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Mgr Ivan Jurkovič © L'Osservatore Romano

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ONU : Mgr Jurkovic met en garde contre une vision déformée de la personne humaine

Redécouvrir la relation appropriée que l’homme devrait avoir avec toute la nature

« Le pape François parle d’une anthropologie déformée, d’une vision déformée de la personne humaine, à l’origine de cette domination technocratique de l’humanité », fait observer Mgr Jurkovic. « Ce n’est qu’avec une approche et une compréhension correctes de la personne humaine par rapport à la création que la personne peut être véritablement respectée et jouir de ses droits. »

Mgr Ivan Jurkovic, représentant permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies et d’autres organisations internationales à Genève, est intervenu à l’événement organisé à l’occasion de la Journée internationale de notre mère la Terre, sur la Lettre encyclique Laudato si’, le 13 avril 2018.

Le pape propose une « écologie intégrale », « inséparable de la notion de bien commun, principe central et unificateur de l’éthique sociale », explique l’archevêque. Il s’agit de « quelque chose de radical, une “conversion écologique”, où l’homme trouve sa vraie et juste place par rapport à tout ce qui l’entoure et commence ainsi à se comporter de manière cohérente avec le bien commun de toute la création et le Créateur ».

Voici notre traduction de quelques passages du long discours qu’a prononcé Mgr Jurkovic.

HG

Discours prononcé par Mgr Ivan Jurkovic

La récurrence de la Journée Internationale de notre mère la Terre ainsi que votre présence aujourd’hui, sont un exemple concret de l’invitation de l’Encyclique Laudato si ‘, à savoir de mettre en dialogue toutes les personnes et tous les peuples, toutes les institutions et organisations qui partagent la même préoccupation pour notre maison commune, comme le souligne le titre de cet événement spécial. La situation mondiale actuelle nous encourage à considérer que des perspectives différentes mais tout aussi importantes sont toujours plus étroitement liées et complémentaires: la richesse de la foi et des traditions spirituelles, l’importance des développements commerciaux et scientifiques, ainsi que les efforts concrets à divers niveaux à la fois du gouvernement et de la société civile, sont tous nécessaires pour parvenir à un développement équitable et durable. (…)

Le pape François parle d’une anthropologie déformée, d’une vision déformée de la personne humaine, à l’origine de cette domination technocratique de l’humanité. Ce n’est qu’avec une approche et une compréhension correctes de la personne humaine par rapport à la création que la personne peut être véritablement respectée et jouir de ses droits. (cf. Laudato si’, § 115).

(…) Pour le Saint-Père, la solution pour surmonter la situation actuelle est de redécouvrir la relation appropriée que l’homme devrait avoir avec toute la nature. La nouvelle approche anthropologique proposée par le pape François s’oppose clairement à la réalité moderne dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Il nous rappelle qu’un « anthropocentrisme mal orienté conduit à un style de vie mal orienté » (§ 122) et que la culture du relativisme, si abondante dans nos sociétés, représente « le même désordre qui pousse une personne à profiter d’une autre, à traiter les autres comme de simples objets » (§ 123).

Puisque l’homme est une partie centrale de la création et agit comme son intendant, il doit redécouvrir sa relation correcte avec son Créateur, avec la nature et avec son prochain. Une telle solution à la crise actuelle est beaucoup plus complète, circonspecte et nécessaire ; en fait, c’est une perspective complètement nouvelle qui considère toute la création comme intimement liée. C’est une approche qui voit la récupération de la valeur de toute la création en retrouvant une bonne compréhension de la dignité de la personne humaine. (…)

Tout au long de l’encyclique, le pape François souligne l’interdépendance de toute la création ; un fait que la science démontre aussi clairement. Le Saint-Père articule cette réalité à travers le concept d ‘ « écologie intégrale » qui exige que les êtres humains prennent en considération éthique leurs devoirs de justice envers Dieu, envers la création et envers leurs semblables. C’est en ce sens qu’il parle de « l’environnement », correctement compris, comme quelque chose qui ne se sépare jamais, mais qui implique toujours une relation entre la nature et la société. Par écologie intégrale, nous parlons d’une perspective holistique de la réalité par laquelle le bien commun et la dignité de la personne humaine sont promus avec l’épanouissement du monde naturel. (…)

La pierre angulaire de la compréhension du rôle de l’environnement et de la protection et la promotion des droits de l’homme peut être trouvée dans la pratique de cette « écologie intégrale » car c’est l’intégration d’une notion propre de la personne humaine dans sa relation avec les autres qui est indispensablement liés aux principes socio-éthiques du bien commun, de la subsidiarité et de la solidarité. Le pape François tisse ces principes avec son concept d’écologie intégrale, en expliquant que :

« Une écologie intégrale est inséparable de la notion de bien commun, principe central et unificateur de l’éthique sociale. Le bien commun est “la somme de ces conditions de la vie sociale qui permettent aux groupes sociaux et à leurs membres individuels un accès relativement complet et facile à leur propre épanouissement” (…). Dans l’état actuel de la société mondiale, où les injustices abondent et où un nombre croissant de personnes sont privées de droits fondamentaux et considérées comme pouvant être sacrifiées, le principe du bien commun devient immédiatement, logiquement et inévitablement, un appel à la solidarité et une option préférentielle pour les plus pauvres de nos frères et sœurs. » (§§ 156-158). (…)

Comme nous le voyons, l’encyclique fait bien plus que démontrer la dévastation de la crise environnementale et les effets néfastes qu’elle a sur la création, ainsi que sur nos semblables. Le Saint-Père exprime que la crise est le résultat de mauvaises décisions éthiques, d’attitudes égoïstes et de comportements d’individus, de cultures et de sociétés, qui ont déformé la nature et, finalement, ont eu un impact négatif sur l’homme lui-même. La voie à suivre, pour retrouver le sens commun du bien commun pour l’humanité et pour les générations à venir, est la redécouverte de la dignité de la personne humaine et de l’interdépendance indéniable qu’elle a avec Dieu, la création et le prochain.

Ce que le Pape propose, c’est vraiment quelque chose de radical, une « conversion écologique », où l’homme trouve sa vraie et juste place par rapport à tout ce qui l’entoure et commence ainsi à se comporter de manière cohérente avec le bien commun de toute la création et le Créateur. Une telle approche, plaçant le bien de la personne humaine au centre de toutes les décisions éthiques, de préférence à des motivations politiques ou économiques, confère clairement une plus grande protection et promotion à la jouissance des droits de l’homme.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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