Europe: Sans abandonner notre citoyenneté nationale, en revêtir une autre

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CITE DU VATICAN, Vendredi 24 septembre 2004 (ZENIT.org) – « Voici que, sans abandonner cette citoyenneté nationale qui nous est si chère, nous sommes en train de décider d’en revêtir une autre. Nous devenons citoyens d’Europe. Cela, nous ne pouvons le faire seuls. Cette Europe-là ne peut pas être le produit de l’imagination ou du rêve que chacun de nous porte dans son esprit ou dans son cœur. Elle ne peut que prendre forme et surgir de nos rencontres, de notre écoute mutuelle, de notre avidité à nous connaître, à nous comprendre, à découvrir tous l’originalité, les merveilles de traditions, de culture, de projets aussi et de rêves pour l’avenir que chacun porte en lui et que nous voulons mettre en commun », a déclaré M. Camdessus en ouvrant la session du centenaire des Semaines sociales de France (www.ssf-fr.org).

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Voici le texte intégral du discours d’ouverture de Michel Camdessus, Président des Semaines Sociales de France, à Lille, dans la soirée de jeudi, 23 septembre 2004.

Chers Amis,

Laissez-moi me joindre à Jean-François Stevens pour vous souhaiter la plus chaleureuse bienvenue.

Comme je ne suis que l’une des quatre ou cinq mille personnes qui sont accueillies aujourd’hui ici, laissez-moi lui dire, ainsi qu’à Mme le Maire de Lille, à M. le Président du Conseil Général et à tous ceux qui représentent les autorités de la région Nord Pas-de-Calais, toute notre gratitude pour la chaleur proverbiale de leur accueil. Et merci à vous tous qui êtes venus des quatre coins de l’Europe et d’au-delà pour nous rejoindre. C’est une joie de vous accueillir ici mais aussi de vous demander de nous accueillir dans l’Europe que nous voulons construire ensemble. Vous en avez les clés tout autant que nous. Les minutes qui me sont imparties sont trop courtes pour que j’énumère ici et fasse applaudir la liste des pays de la nouvelle Union européenne représentée ici et avec eux, la Roumanie, la Suisse, la Biélorussie, l’Ukraine, le Congo, le Brésil et quelques autres pays encore. J’espère que nous aurons, au cours des jours qui viennent, d’autres occasions de manifester à chacun d’entre eux la joie que nous avons de les compter parmi nous.

Je vous le dis comme nous le ressentons : nous sommes émerveillés de vous voir ici si nombreux. En ce début d’automne, si plein de sollicitations, vous avez tout laissé : affaires, familles, enfants, pour nous rejoindre. Vous avez accepté les fatigues d’un voyage ; vous avez accepté d’arriver chez des inconnus mais que vous teniez déjà pour des amis et des frères. Vous avez ignoré tous les obstacles à la rencontre : distances, langue, préjugés. Merci pour l’honneur et l’amitié que vous nous faites et pour le formidable démenti que vous apportez au scepticisme politiquement correct qui prétend que l’Europe ne serait qu’indifférence face à son avenir politique et ses racines spirituelles.

On nous rabâche chaque jour que l’Europe est partagée entre la désillusion, l’appréhension et, ici ou là, quelques vagues espoirs d’un progrès mal défini, le tout attesté par les taux si faibles de participation aux élections européennes. Votre présence ici démontre que beaucoup d’hommes et de femmes en Europe sont prêts à surmonter cette indifférence et à s’engager pour qu’elle devienne véritablement une grande espérance.

Nous sommes touchés et fiers aussi que vous rejoignez les Semaines Sociales de France, comme un des endroits dans ce pays où l’on cherche à discerner ce que peut être un regard chrétien, sinon le regard de Jésus-Christ sur les réalités sociales et humaines d’aujourd’hui. Vous êtes venus parce que vous ressentez comme nous que nous avons quelque chose à faire, qui déterminera notre avenir et celui de nos enfants, quelque chose que nous ne pouvons, en aucune manière, réaliser seuls. Nous sommes citoyens de chacun de nos pays et nous en sommes fiers. Certains héritent d’une citoyenneté vieille de plusieurs siècles, d’autres ont revêtu la leur après des années de nuit où ils ont dû résister et se battre pour pouvoir un jour la revêtir.

Et voici que, sans abandonner cette citoyenneté nationale qui nous est si chère, nous sommes en train de décider d’en revêtir une autre. Nous devenons citoyens d’Europe. Cela, nous ne pouvons le faire seuls. Cette Europe-là ne peut pas être le produit de l’imagination ou du rêve que chacun de nous porte dans son esprit ou dans son cœur. Elle ne peut que prendre forme et surgir de nos rencontres, de notre écoute mutuelle, de notre avidité à nous connaître, à nous comprendre, à découvrir tous l’originalité, les merveilles de traditions, de culture, de projets aussi et de rêves pour l’avenir que chacun porte en lui et que nous voulons mettre en commun. C’est de là que naîtra cette citoyenneté européenne déjà inscrite dans le projet de constitution. Comme ils se trompent ceux qui pensent que nos différences rendent cette tâche impossible. Elles sont au contraire le matériau même de cette société européenne à construire. Elles nous amèneront à inventer notre vivre ensemble, notre projet pour l’Europe et pour le monde, tout en continuant de laisser fleurir le merveilleux jardin de nos diversités.

Chers amis, pardonnez-moi cet instant d’enthousiasme. Comme vous, aux Semaines Sociales, nous ne nous dissimulons pas la difficulté de cette tâche indispensable. Le chemin est ardu et long -peut-être de nombreuses années- que l’Europe devra parcourir pour parvenir à faire naître, vivre et s’épanouir cette citoyenneté. C’est en la construisant que nous construirons aussi cette société européenne qui, à son tour, donnera vie aux institutions que nous essayons de nous donner.

Nous connaissons les difficultés de la tâche et toutes les fissures qui menacent déjà ce nouvel édifice. Nous connaissons aussi tous les problèmes et les cruautés aussi du monde que nous allons habiter ensemble, à commencer par l’épouvantable scandale de la pauvreté dans un siècle d’abondance. Nous ne sommes mêmes pas sûrs de pouvoir étouffer dans l’œuf les germes -déjà à l’œuvre- de ce que le Cardinal Martino appelle la quatrième guerre mondiale. Et nos savons que nous ne sommes qu’un petit nombre devant tant de défis. Mais nous avons reçu une parole, la Parole par excellence, et nous croyons que ce message social du christianisme, ce message de fraternité, est plus que jamais pertinent pour l’Europe et le monde de notre temps. Nous allons tous ces jours-ci essayer de découvrir ensemble comment il nous aidera à imaginer, en hommes et femmes responsables et solidaires, des réponses à ces problèmes auxquels l’Europe est confrontée : le respect de la personne, la place de la famille, la construction de la paix, la recherche d’une démocratie participative, la tolérance et le pluralisme, la construction d’une économie à visage humain, la réponse dans le partage au problème de l’économie mondiale.

Nous allons y revenir tout au long de ces journées et samedi en particulier dans le cadre des forums, mais laissez-moi vous dire que le plus important à nos yeux se trouve dans la rencontre, l’échange et, pour tous ceux qui le souhaitent, la prière et l’action de grâces ensemble. S’il me fallait trouver un symbole à nos journées, ce serait dans l’échange des cartes de visite entre vous tous, désireux de construire durablement un réseau d’amitié active et vibrante au service de l’Europe qui naît.

Mais dès ce soir, profitons de la chance que nous avons d’entendre un homme d’État qui partage nos valeurs et qui, au plus haut niveau de la Communauté européenne, a su ouvrir des voies, ouvrir des portes -les portes mêmes de l’Europe- et qui veut bien partager avec nous les leçons qu’il tire de son expérience de Président de la Commission européenne. Cet homme là, je ne le présente pas et le remercie de tout cœur d’être parmi nous.

Je passe la parole à Romano Prodi.

(Nous publierons les interventions de MM. Prodi et Chirac dans nos prochaines éditions. Elles sont disponibles sur le site de la rencontre : http://www.ssf2004.org).

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ZENIT Staff

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