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Mgr Auza, UN-TV capture

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Le lien évident entre développement et prévention de la traite, par Mgr Auza

Priorité à la protection sociale et à l’accès aux services

« Sans protection sociale et sans accès aux services, il ne peut y avoir de développement intégral, pour les femmes, pour les hommes, pour les enfants, pour tous », affirme Mgr Auza. De plus, explique-t-il, « lorsque l’accès et la protection tels que spécifiés dans les objectifs de développement durable ne sont pas disponibles, non seulement le développement intégral des personnes est entravé, mais leur absence les rend vulnérables ».

Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU, est intervenu lors de la manifestation parallèle intitulée « Systèmes de protection sociale et accès aux services publics dans la lutte contre la traite des êtres humains et l’esclavage moderne », aux Nations Unies, à New York, le 12 mars 2019.

Le représentant du Saint-Siège met l’accent sur la vulnérabilité « beaucoup plus grande » des femmes et des filles « à l’exploitation et à la traite » ; « l’une des priorités de la prévention de la traite et de l’esclavage moderne est d’assurer l’accès à la protection sociale et à l’éducation, à l’emploi, aux soins de santé, au système judiciaire », insiste-t-il. D’autre part, il souligne l’attention due aux survivants, « ces êtres humains, qui méritent le plus grand respect ».

Voici notre traduction de l’intervention de Mgr Auza.

HG

Intervention de Mgr Bernardito Auza.

Excellences, Honorables panélistes, Chers amis,

Je suis très heureux de vous accueillir ce matin à la manifestation sur les systèmes de protection sociale et l’accès aux services publics dans la lutte contre la traite des êtres humains et l’esclavage moderne, que le Saint-Siège a l’honneur de parrainer avec la Fondation Arise.

Cette année, la 63e session de la Commission de la condition de la femme met l’accent sur les systèmes de protection sociale et l’accès aux services publics et aux infrastructures durables afin d’assurer l’égalité et la promotion des femmes et des filles.

C’est un thème fondamental, simple mais très important. Sans protection sociale et sans accès aux services, il ne peut y avoir de développement intégral, pour les femmes, pour les hommes, pour les enfants, pour tous. C’est pourquoi la question de l’accès joue un rôle si important dans les objectifs de développement durable.

Avec l’Agenda 2030, la communauté internationale s’est engagée, entre autres, à faire en sorte que « tous les hommes et toutes les femmes, en particulier les pauvres et les vulnérables, aient les mêmes droits aux ressources économiques, ainsi qu’à l’accès aux services de base, à la propriété,… à la terre et à d’autres formes de propriété, au patrimoine, aux ressources naturelles, aux nouvelles technologies et aux services financiers appropriés, notamment la microfinance » (ODD 1.4).

Elle s’est engagée à fournir « une couverture sanitaire, y compris la protection contre les risques financiers, l’accès à des services de soins de santé essentiels de qualité et l’accès à des médicaments et vaccins essentiels sûrs, efficaces, de qualité et abordables » (ODD 3.8).

Elle promettait de rendre possible « un développement de la petite enfance, des soins et une éducation pré-primaire de qualité » (ODD 4.2) ainsi qu’ « un enseignement technique, professionnel et supérieur, y compris universitaire, abordable et de qualité » (ODD 4.3).

Elle s’est engagée à fournir « des services publics, des infrastructures et des politiques de protection sociale » pour les personnes impliquées dans des emplois de soins ou des travaux domestiques non rémunérés » (GDS 5.4).

Elle s’est engagée à offrir « le plein-emploi productif et un travail décent à tous… y compris aux jeunes et aux personnes handicapées » (ODD 8.5).

Elle promettait d’assurer « l’égalité d’accès à la justice pour tous » (ODD 16.3) ainsi que « des systèmes et mesures de protection sociale appropriés pour tous, [en particulier] les pauvres et les personnes vulnérables » (1.3).

Lorsque l’accès et la protection tels que ceux spécifiés dans les objectifs de développement durable ne sont pas disponibles, non seulement le développement intégral des personnes est entravé, mais leur absence les rend vulnérables.

Ceux d’entre nous qui sont engagés dans la lutte contre la traite des êtres humains et toutes les formes d’esclavage moderne, en entendant le nombre d’objectifs que je viens d’énumérer – par exemple 5.4, 8.5 et 16.3 -, ont probablement entendu un lien avec d’autres objectifs étroitement liés, avec lesquels nous sommes très familiers, 5.2, 8.7 et 16.2 : les objectifs qui nous engagent, respectivement, à lutter contre « la traite et l’exploitation sexuelle et les autres types d’exploitation », à « prendre des mesures immédiates et efficaces pour éradiquer le travail forcé, mettre fin à l’esclavage moderne et à la traite des êtres humains » et à « mettre fin aux abus, à l’exploitation, au trafic et à toute forme de violence et de torture envers les enfants ».

L’intérêt de ce lien étroit est évident : sans accès aux éléments de base du développement, sans protection sociale de base, la vulnérabilité des personnes, en particulier des femmes et des filles, à l’exploitation et à la traite est beaucoup plus grande.

Par conséquent, l’une des priorités de la prévention de la traite et de l’esclavage moderne est d’assurer l’accès à la protection sociale et à l’éducation, à l’emploi, aux soins de santé, au système judiciaire, car l’absence ou l’insuffisance de chacun d’eux est souvent exploitée par les trafiquants pour recruter de nouvelles victimes. De même, pour leur sauvetage, leur réadaptation et leur réinsertion, les survivants doivent avoir accès à des services de santé physique et mentale, à l’éducation, aux programmes de formation et aux possibilités d’emploi qui leur permettront de prendre un nouveau départ, et à la protection de la loi contre ceux qui les contraignent à retourner en esclavage.

Dans l’événement d’aujourd’hui, nous explorerons ensemble ce lien important entre l’accès aux services publics et aux protections sociales et la réussite de la lutte contre la traite. Luke de Pulford donnera un aperçu de l’ensemble du problème. Sœur Sherly Joseph, FMM, parlera de l’importance de l’accès à l’éducation dans la prévention de la traite et la réhabilitation. Le Dr Ludy Green s’attaquera à l’accès à l’emploi. Sabjola Bregu discutera de l’accès aux soins de santé. Et Kevin Hyland parlera de l’accès à la justice.

Cet accès est une priorité dans la lutte contre la traite et une priorité particulière du Saint-Siège.

Il y a deux mois, la Section Migrants et Réfugiés du Dicastère du Vatican pour la Promotion du Développement humain intégral a publié quelques « Orientations pastorales sur la traite des êtres humains » pour guider le travail de l’Eglise catholique à travers le monde dans la lutte contre ce fléau. Je vous encourage à en télécharger une exemplaire à partir demigrants-refugees.va et à le lire, car il fournit une bonne synthèse des multiples problèmes auxquels il faut faire face à la base.

Le document souligne, en ce qui concerne la question de l’accès : « Les défis pratiques sont nombreux. Les victimes ont besoin d’aide pour rembourser leurs dettes, obtenir un logement, acquérir de nouvelles compétences et trouver et conserver un emploi décent. Pourtant, les victimes de la traite des êtres humains ont tendance à être négligées, rejetées, punies ou même servir de bouc émissaire, comme si les choses dégradantes qu’elles étaient forcées de faire étaient en fait de leur propre faute ».

Un logement approprié et un travail décent sont des priorités importantes, de même que l’accès aux services des travailleurs sociaux, des psychologues, des thérapeutes, des avocats, des médecins, du personnel des services d’urgence des hôpitaux et d’autres professionnels « , poursuit-il… Lorsque les survivants préfèrent rester dans le pays de destination, ils doivent avoir accès à une éducation et à des programmes de qualité visant leur intégration sociale et professionnelle… Une attention particulière doit être accordée, souligne-t-il, aux survivants souffrant de troubles émotionnels ou mentaux de longue durée ou de toxicomanie.

Le document se termine par un rappel important : « Surtout, quelles que soient les mesures pratiques prises, ces survivants sont des êtres humains et devraient toujours avoir le sentiment d’être traités avec le plus grand respect ».

C’est à ces êtres humains, qui méritent le plus grand respect, que nous tournons aujourd’hui notre attention, engagés à ne laisser aucun d’entre eux en arrière et désireux d’aider chacun d’eux à avancer.

Merci d’être venus participer à cette conversation.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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