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Mgr Salvatore Fisichella @ ZENIT - HSM

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Misericordia et misera: faire faire aux croyants l’expérience de la miséricorde pour qu’ils deviennent instruments de miséricorde

Présentation de Mgr Fisichella (traduction complète)

« Le désir du pape François était explicitement celui-ci : faire faire aux croyants l’expérience de la miséricorde pour qu’ils deviennent instruments de miséricorde », explique Mgr Fischella. Un propos toujours d’actualité une fois les Portes saintes refermées.

Il a en effet tenu une conférence de presse à l’occasion de la conclusion du Jubilé extraordinaire de la miséricorde et pour présenter la Lettre apostolique du pape François, « Misericordia et misera », ce lundi 21 novembre 2016, dans la Salle de presse du Saint-Siège.

Il a indiqué des chiffres du Jubilé : quelque 21 millions de personnes ont franchi la Porte de la miséricorde à Rome, et, dans les sanctuaires et diocèses du monde, plus de 900-950 millions.

Voici notre traduction intégrale de l’intervention de Mgr Rino Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation.

AB

Présentation de Mgr Fisichella

Le Jubilé extraordinaire de la miséricorde, s’est conclu avec la fermeture de la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre. Pour comprendre la valeur qu’elle a eue dans la vie de l’Église, les finalités qui avaient été proposées et les effets qui devront continuer pour les communautés chrétiennes, il est nécessaire d’avoir entre les mains deux documents programmatiques : la Bulle d’indiction de l’Année Sainte, Misericordiae vultus, et la Lettre apostolique Misericordia et misera, signée hier sur le parvis de Saint-Pierre par le pape François.

Dans le premier document, on lisait : « Il y a des moments où nous sommes appelés de façon encore plus pressante, à fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu ce Jubilé extraordinaire de la miséricorde, comme un temps favorable pour l’Église, afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort et plus efficace. » (MV 3) Le désir du pape François était explicitement celui-ci : faire faire aux croyants l’expérience de la miséricorde pour qu’ils deviennent instruments de miséricorde. C’est-à-dire faire en sorte que, dans la vie de l’Église, la miséricorde devienne à nouveau quelque chose qui propulse et soit efficace d’une manière extraordinaire. On ne peut se cacher qu’à partir de l’emploi même de ce terme, la miséricorde soit devenue quelque chose de désuet, principalement relégué dans la piété populaire et sans véritable valeur dans le style de vie des chrétiens. Avec ce jubilé, un fait est certain : la miséricorde est devenue, au moins pendant un an, protagoniste de la vie quotidienne des chrétiens. Avoir confié au Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation la réalisation du jubilé avait aussi pour but de faire de ce thème, qui constitue l’essence de l’Évangile, la voie de l’évangélisation de notre époque pour raffermir la foi, secouer l’indifférence et provoquer à un style de vie cohérent.

D’autre part, on ne peut oublier que le jubilé est essentiellement une expérience religieuse et spirituelle. Le parcours voulu du Château Saint-Ange jusqu’à la Porte Sainte avait pour objectif de mettre en avant le fait qu’au milieu de la ville et des touristes, un espace particulier pour le pèlerinage, la réflexion et la prière était créé. Les millions de pèlerins qui y ont participé ont voulu donner ce témoignage qui a été bien compris par ceux qui empruntaient la rue de la conciliation. La concrétisation des signes de la miséricorde, surtout mis en œuvre les « Vendredi de la miséricorde », a frappé l’opinion publique placée devant non seulement les nouvelles pauvretés de notre monde mais aussi la réponse simple et agissante de l’Église. Si d’autres ont pensé que le Jubilé était d’abord une source de gains, surtout en un moment de crise actuelle, ils se sont mépris sur sa signification plus profonde. Cela leur a déplu, mais chaque chose a sa raison d’être ; toutefois, penser compromettre un événement comme le Jubilé pour une instrumentalisation à des fins différentes ne mérite pas de réplique.

Depuis le début du Jubilé, j’ai toujours refusé de présenter des estimations sur la présence à Rome des pèlerins. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer avec des données sûres que 21.292.926 pèlerins ont participé au jubilé ici à Rome. Le groupe le plus nombreux est celui des Italiens, suivi du groupe de langue allemande, puis les États-Unis, la Pologne, l’Espagne et enfin la Russie, la Chine, le Japon, la Corée du sud, le Venezuela, le Tchad, le Ruanda, l’Angola, les Iles Cook, le Népal… En somme, des pèlerins provenant de 156 pays du monde entier ont été présents à Rome. On peut réellement dire que le monde nous a rendu visite et que Rome a vraiment été au centre de l’intérêt de ces pèlerins.

Comme on le sait, pour la première fois dans l’histoire des jubilés, cette Année Sainte avait un caractère universel. Dans le monde entier, les Portes de la miséricorde se sont ouvertes en témoignage de l’amour de Dieu qui ne peut connaître aucune frontière. Nous avons fait étudier, dans la mesure du possible, les données en notre possession. Il en est sorti une analyse extrêmement intéressante. Dans les pays où le catholicisme est plus profondément enraciné, le pourcentage de fidèles qui ont franchi la Porte Sainte a dépassé 80 pour cent du nombre total de catholiques. Ce résultat a été atteint grâce aussi à la diffusion des diocèses ; 50 pour cent des 3.000 diocèses environ dans le monde sont présent en Europe et en Amérique centrale et du sud. Le nombre croissant de diocèses en Afrique et, en partie, en Asie, a permis d’atteindre des millions de personnes dans le reste du monde. Au niveau mondial, en effet, grâce aux données fournies par certains diocèses important dans le monde, il a été possible d’estimer la participation  moyenne entre 56 et 62 pour cent des fidèles qui ont franchi la Porte Sainte entre le 8 décembre 2015 et le mois de novembre 2016 dans les diocèses. À ces chiffres, il faut ajouter les fidèles qui ont franchi les Portes de la miséricorde ouvertes dans les sanctuaires et dans les lieux de pèlerinage du monde entier. Il s’agit là d’un comptage en dehors des Portes des diocèses. À ce propos, il est possible de vérifier que les plus grands sanctuaires ont enregistré une affluence moyenne de 3 millions de fidèles ; par exemple, le sanctuaire de Cracovie a été un but de pèlerinage pour 5 millions de catholiques ; le sanctuaire de Saint-Jacques-de-Compostelle a battu le record d’affluence de 2010 ; le sanctuaire de Guadalupe a vu la présence d’environ 22 millions de pèlerins. La somme de ces données donne un résultat global de plus de 900-950 millions de fidèles qui ont franchi la Porte Sainte dans le monde entier.

N’oublions pas enfin que ce jubilé a aussi voyagé sur internet ! Le site réalisé en sept langues a permis de recevoir plus de 6.523.000 visites ; les pages ont été vues plus de 16.220.000 fois ; les actions sur le site ont dépassé les 11.800.000 ; les recherche ont été plus de 32.300 tandis que les téléchargements ont dépassé 1.524.000. Plus de 8 millions de personnes se sont inscrites sur le site. Quelques exemples seulement pour toucher du doigt la force communicative de certains événements : la vidéo du pape François en train de confesser les jeunes, Place Saint-Pierre, a atteint en moins de 24 heures plus de 2.398.000 personnes avec plus de 42.000 « j’aime » ainsi que 8.000 partages dont 1.500 commentaires. La photo du pape François à l’Hôpital Saint-Jean dans le service de néonatologie a atteint en quelques heures 1.800.000 personnes avec 6.600 partages… En somme, la communication n’a pas manqué et a pu faire que l’événement soit réellement mondial en quelques minutes.

Il faut aussi dire un mot sur les Volontaires du jubilé qui sont venus à Rome. Ils ont été 4.000 dont 1.800 du SMOM exclusivement consacrés au service de santé dans les 4 basiliques papales. Ils sont venus de 36 pays différents ; le plus âgé était un monsieur de 84 ans et le plus jeune avait 18 ans. Une typologie très diversifiée de personnes qui ont offert le temps de leurs congés, des vacances scolaires ou leur temps libre, pour apporter une aide concrète de solidarité aux pèlerins. Un engagement qui mérite nos applaudissements et des remerciements sincères pour la fatigue encourue et le sacrifice réalisé.

L’image d’une ville sûre a été offerte à tous les pèlerins. Le jubilé avait commencé sous des actes d’une violence inouïe en Europe ; la peur en a dès le début découragé beaucoup à se mettre en chemin pour se rendre à Rome. Mais au fur et à mesure des semaines, grâce à une action efficace de sécurisation de la ville, les pèlerins ont pu vivre avec tranquillité et enthousiasme leur expérience jubilaire. Nos remerciements sincères vont au ministre de l’Intérieur qui, en tant que responsable de la sécurité du pays, a offert un visage serein et sûr de Rome. En ce sens, il y a eu une collaboration gagnante entre l’Italie et le Saint-Siège qui, à travers le Secrétariat technique présidé par le préfet de Rome, a pu garantir le déroulement correct de toutes les initiatives jubilaires, surtout pour les grands événements qui ont connu un flot important de pèlerins. Les difficultés ordinaires, dans une vision différente des problématiques, n’ont pas manqué, mais la collaboration effective a permis de toujours trouver une solution partagée pour la sécurité des citadins, des pèlerins et des touristes. Nos sincères remerciements vont aussi à la Région du Latium qui a fourni un service de santé et de premiers secours à la hauteur de l’événement non seulement dans les hôpitaux mais aussi pendant tous les événements jubilaires.

Pour comprendre si ce jubilé aura l’efficacité espérée, il est nécessaire de prendre entre les mains la Lettre apostolique Misericordia et misera, dans laquelle on lit explicitement : « De fait, la miséricorde ne peut être une parenthèse dans la vie de l’Église, mais elle en constitue l’existence même, qui rend manifeste et tangible la vérité profonde de l’Évangile. Tout se révèle dans la miséricorde ; tout se résout dans l’amour miséricordieux du Père. » (MM 1). En partant de l’image biblique rapportée au chapitre 8 de l’Évangile de Jean, qui raconte la rencontre de Jésus avec la femme prise en délit d’adultère, le pape François trace le parcours de la vie future de l’Église pour qu’elle puisse être instrument de miséricorde à l’égard de tous, sans jamais exclure personne.

Les deux colonnes sur lesquelles s’appuie le plan de la Lettre sont le fait que la miséricorde requière d’être célébrée et vécue. À partir de là, des lignes pastorales sont données, qui seront très utiles pour projeter la vie des communautés chrétiennes réparties dans le monde. Avant tout, la célébration de la miséricorde. Il est bien de noter que le pape François, dans ces pages, offre des indications concrètes qui ont déjà trouvé un écho dans la célébration jubilaire. Une première nouveauté est le fait que les Missionnaires de la miséricorde soient confirmés dans leur service pour que celui-ci « demeure, jusqu’à plus ample informé, comme signe concret que la grâce du Jubilé est toujours vivante et efficace partout dans le monde. » (MM 9). En effet, l’action des Missionnaires a été extrêmement féconde ; ils ont confessé pendant des journées entières, ils se sont déplacés d’un bout à l’autre de leurs propres pays pour faire toucher du doigt le fait que la miséricorde n’a pas de frontières. De la même manière, le pape François écrit : « pour qu’aucun obstacle ne s’interpose entre la demande de réconciliation et le pardon de Dieu, je concède à tous les prêtres, à partir de maintenant, en vertu de leur ministère, la faculté d’absoudre le péché d’avortement. » (MM 12). Comme on le sait, ce péché était réservé aux évêques qui, de fois en fois selon les circonstances, concédaient aux prêtres de leur diocèse la faculté de donner l’absolution. À partir d’aujourd’hui, « en vertu de leur ministère », c’est-à-dire par le fait même qu’ils sont ministres de la réconciliation, le péché d’avortement pourra être pardonné par tous les prêtres, désormais sans délégation particulière. Dans le même esprit d’aller à la rencontre des exigences des fidèles, le Saint-Père, « comptant sur la bonne volonté de leurs prêtres afin que la pleine communion dans l’Église catholique puisse être recouvrée avec l’aide de Dieu » (MM 12), établit que ceux qui fréquentent les églises où célèbrent des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X peuvent recevoir de manière valide et licite l’absolution sacramentelle.

Une initiative destinée ultérieurement aux plans pastoraux des diocèses sera la possibilité de donner davantage de place à la Parole de Dieu : « Il serait bon qu’un dimanche de l’année liturgique chaque communauté puisse renouveler son engagement à diffuser, faire connaître et approfondir l’Écriture Sainte : un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu pour comprendre l’inépuisable richesse qui provient du dialogue permanent entre Dieu et son peuple. » (MM 7).

La seconde colonne porteuse de la Lettre apostolique se rapporte essentiellement au fait de vivre la miséricorde et au « caractère social » (M 19) qu’elle revêt. Le pape François ne se cache pas que la tentation de faire « une théorie de la miséricorde » est toujours latente ; elle se dépasse dans la mesure où on en fait notre « vie quotidienne de participation et de partage » (MM 20). Dans ce contexte, la Journée mondiale des pauvres est proposée comme un engagement pour toute l’Église pour « réfléchir sur la façon dont la pauvreté est au cœur de l’Évangile et sur le fait que, tant que Lazare git à la porte de notre maison, il ne pourra y avoir ni justice ni paix sociale » (MM 21).

Dans cette Lettre, le pape François ne fait pas autre chose que d’approfondir le thème qui lui est cher, de la miséricorde comme dimension essentielle de la foi et du témoignage chrétien. La provocation à relire les traditionnelles œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle à la lumière des nouvelles pauvreté du monde actuel est une invitation concrète pour que les communautés chrétiennes et que tous les croyants donne de la place à l’imagination de la miséricorde, pour faire grandir une « une culture de la miséricorde, fondée sur la redécouverte de la rencontre des autres : une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit la souffrance des frères » (MM 20).

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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