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Mgr Auza, UN-TV capture

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ONU : Mgr Auza souhaite plus d’efforts collectifs pour mettre fin aux violences contre les femmes

Il dénonce aussi les violences dans les « situations quotidiennes normales »

« Les femmes souffrent encore beaucoup trop souvent, en particulier des violences sexuelles perpétrées pendant les conflits », estime Mgr Auza : « Des efforts collectifs nationaux et internationaux sont grandement nécessaires si l’on veut gagner la bataille pour minimiser et mettre fin à la violence, en particulier la violence sexuelle, contre les femmes. »

Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies à New York, est intervenu lors du débat public du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité, le 16 avril 2018.

L’observateur permanent du Saint-Siège a aussi dénoncé les « nombreuses formes de violence » perpétrées contre les femmes « dans des “situations quotidiennes normales” ». « Sans la contribution et les compétences spécifiques des femmes, a-t-il conclu, la compréhension la plus complète possible des causes des conflits et des solutions les plus efficaces pour y mettre fin et construire la paix ne peut être atteinte et une prévention efficace des violences sexuelles liées aux conflits contre les femmes pourrait difficilement être réalisée ».

Voici notre traduction du discours prononcé par Mgr Auza.

HG

Discours de Mgr Bernardito Auza

Monsieur le Président,

Le Saint-Siège souhaite remercier la Présidence péruvienne d’avoir mis en lumière la violence sexuelle liée au conflit et la manière de la prévenir et de la traiter efficacement.

Depuis l’adoption de la résolution 1325 (2000), première résolution sur les femmes, la paix et la sécurité, la communauté internationale a élaboré un cadre solide pour faciliter le rôle accru des femmes dans la paix et la sécurité et a obtenu des résultats importants et fait des progrès considérables malgré les défis et les complexités croissantes du paysage de la sécurité internationale.

Du côté des victimes du conflit, cependant, les femmes souffrent encore beaucoup trop souvent, en particulier des violences sexuelles perpétrées pendant les conflits. Des efforts collectifs nationaux et internationaux sont grandement nécessaires si l’on veut gagner la bataille pour minimiser et mettre fin à la violence, en particulier la violence sexuelle, contre les femmes.

Premièrement, des ressources et une concentration toujours plus grandes doivent être consacrées à la prévention des conflits. Le Saint-Siège soutient les efforts déployés par le Conseil de sécurité, dans les limites de son mandat au titre de la Charte des Nations Unies, pour encourager activement les États membres à régler leurs différends par le dialogue et la négociation. Il n’y a pas de meilleur moyen de protéger les femmes de la violence pendant le conflit que d’empêcher l’éclatement du conflit lui-même. Il faut veiller à ce que les voix des femmes soient entendues et faire usage de leur participation effective tout au long du processus.

Deuxièmement, la prévention de toutes les formes de violence contre les femmes en temps de conflit et la protection de leurs droits et intérêts légitimes devraient faire partie intégrante des opérations de maintien de la paix. L’importance de l’intégration des femmes dans les missions de maintien de la paix peut également être considérée dans cette perspective. Les pays hôtes devraient être aidés à donner la priorité à la prévention de la violence contre les femmes pendant les conflits, en veillant à l’inclusion et à la participation active des femmes à tous les stades des processus de paix.

Troisièmement, une attention et des efforts accrus pour prévenir la violence contre les femmes devraient être maintenus dans les situations postconflictuelles qui, le plus souvent, restent chaotiques, anarchiques et dangereuses et sont donc des environnements qui permettent et facilitent la violence contre les femmes. Dans le but d’éliminer les causes profondes des conflits, la communauté internationale devrait aider activement les pays sortant d’un conflit à promouvoir l’éducation, le développement économique et social et à faire en sorte que les dividendes de la paix et du développement profitent à toute la population.

En ce qui concerne l’accès à l’éducation, l’Église catholique a une longue et fière tradition de mettre l’accent sur l’accès des jeunes femmes et des jeunes filles à une éducation de qualité. Aujourd’hui, les jeunes femmes et les jeunes filles constituent la majorité des étudiants dans les établissements d’enseignement catholiques à tous les niveaux dans le monde. Cela est particulièrement vrai dans les régions où les femmes et les filles sont encore victimes de discrimination et dans les zones où il y a des conflits en cours. Par exemple, près de 80% des étudiants de l’Université de Bethléem, une institution catholique, sont de jeunes femmes palestiniennes. Elles deviennent des éducatrices et des professionnelles qui contribuent grandement à la paix et à l’harmonie dans les familles et les sociétés.

Les survivants de la violence dans les conflits devraient recevoir une assistance complète pour s’assurer qu’ils sont en mesure de se remettre complètement de ces violations et de se réinsérer dans leur société. Les États devraient maximiser leurs efforts tant au niveau national qu’international pour garantir que les auteurs de ces crimes soient poursuivis. La Cour pénale internationale joue un rôle clé à cet égard en jugeant les crimes qui ont été reconnus par le Statut de Rome comme crimes de guerre et crimes contre l’humanité, y compris ceux qui peuvent constituer des crimes de génocide.

Monsieur le Président,

Les femmes et les filles subissent de nombreuses formes de violence non seulement dans des situations conflictuelles, mais aussi dans ce que nous pourrions appeler des « situations quotidiennes normales ». Comme l’a dit le pape François lors de sa visite à Puerto Maldonado (Pérou) : « La violence contre les femmes ne peut pas être considérée comme “normale”, en maintenant une culture machiste aveugle au rôle prépondérant que jouent les femmes dans nos communautés. Ce n’est pas juste pour nous (…) de regarder ailleurs et de laisser la dignité de tant de femmes, en particulier de jeunes femmes, être piétinées. » [1]

Le Saint-Siège travaille avec le reste de la communauté internationale pour continuer à poursuivre les objectifs des femmes dans la paix et la sécurité. Leur rôle doit être reconnu et valorisé et leur participation assurée. Sans la contribution et les compétences spécifiques des femmes, la compréhension la plus complète possible des causes des conflits et des solutions les plus efficaces pour y mettre fin et construire la paix ne peut être atteinte et une prévention efficace des violences sexuelles liées aux conflits contre les femmes pourrait difficilement être réalisée.

Merci, Monsieur le Président.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

  1. Pape François, Salutations à l’Institut Jorge Basadre, Puerto Maldonado (Pérou), 19 janvier 2018.

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