Le cardinal Saraiva Martins évoque la cause de béatification de Jean-Paul II

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Entretien avec le Préfet de la Congrégation pour les causes des saints

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ROME, Vendredi 7 avril 2006 (ZENIT.org) – Le cardinal portugais José Saraiva Martins, Préfet de la Congrégation pour les causes des saints depuis 1998, est convaincu qu’il « n’y a pas trop de saints », comme cela est souvent affirmé.

Zenit l’a rencontré pour mettre en lumière la situation des causes de béatification et de canonisation instruites par la Congrégation, notamment celle de Jean-Paul II.

Zenit : Quel est actuellement le nombre de causes de béatification et de canonisation en cours ?

Card. S. Martins : Le nombre des causes de béatification et de canonisation introduites est très élevé. Plus de 2.200 causes ont été introduites auprès de la congrégation pour les causes des saints ; sur ces 2.200 causes, plus de 400 ont la positio remise, et sont donc prêtes a être soumises à la discussion, examinées, approfondies par les divers organes collégiaux du dicastère. On trouve des historiens quand il s’agit d’une cause historique, des théologiens pour ce qui concerne les vertus, des médecins s’il s’agit de présumés miracles, puis des cardinaux.

Zenit : Pensez-vous qu’il y ait trop de saints ou pas assez ?

Card. S. Martins : On parle parfois d’une sorte d’inflation de saints. Certains considèrent que les saints sont trop nombreux, mais je réponds tout de suite qu’il n’y a pas trop de saints, absolument pas. Le nombre de saints et de bienheureux a augmenté sous le pontificat de Jean-Paul II. A lui seul il a proclamé plus de saints et de bienheureux que l’ensemble de ses prédécesseurs depuis 1588, année ou fut fondé le dicastère. Le pape Jean-Paul II avait parfaitement connaissance du fait que l’on parlait d’une inflation de saints et de bienheureux, et répondait que cela n’était pas vrai.

La première raison avancée par le pape était qu’en béatifiant de si nombreux serviteurs de Dieu, il ne faisait rien d’autre qu’appliquer le Concile Vatican II, qui a réaffirmé avec vigueur que la sainteté est le point fondamental de l’Eglise ; que l’Eglise est sainte : Une-Saint-Catholique-Apostolique. Jean-Paul II disait aussi que si l’Eglise du Christ n’est pas sainte, ce n’est pas l’Eglise du Christ, la véritable Eglise du Christ, celle qu’Il a voulue et fondée pour poursuivre sa mission à travers les siècles. Ainsi, selon le Concile Vatican II, la sainteté est la chose la plus importante de l’Eglise, disait Jean-Paul II. Personne ne doit donc s’étonner que le pape ait voulu proposer tant de modèles de sainteté aux chrétiens, au peuple de Dieu.

La deuxième raison est l’importance œcuménique extraordinaire de la sainteté. Dans Novo millennio ineunte le pape dit que la sainteté des saints, des bienheureux et des martyrs est peut-être l’œcuménisme qui convainc – ce sont ses paroles – parce que la sainteté, dit le pape avec des paroles encore plus fortes, a son fondement ultime dans le Christ, en qui l’Eglise n’est pas divisée. Donc, l’oecuménisme que nous avons tous à cœur exige qu’il y ait de nombreux saints, que soit déposé sur le candélabre de la sainteté de l’Eglise l’oecuménisme convaincant de la sainteté.

La troisième raison avancée par le pape est que « les saints et les bienheureux expriment la charité d’une Eglise locale ». Aujourd’hui, disait le pape, les églises locales sont beaucoup plus nombreuses qu’elles ne l’ont été au cours des dix derniers siècles. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y ait aussi plus de saints, plus de bienheureux qui expriment et manifestent la sainteté de cette croissance d’églises locales.

Zenit : Quel est l’iter pour accéder aux honneurs des autels, ou comment devient-on serviteur de Dieu, vénérable, bienheureux et saint ?

Card. S. Martins : Selon les règles juridiques, chaque procès en béatification et en canonisation est articulé autour de deux étapes fondamentales : l’étape diocésaine in loco (sur place) et l’étape « romaine » c’est-à-dire au niveau du Saint-Siège, au niveau de ce dicastère.

Dans la phase diocésaine, l’évêque est l’unique personne juridique en mesure de juger si c’est le cas d’entamer ou non une cause déterminée. Si une soeur ou un laïc meurt, l’évêque doit examiner si cette personne est vraiment sainte ou non selon les fidèles. L’évêque ne peut lancer la cause de béatification, une fois obtenu l’aval du dicastère pour les causes des saints, pour que débute la cause au niveau diocésain, que s’il existe une réputation de sainteté parmi les fidèles, avec le corps ecclésial local. S’il n’y a pas de réputation de sainteté, si pour les fidèles cette personne n’est auréolée d’aucune forme de sainteté, l’évêque ne peut pas lancer la cause.

Cela est très important surtout aujourd’hui, parce qu’on parle beaucoup de la ferveur des laïcs dans l’église. Nous avons ici un cas extrêmement important et fondamental où ce sont les laïcs qui font le premier pas pour une cause de béatification. Ce sont les laïcs qui doivent dire à l’évêque « selon nous cette personne est sainte ou ne l’est pas ».

Concrètement, que doit faire l’évêque dans la phase diocésaine ? Il doit avant tout mettre sur pied une commission, un tribunal et recueillir tous les documents relatifs au candidat à la cause de béatification, relatifs à la sainteté, aux vertus héroïques, relatifs au martyr s’il s’agit d’un martyre, au miracle s’il s’agit d’un miracle présumé. Une fois que l’évêque a réuni tous les documents concernant la personne qui a une réputation de sainteté, il envoie toute la documentation à Rome, au Saint-Siège, à ce dicastère.

Alors commence la deuxième phase, la phase romaine. Quand arrive ici la documentation, le devoir de ce dicastère et des différents organes collégiaux qui le composent, est celui de l’examiner, de l’étudier de manière approfondie. Par exemple: il y a la consultation historique s’il s’agit d’une cause historique, c’est-à-dire ancienne, une cause pour laquelle il n’y a plus de témoins vivants. Il y a la commission théologique qui doit étudier à la lumière de la documentation adressée par le diocèse, s’il ressort ou non une véritable sainteté de la personne ; si ensuite il s’agit d’un miracle, intervient le bureau médical qui doit voir si telle guérison, tel miracle présumé est vraiment inexplicable ou non à la lumière de la médecine. Dans ce but nous bénéficions du service de 70 médecins spécialisés dans divers secteurs de la médecine. Selon la nature de la guérison présentée par le dicastère comme un miracle présumé, nous pouvons examiner le cas avec des spécialistes en médecine dans le domaine concerné.

Ensuite, si les médecins déclarent que cette guérison n’a aucune explication scientifique, alors interviennent les théologiens qui doivent étudier la question de la relation entre la guérison (présumée miraculeuse) et l’invocation et l’intercession du candidat à la cause. Par exemple : si le malade a demandé à Mère Teresa de Calcutta de guérir, d’intercéder auprès de Dieu afin qu’il guérisse, car c’est Dieu qui fait le miracle, s’il existe un lien entre cette guérison survenue de manière inexpliquée et la prière que le malade a faite à Dieu par l’intercession de Mère Teresa de Calcutta, alors le miracle peut être et doit être attribué à l’intercession de Mère Teresa. Ce sont donc les théologiens qui doivent déclarer qu’il s’agit d’un miracle ou non.

Toutes ces phases étant réalisées, le procès est naturellement soumis aux cardinaux de la congrégation. Nous avons ce que l’on appelle l’Assemblée ordinaire, composée de 30 cardinaux, archevêques et évêques. C’est à eux que revient le dernier mot.
Les cardinaux doivent rectifier ou non, approuver ou non les conclusions des historiens, des médecins et des théologiens. Si l’Assemblée ordinaire des cardinaux approuve les conclusions des théologiens, des médecins et des historiens, alors le préfet du dicastère porte tout chez le Saint-Père. Les divers itinéraires du procès lui sont présentés et font l’objet de discussions ; il donne alors son approbation ou non, il décide ou non de béatifier une personne déterminée. Ainsi c’est un procès relativement long et articulé autour de deux phases, diocésaine (au niveau local) et romaine (l’étude de la part du dicastère qui ensuite présentera au pape les conclusions de cette étude). Les Serviteurs de Dieu sont appelés ainsi une fois que la cause a été introduite au niveau diocésain. Ils deviennent Vénérables Serviteurs de Dieu à partir du moment où l’Eglise a reconnu, ou après que l’Eglise ait reconnue leurs diverses vertus héroïques.

Zenit : Qu’en est-il de la cause de béatification de Jean-Paul II ?

Card. S. Martins : Benoît XVI a donné une dispense, en ce qui concerne le délai nécessaire à observer après la mort, avant d’entamer la cause de béatification, mais n’a pas donné de dispense pour le procès lui-même, relatif aux deux phases. Ainsi, très souvent, on se trompe. Le pape a donné une dispense concernant le délai demandé par le Droit canonique après la mort pour entamer la cause. Pour Mère Teresa de Calcutta (le pape Jean-Paul II) a donné une dispense de deux ans et demi. Pour Jean-Paul II le pape a donné une dispense de cinq ans, qui est le temps nécessaire qui doit s’écouler après la mort, avant d’entamer le procès en béatification de la personne.

La cause de Jean-Paul II se trouve dans la phase diocésaine, qui est la première phase, dans le diocèse de Rome parce qu’il est mort à Rome. Ainsi le point de référence est le vicariat de Rome. C’est alors à l’évêque (le vicariat) de Rome de procéder ; il effectue toutes les recherches dont nous avons parlé auparavant. L’on doit recueillir tous les documents relatifs à Jean-Paul II, inédits, par exemple les écrits, cela peut être des lettres personnelles, des carnets, et il faut recueillir les témoignages des fidèles sur la sainteté de Jean-Paul II. Ainsi les Romains, les personnes qui veulent aller témoigner sur la sainteté de Jean-Paul II, c’est-à-dire ceux qui sont convaincus qu’il était vraiment saint, doivent aller et vont au Vicariat pour déposer leur témoignage sur la sainteté de Jean-Paul II.

Il y a des formulaires, des questions auxquelles ils doivent répondre et qu’ils doivent signer. Ces témoignages feront ensuite partie de la positio qui sera examinée, dans le dicastère, par des théologiens, des médecins… Ainsi, pour affirmer le sérieux des déclarations relâchées, le questionnaire doit être dûment signé.

La phase diocésaine de la béatification de Jean-Paul II a débuté en septembre, lors de la promulgation d’un décret par le dicastère. On ne peut pas savoir quand se terminera le travail, combien de temps durera cette phase. Et cela ne dépend pas du dicastère. Le dicastère n’a rien à voir avec cette phase du procès tant que rien n’émane du Vicariat. Personne ne peut intervenir dans le travail (diocésain) qui est en train d’être effectué.

Quand finira le travail ? Cela dépend du vicariat. Outre la recherche qu’est en train d’effectuer le Vicariat de Rome, il y a aussi une commission rogatoire à Cracovie où des recherches ont également été entamées. C’est seulement lorsque prendront fin les phases diocésaines de Rome et de Cracovie que le procès arrivera au dicastère. Avant cela nous ne pouvons rien dire, parce que cela ne nous concerne pas et que nous ne pouvons pas intervenir par devoir. Eux seuls peuvent examiner in loco ce que les personnes disent.

Une fois cette étape terminée, tout le dossier, tous les documents recueillis seront alors envoyés au Saint-Siège, à ce dicastère. La deuxième phase, la phase romaine débutera alors, c’est-à-dire la phase des études des différents organes collégiaux mentionnés plus haut, qui doit être effectuée par écrit. Le pape n’a pas accordé de dispense pour le procès, mais sur le temps, soit les cinq ans nécessaires pour entamer la cause.

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ZENIT Staff

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