frapper au cœur du Seigneur pour cette ville. C’est comme Moïse qui gardait les bras en l’air, en priant, pendant que le peuple combattait (cf. Ex 17,8-13).

Beaucoup de grâces viennent du Seigneur dans cette tension entre la vie cachée, la prière, et l’écoute des nouvelles qu’apportent les gens. En cela, c’est la prudence, le discernement, qui vous fera comprendre combien de temps va à une chose et combien de temps à une autre Il y a aussi des monastères qui s’occupent une demi-heure par jour, une heure par jour, de donner à manger à ceux qui viennent le leur demander ; et cela n’est pas contre la vie cachée en Dieu. C’est un service ; c’est un sourire. Le sourire des moniales ouvre le cœur ! Le sourire des moniales rassasie ceux qui viennent plus que le pain ! Cette semaine, c’est à toi de sourire aux personnes démunies ! N’oubliez pas cela. Si une sœur ne sait pas sourire, c’est qu’il lui manque quelque chose.

Au monastère, il y a des problèmes, des luttes – comme dans toutes les familles – des petites luttes, des jalousies, ceci ou cela… Et cela nous fait comprendre ce que souffrent les gens en famille, les luttes dans les familles ; quand le mari et la femme se disputent et quand il y a des jalousies ; quand les familles se séparent… Quand vous avez, vous aussi, ce type d’épreuve – ces choses existent toujours – sentir que ce n’est pas la voie et offrir au Seigneur, en cherchant un chemin de paix, à l’intérieur du monastère, pour que le Seigneur fasse la paix dans les familles, entre les gens.

« Mais, dites-moi, Père, nous lisons souvent que dans le monde, dans la ville, il y a de la corruption ; est-ce qu’il peut y avoir aussi de la corruption dans les monastères ? » Oui, quand on perd la mémoire. Quand on perd la mémoire ! La mémoire de sa vocation, de la première rencontre avec Dieu, du charisme qui a fondé le monastère. Quand on perd cette mémoire et que l’âme commence à être mondaine, à penser à des mondanités et on perd le zèle de la prière d’intercession pour les gens. Tu as dit quelque chose de beau, beau, beau, beau : « Le monastère est présent dans la ville, Dieu est dans la ville et nous entendons les bruits de la ville ». Ces bruits, qui sont des bruits de vie, des bruits des problèmes, des bruits de toutes les personnes qui vont travailler, qui rentrent du travail, qui pensent ceci, qui aiment… ; tous ces bruits doivent vous pousser à lutter avec Dieu, avec ce courage qu’avait Moïse. Souviens-toi quand Moïse était triste parce que le peuple faisait fausse route. Le Seigneur a perdu patience et a dit à Moïse : « Je vais détruire ce peuple ! Mais toi, sois tranquille, je te mettrai à la tête d’un autre peuple. » Qu’a dit Moïse ? Qu’a-t-il dit ? « Non ! Si tu détruis ce peuple, tu me détruis aussi ! » (cf. Ex 32,9-14). Ce lien avec ton peuple est la ville. Dire au Seigneur : « C’est ma ville, c’est mon peuple. Ce sont mes frères et mes sœurs ! » Cela veut dire donner sa vie pour le peuple. Cet équilibre délicat, cette tension délicate signifie tout cela.

Je ne sais pas comment vous faites, vous les Augustines des Quatre Saints : c’est possible de recevoir des personnes au parloir… ? Combien de grilles avez-vous ? Quatre ou cinq ? Oh, il n’y a plus de grille… C’est vrai qu’on peut glisser dans des imprudences, donner beaucoup de temps pour parler – sainte Thérèse dit beaucoup de choses à ce sujet – mais voir votre joie, avoir la promesse de la prière, de l’intercession, cela fait beaucoup de bien aux gens ! Et vous, après une petite demi-heure de bavardages, vous retournez au Seigneur. C’est très important, très important ! Parce que la clôture a toujours besoin de ce lien humain. C’est très important.

La question finale est : comment un monastère peut-il enrichir et se laisser enrichir par la vie spirituelle du diocèse et par les autres formes de vie consacrée, en se maintenant ferme dans ses prérogatives monastiques ? Oui, le diocèse : prier pour l’évêque, pour les évêques auxiliaires et pour les prêtres. Il y a de bons confesseurs partout ! Quelques-uns ne sont pas si bons… Mais il y en a de bons ! Je connais des prêtres qui vont dans les monastères écouter ce que dit une religieuse, et vous faites beaucoup de bien aux prêtres. Priez pour les prêtres. Dans cet équilibre délicat, dans cette tension délicate, il y a aussi la prière pour les prêtres. Pensez à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus… Prier pour les prêtres, mais aussi écouter les prêtres, les écouter quand ils viennent, pendant ces minutes au parloir. Écouter. Je connais beaucoup, beaucoup de prêtres qui – permettez-moi l’expression – vident leur sac quand ils parlent à une religieuse cloîtrée. Et puis un sourire, un petit mot et l’assurance de la prière de la sœur les renouvellent et ils retournent heureux dans leur paroisse. Je ne sais pas si j’ai répondu…

 

© Traduction de Zenit, Constance Roques

 

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