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Mgr Bernardito Auza @ Holy See Mission

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Lutte contre le financement du terrorisme : Mgr Auza demande plus de coopération

Il faut aussi briser « le cycle de la misère »

« Le terrorisme doit être condamné et combattu sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations. Les terroristes doivent se voir refuser l’accès aux moyens qui facilitent leurs activités criminelles. » C’est ce qu’a déclaré Mgr Auza pour qui une coopération régionale et internationale est indispensable afin de lutter efficacement contre le financement du terrorisme et de « rompre son lien avec la criminalité organisée transnationale ». Pour ce faire, il faut aussi « démanteler leurs cyber-capacités ».

Mgr Bernardito Auza, nonce apostolique et observateur permanent du Conseil de sécurité du Saint-Siège, est intervenu au débat public sur les menaces contre la paix et la sécurité internationales résultant d’actes terroristes : lutter contre le financement du terrorisme, à New York, 28 mars 2019.

Le représentant du Saint-Siège a aussi rappelé que « le développement humain intégral est essentiel pour prévenir le terrorisme à long terme » et qu’il faut donc briser le « cycle de la misère ». Enfin, il a souligné le rôle préventif des organisations caritatives, y compris les organismes confessionnels, dans la lutte contre le terrorisme. Il faut donc veiller, a-t-il dit, à ce que les mesures antiterroristes « respectent scrupuleusement les droits de l’homme, l’état de droit et le droit humanitaire international ».

Voici notre traduction de l’intervention de Mgr Auza.

HG

Intervention de Mgr Bernardito Auza

Je voudrais remercier la Présidence française d’avoir organisé le débat d’aujourd’hui sur la lutte contre le financement du terrorisme.

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de rendre hommage à la mémoire de toutes les victimes du terrorisme et, en particulier, aux victimes des récents attentats perpétrés contre deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, nos frères et sœurs qui sont morts des suites d’un acte de violence insensé.  Malheureusement, dans le monde d’aujourd’hui, le fléau du terrorisme est devenu presque banal. Nos peuples vivent dans la peur constante d’actes violents motivés par une idéologie extrémiste. Les terroristes causent des dommages aveugles, faisant souvent leurs victimes parmi les membres les plus vulnérables de la famille humaine. Ils ciblent les soldats de la paix et les artisans de la paix, les acteurs humanitaires et les acteurs du développement. Ils frappent les hôtels, les salles de concert, les places publiques et les lieux de culte.

Le terrorisme doit donc être condamné et combattu sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations. Les terroristes doivent se voir refuser l’accès aux moyens qui facilitent leurs activités criminelles.

En effet, personne ne devrait être autorisé à financer ou à fournir des armes et des munitions aux terroristes. Ceux qui encouragent l’extrémisme violent ou qui abritent des membres de groupes terroristes doivent être tenus responsables devant un tribunal. De même, toutes les violations du droit international humanitaire et tous les crimes contre l’humanité commis par des groupes terroristes doivent être poursuivis avec détermination. Comme l’ont déclaré conjointement le pape François et le grand imam d’Al-Azhar, Cheikh Ahmed el-Tayeb, « il est tellement nécessaire de cesser de soutenir les mouvements terroristes alimentés par le financement, la fourniture d’armes et la stratégie, et par les tentatives de justifier ces mouvements, y compris à travers les médias. Tous ces crimes doivent être considérés comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale. Ce terrorisme doit être condamné sous toutes ses formes et dans toutes ses expressions » (1).

À cette fin, toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, ainsi que la recommandation du Groupe d’action financière (GAFI), devraient être soigneusement mises en œuvre pour « suivre l’argent » et empêcher ainsi que les bénéfices du blanchiment d’argent, de la traite des êtres humains, de la vente et du trafic illicites d’antiquités, ainsi que de la vente d’armes et de munitions, soient utilisés à des fins terroristes. Il faut aussi penser aux innombrables filles et femmes utilisées et maltraitées par des groupes terroristes pour propager leurs idéologies dangereuses.

Pour prévenir efficacement le financement du terrorisme, il est donc indispensable de rompre son lien avec la criminalité organisée transnationale, qui en tire profit et favorise ses activités. Briser ces réseaux criminels et traduire les criminels en justice exigerait bien entendu une coopération régionale et internationale. Pour lutter contre le crime organisé et le terrorisme internationaux, il est essentiel de démanteler leurs cybercapacités, qu’ils utilisent pour recruter de nouveaux membres et pour recueillir des fonds.

Lorsque les ressources sont exploitées à des fins malveillantes, elles sont détournées des objectifs légitimes : les jeunes sont privés d’éducation et d’apprentissage, les personnes âgées sont privées de soins et de médicaments, les peuples dans leur ensemble sont privés de leur droit au développement dans la paix et la sécurité. Pour prévenir le terrorisme, il faut aussi briser ce cycle de la misère. En effet, le développement humain intégral est essentiel pour prévenir le terrorisme à long terme.

Dans le même temps, il est indispensable de veiller à ce que les mesures de prévention et de lutte contre le terrorisme respectent scrupuleusement les droits de l’homme, l’état de droit et le droit humanitaire international. En particulier, il ne peut y avoir de conflit entre la prévention du financement du terrorisme et la fourniture d’une assistance humanitaire. Bien au contraire, les activités humanitaires légitimes des organisations caritatives, y compris des organisations confessionnelles, contribuent positivement à la prévention du terrorisme. Le Conseil doit donc veiller à ce que les mesures antiterroristes ne limitent ni n’entravent la capacité des organisations non gouvernementales et caritatives d’apporter une aide humanitaire aux groupes ou personnes vulnérables, comme les secours d’urgence aux réfugiés et personnes déplacées et les services médicaux aux blessés.

Monsieur le Président,

Le Saint-Siège condamne sans équivoque le terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, car aucune raison idéologique, politique, philosophique, raciale, ethnique ou religieuse ne peut justifier ou excuser le recours aux actes terroristes. Il est indispensable que des mesures efficaces soient adoptées pour prévenir le terrorisme sous toutes ses formes, notamment en drainant et en coupant ses ressources financières. Ma délégation espère vivement que ce débat sera un catalyseur supplémentaire permettant à la communauté internationale d’apporter une réponse coordonnée à une menace aussi grave pour la paix et la sécurité.

Je vous remercie, Monsieur le Président.

  1. Pape François et le grand imam d’Al-Azhar Ahmed el-Tayeb, Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune, 4 février 2019.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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