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Mgr Bernardito Auza, capture

Mgr Bernardito Auza, UNTV capture

ONU : « Qu’est-ce que la femme ? », une question pour la communauté internationale

Mgr Auza analyse les fondements anthropologiques de l’idéologie du genre

Si, jusqu’à récemment encore, « il y avait une compréhension claire de ce que signifie être une femme », affirme Mgr Auza, « ce consensus s’est malheureusement érodé en raison du phénomène récent de l’identité et de l’idéologie du genre ». Dans ce contexte, déplore-t-il, la féminité est désormais « considérée comme la façon dont on se pense ou dont on s’exprime ». Maintenant que « beaucoup cherchent à imposer un changement fondamental dans sa signification », estime le représentant du Saint-Siège, la communauté internationale doit se poser « l’importante question préliminaire “Qu’est-ce que la femme ?” ».

Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU, est intervenu à l’événement parallèle intitulé « Égalité des sexes et idéologie du genre : Protéger les femmes et les filles », aux Nations Unies à New York, le 20 mars 2019.

Le pape François, rappelle Mgr Auza, a été « très clair sur les dangers pour les individus et la société découlant de l’idéologie du genre ». Pour lui, « en niant “la différence et la réciprocité dans la nature d’un homme et d’une femme”, en promouvant “une identité personnelle et une intimité émotionnelle radicalement séparées de la différence biologique entre homme et femme” », les fondements anthropologiques de l’idéologie du genre « font finalement de l’identité humaine “un choix individuel” et sapent “la base anthropologique pour la famille” ».

Voici notre traduction du discours prononcé par Mgr Auza.

HG

Discours de Mgr Bernardito Auza

Excellences, Mesdames et Messieurs les intervenants, chers amis,

Je suis très heureux de vous souhaiter la bienvenue à la manifestation de ce matin sur l’égalité des sexes et l’idéologie de genre et la nécessité de protéger les femmes et les filles, que le Saint-Siège est heureux de parrainer, avec la Heritage Foundation.

Chaque année, le Conseil économique et social accueille la Commission de la condition de la femme (CCF) chargée de promouvoir et de suivre les questions relatives aux droits politiques, économiques, civils, sociaux et éducatifs des femmes, et d’en rendre compte. Lorsque la CCF a commencé à se réunir pour la première fois en 1947 à Lake Success, dans l’État de New York, il y avait une compréhension claire de ce que signifie être une femme. Même si, au cours des 62 années qui ont suivi, il y a eu divers débats entre femmes de différents continents et milieux sur les objectifs et les droits des femmes et sur les meilleurs moyens de les atteindre, chacun savait à qui on se référait lorsqu’on parlait, par exemple, d’égalité entre les sexes, de violence contre les femmes, d’éducation des filles ou de salaire égal pour un travail égal. Jusqu’en 2011, lorsque l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, également connue sous le nom d’ONU Femmes, a été fondée, tout le monde savait qui elle représentait et quelle cause elle cherchait à promouvoir : la moitié environ de la race humaine née avec la capacité de la maternité, avec deux chromosomes X, avec des traits physiques, hormonaux et relationnels particuliers qui les distinguent de l’autre moitié environ de la race humaine, les hommes.

Ce consensus s’est malheureusement érodé en raison du phénomène récent de l’identité et de l’idéologie du genre. Alors qu’avant, tout le monde savait ce que « femme » signifiait en raison de sa nature corporelle, de nombreux partisans de l’idéologie du genre affirment maintenant que la nature corporelle n’a rien d’intrinsèquement lié à la féminité, si ce n’est la façon dont le sexe est « assigné » à la naissance. La féminité, au contraire, est considérée comme la façon dont on se pense ou dont on s’exprime et, par conséquent, ceux qui se considèrent comme des femmes doivent être traités comme des femmes, quelle que soit leur nature biologique aux niveaux cellulaire, endocrinologique ou reproducteur, quelles que soient leurs caractéristiques sexuelles primaires et secondaires, ou d’autres facteurs.

Cette façon d’envisager la féminité avant tout comme une identité indépendante des considérations corporelles a été évoquée au début de cette 63ème session de la Commission de la condition de la femme dans la déclaration du Groupe restreint LGBTI, prononcée par la représentante permanente de la Norvège, Mona Juul. La déclaration indique que le groupe restreint LGBTI – un groupe interrégional informel de 28 États membres, avec le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et les ONG Human Rights Watch et Outright Action International – a explicitement parlé des « personnes transgenres » dont « les noms et les précisions concernant le sexe dans les documents officiels ne correspondent pas à leur identité ou expression sexuelles ». Elle s’est déclarée « prête à travailler avec tous les partenaires pour faire en sorte que toutes les femmes et les filles – quelles que soient leur orientation sexuelle, leur identité sexuelle, leur expression sexuelle et leurs caractéristiques sexuelles – aient un accès adéquat et égal aux systèmes de protection sociale, aux services publics et aux infrastructures durables ».

Le groupe restreint LGBTI a déclaré que la compréhension des « femmes et des filles » devrait être fondée sur « l’identité ou l’expression sexuelle » plutôt que sur leur sexe biologique. Cette compréhension de la féminité aurait probablement étonné les 15 membres initiaux de la CCF en 1947 et la plupart des délégués qui ont représenté leurs gouvernements et ONG ici chaque année depuis.

Alors qu’il y a 62 ans, il n’était pas nécessaire de poser l’importante question préliminaire « Qu’est-ce que la femme ? », parce que tout le monde, partout dans le monde, avait une compréhension claire et univoque de ce que cela signifiait, maintenant que cette compréhension est contestée et que beaucoup cherchent à imposer un changement fondamental dans sa signification, la communauté internationale doit la poser.

La raison en est que beaucoup de choses dépendent de la réponse, non seulement en termes de droit, d’éducation, d’économie, de santé, de sécurité, de sport, de langue et de culture, comme nous allons l’entendre aujourd’hui avec nos intervenants – Mary Hasson, Emilie Kao, Monique Robles et Ryan Anderson – mais aussi en termes d’anthropologie fondamentale, de dignité humaine, de droits humains, de mariage et de famille, de maternité et de paternité, de cause des femmes, des hommes, et particulièrement des enfants. Remplacer le sexe biologique par l’identité ou l’expression sexuelle a d’énormes ramifications dans tous ces domaines et, pour cette raison, nous devons, avec courtoisie et compassion, poser les questions peut-être inconfortables parce que les réponses comptent.

Le pape François, tout en encourageant vivement les catholiques et toutes les personnes de bonne volonté à soutenir, accueillir, accompagner et aimer tous ceux dont l’identité de genre ne correspond pas à leur sexe biologique, à affirmer leur dignité humaine et à défendre leurs droits humains fondamentaux d’être protégés de toute violence ou discrimination injuste (2 octobre 2016), a en même temps été très clair sur les dangers pour les individus et la société découlant de l’idéologie du genre.

Selon lui, les fondements anthropologiques de l’idéologie du genre, en niant « la différence et la réciprocité dans la nature d’un homme et d’une femme », en promouvant « une identité personnelle et une intimité émotionnelle radicalement séparées de la différence biologique entre homme et femme », font finalement de l’identité humaine « un choix individuel » et sapent « la base anthropologique pour la famille ». C’est « une chose de comprendre la faiblesse humaine et les complexités de la vie », a-t-il poursuivi, « et une autre d’accepter les idéologies qui tentent d’anéantir ce qui est inséparable de la réalité ». Nous sommes appelés, a-t-il souligné, « à protéger notre humanité, ce qui signifie d’abord l’accepter et la respecter telle qu’elle a été créée » (Amoris Laetitia, 56). Notre sexe, tout comme nos gènes, notre race, notre âge et d’autres caractéristiques naturelles, sont des données objectives et non des choix subjectifs.

Dans son encyclique sur la sauvegarde de notre maison commune, Laudato Sì’, qui est peut-être devenu le document papal le plus souvent cité dans l’histoire de l’ONU depuis sa publication en 2015 en prévision de l’Accord de Paris, il a affirmé : « L’acceptation de notre corps… est essentielle pour accueillir et accepter le monde entier comme un cadeau,… alors que penser que nous avons un pouvoir absolu sur notre propre corps revient, souvent de manière subtile, à penser que l’on a un pouvoir absolu sur la création. Apprendre à accepter notre corps, à en prendre soin et à en respecter le sens le plus profond, est un élément essentiel de toute véritable écologie humaine. De plus, valoriser son propre corps dans sa féminité ou sa masculinité est nécessaire si je veux pouvoir me reconnaître dans une rencontre avec quelqu’un de différent ». « La complémentarité de l’homme et de la femme… est remise en question par l’idéologie dite du genre au nom d’une société plus libre et plus juste », a-t-il ajouté ailleurs, soulignant que « les différences entre l’homme et la femme ne sont pas pour l’opposition ou la subordination, mais pour la communion et la génération » (8 juin 2015). Plutôt que de conduire à une société plus libre et plus juste, en d’autres termes, l’idéologie du genre entrave la communion et la génération entre hommes et femmes. C’est un « pas en arrière », parce que « l’élimination de la différence [sexuelle] crée en fait un problème, pas une solution » (15 avril 2015).

Lorsque la dualité naturelle et complémentaire de l’homme et de la femme est remise en question, la notion même d’être – ce que signifie être humain – est sapée. Le corps n’est plus un élément déterminant de l’humanité. La personne est réduite à l’esprit et à la volonté et l’être humain devient presque une abstraction jusqu’à ce que l’on discerne quelle nature on est ou que l’on choisisse quel genre on veut être. Le pape François est particulièrement préoccupé par le fait que l’idéologie du genre soit enseignée aux enfants, de sorte que les garçons et les filles sont encouragés à se demander, dès le plus jeune âge de leur existence, s’ils sont un garçon ou une fille et qu’on leur dit que le genre est quelque chose qu’on peut choisir (27 juillet 2016). Il s’est également inquiété des pressions culturelles, ce qu’il appelle la « colonisation idéologique », qui s’exercent sur les pays, les cultures et les individus qui résistent à cette nouvelle anthropologie vraiment radicale.

Aujourd’hui, donc, au cours de cet événement, nous nous posons de grandes et importantes questions sur ce que signifie être humain, ce que signifie être une femme, quelle est la meilleure façon de traiter avec compassion ceux dont l’identité personnelle ne correspond pas à leur sexe biologique, comment nous devrions relever les défis l’affectation de la catégorie de l’identité sexuelle aux protections juridiques fondées sur l’identité sexuelle et, au sein de la Commission de la condition de la femme, comment mieux protéger et promouvoir la cause des femmes et des filles, et l’égalité des sexes.

Je vous remercie d’être venus et d’avoir participé à cette conversation.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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