Le bienheureux Édouard Poppe (1890-1924) présenté par l'abbé Edward Janssens (à droite) © Sanctuaire Édouard Poppe / youtube.com/@moedervanvrede9140

Le bienheureux Édouard Poppe (1890-1924) présenté par l'abbé Edward Janssens (à droite) © Sanctuaire Édouard Poppe / youtube.com/@moedervanvrede9140

Fête du bienheureux Édouard Poppe : « Un prêtre saint rend le peuple saint ! »

Interview de l’abbé Edward Janssens, recteur du sanctuaire E. Poppe en Belgique

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Ce mercredi 10 juin 2026, l’Église catholique fête le bienheureux Édouard Poppe, prêtre belge dont la courte vie a été consacrée à la sainteté des prêtres, la dévotion eucharistique et l’éducation chrétienne des enfants. Une vie aussi marquée par l’amour des plus pauvres et des plus fragiles.

Mort prématurément en 1924, à l’âge de 33 ans, son influence spirituelle est toujours immense aujourd’hui, bien au-delà des frontières de la Belgique. L’abbé Poppe a laissé de nombreux écrits, des milliers de lettres et un témoignage de sainteté qui l’a conduit à sa béatification en 1999.

À cette occasion, Zenit a interviewé le recteur du sanctuaire Édouard Poppe à Moerzeke, en Flandre orientale. L’abbé Edward Janssens contribue depuis de nombreuses années au rayonnement du bienheureux, en donnant notamment des conférences, des retraites et des catéchèses. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à E. Poppe, comme Le héros de mon enfance et un livre jubilaire publié pour le centenaire de 2024. 

 

Zenit : Quelles sont les étapes principales de la vie du bienheureux Édouard Poppe ?

Abbé Edward Janssens : Né en 1890 à Tamise, dans le diocèse de Gand, l’abbé Poppe a été un très bon élève durant toute sa scolarité, de sorte qu’il a été envoyé à l’université de Louvain pour étudier la philosophie, tout en faisant son service militaire. Il est ensuite entré au séminaire Léon XIII, où il a obtenu en 1913 un doctorat en philosophie avec grande distinction, puis a rejoint le séminaire de Gand.

"Le bienheureux offre un modèle de sainteté par une vie authentique et évangélique" © Sanctuaire Édouard Poppe

« Un modèle de sainteté par une vie authentique et évangélique » © Sanctuaire Édouard Poppe

Lors de la Première Guerre mondiale, il a été brancardier et très engagé dans la bataille de Namur. Mais fortement épuisé, il a été laissé de côté par l’armée qui s’est enfuie vers la côte du nord de la Belgique. Quelques temps après, il a pu rejoindre à nouveau le séminaire et a été ordonné prêtre en mai 1916.

Au début de son ministère, l’abbé Poppe a été nommé vicaire dans une paroisse très pauvre de Gand. Après deux ans, trop fatigué pour y rester, il est devenu recteur chez les religieuses de Saint-Vincent-de-Paul à Moerzeke. Il a alors eu une première crise cardiaque, qui l’a obligé à être alité pendant les années qui ont suivi.

À la fin de cette période, il a collaboré à « La croisade eucharistique », un mouvement connaissant alors un grand rayonnement auprès des enfants. Il a ensuite été nommé par le cardinal Mercier directeur spirituel du Centre d’instruction des brancardiers et des infirmiers à Bourg-Léopold, où se trouvaient au moins 400 séminaristes belges en service militaire. Il y a donné des conférences et a accompagné spirituellement les futurs prêtres, vivant certainement le moment culminant de sa vie.

Malheureusement, il a subi une nouvelle crise cardiaque : il est mort le 10 juin 1924. Son procès de canonisation a été ouvert en 1948 dans le diocèse de Gand, puis il a été béatifié par le pape saint Jean-Paul II le 3 octobre 1999 à Rome.

Zenit : Quels sont les traits principaux de sa personnalité et sa spiritualité ?

Abbé E. Janssens : La solidarité avec les gens simples est le premier trait marquant chez lui. Lorsqu’il est devenu vicaire de Sainte-Colette, en pleine guerre mondiale, il a été touché par cette paroisse très pauvre, alors qu’il était lui-même d’un milieu modeste, un simple boulanger de Tamise. À tel point qu’il a pris deux décisions : « D’abord, je donne tous mes biens aux pauvres : mon salaire, mes meubles, mes vêtements, mon matelas, mon argent. Et pour le reste de ma vie, je serai un prêtre pauvre. »

Sa vie sacerdotale a également été marquée par la dévotion mariale, influencée par saint Louis-Marie Grignion de Montfort, avec notamment la lecture du petit traité sur la dévotion mariale, et également par une très grande piété eucharistique, étant fidèle chaque à jour son Heure sainte.

L’abbé Poppe avait cependant une fragilité physique et nerveuse, et une tendance au jansénisme dans les débuts : faire toujours plus d’efforts pour « mériter son ciel » ! Mais en se recueillant un jour sur la tombe de Thérèse à Lisieux, la petite sainte l’a guéri et l’a aidé à passer d’une « spiritualité du mérite » à une « spiritualité de la grâce ». En reparlant de cet évènement, il a écrit : « C’est là que j’ai reçu les plus grandes grâces de toute ma vie ».

Zenit : On l’appelle souvent « l’apôtre de l’Eucharistie et de la mission ». Pouvez-vous expliquer ?

Abbé E. Janssens : Les prémontrés de l’abbaye d’Averbode, en Flandre, ont commencé « La Croisade eucharistique » en Belgique pour éduquer les enfants à la participation active de l’Eucharistie. Ils ont demandé à l’abbé Poppe de collaborer avec eux. Et si les religieux étaient les organisateurs du mouvement, l’abbé Poppe en était l’inspirateur.

La chapelle du sanctuaire abrite la tombe du bienheureux E. Poppe © facebook.com/zaligeedwardpoppe

La chapelle du sanctuaire abrite la tombe du bienheureux E. Poppe © facebook.com/zaligeedwardpoppe

Il a commencé ce travail dans sa paroisse en parcourant la Flandre, puis a écrit des articles, donné des conférences, publié des petits livres de prière et de catéchèse. Il a publié en tout 8 livres.

Il voulait vraiment former des « catéchistes eucharistiques » pour que les enfants puissent recevoir dignement la communion à l’âge de 7 ans. C’est donc lui qui est à l’origine de la participation des laïcs au catéchisme : une nouveauté à l’époque, car l’apostolat laïc n’existait pas encore en Belgique.

Ce qui est remarquable, c’est son abandon à la Providence. Il avait 28 ans quand il s’est trouvé alité à Moerzeke. Et pourtant, c’est à partir de son lit qu’il a commencé son apostolat par la plume, la direction spirituelle, mais aussi en recevant les prêtres et les catéchistes. Il a témoigné : « Marie et Jésus m’ont mis au lit et je m’y trouve bien ». Il ne se révoltait pas !

Zenit : Pourquoi les prêtres d’aujourd’hui se sentent-ils proches de lui et demandent-ils son intercession ?

Père E. Janssens : Lorsqu’il était au séminaire de Gand, l’abbé Poppe était membre de l’association Filioli caritatis, un mouvement pour les prêtres séculiers dont il est devenu responsable après la guerre. Il aimait dire : « Un prêtre saint rend le peuple saint ! Un prêtre qui n’est pas saint n’est pas seulement inutile, mais il est pernicieux pour le monde ». C’est assez fort !

Il proposait aux prêtres d’avoir dans leur cœur une « boîte pleine » du Christ. Il disait que les prêtres ayant une trop forte activité pouvaient devenir comme des boîtes vides à l’intérieur, épuisés et absorbés par un souci plus administratif que pastoral. Or, c’est uniquement dans une relation avec le Christ que la vie de prêtre peut être fructueuse et heureuse. Le bienheureux offre donc un modèle de sainteté par une vie authentique et évangélique.

Cette vision radicale parle à toutes les époques. Elle touche beaucoup les jeunes prêtres aujourd’hui, et renouvelle leur vie. Quand les prêtres arrivent au sanctuaire d’un peu partout, ils sont d’ailleurs touchés par ces mots du bienheureux, écrits sur sa tombe : « Plutôt mourir que servir Dieu à moitié ».

Zenit : Comment les laïcs sont-ils aussi touchés aujourd’hui par le bienheureux Poppe ?
L'abbé Janssens est l'auteur de plusieurs ouvrages sur E. Poppe © facebook.com/zaligeedwardpoppe

L’abbé Janssens est l’auteur de plusieurs ouvrages sur E. Poppe © facebook.com/zaligeedwardpoppe

Abbé E. Janssens : Son action pour faire connaître et aimer l’Eucharistie aux enfants touche énormément les laïcs. Beaucoup de mamans ou de familles viennent demander son aide. Par exemple, il y a des années, une mère de famille enceinte avait la rougeole, mais le médecin voulait qu’elle avorte à cause du danger. Elle a refusé, et elle est venue prier sur la tombe de l’abbé Poppe. Après neuf mois, le bébé est né sain et sauf. Cette mère de famille vient encore chaque jour remercier le bienheureux pour la guérison miraculeuse de son enfant.

Dans le sanctuaire, nous accueillons de nombreux groupes de pèlerinages et des écoles. Il y a toujours chaque jour des gens qui passent, et nous avons également créé l’année dernière un petit musée où, d’une manière éducative, les pèlerins peuvent découvrir la vie du bienheureux.

Zenit : Que vous a enseigné personnellement l’abbé Poppe depuis que vous êtes recteur du sanctuaire ?

Abbé E. Janssens : Je suis là depuis 12 ans, comme prêtre diocèse de Gand. Je connaissais déjà l’abbé Poppe, étant natif de la même paroisse que lui et ayant fait des études un peu similaires. Mais j’ai vraiment découvert sa vie intérieure à partir du moment où je suis devenu recteur, et cela a été une révélation pour moi. L’abbé Poppe m’a aidé à prier avec des mots simples et ordinaires, à m’abandonner à la Providence, à centrer ma vie sur la Sainte Vierge et sur l’Eucharistie.

Il m’a enseigné que le monde a besoin de figures vivant l’Évangile de manière authentique et des modèles de sainteté pour les autres : c’est cela qui est important. Dans le ministère, dans les familles – comme enfant, comme jeune laïc, comme époux ou épouse – , il faut vivre l’Évangile de manière vraie. C’est pour cela que l’abbé Édouard Poppe est devenu bienheureux, et qu’il reste un modèle pour tous aujourd’hui.

 

 

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Anne van Merris

Anne van Merris, journaliste française, a suivi une formation à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable de la communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le secteur privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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