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Cardinal Lorenzo Baldisseri, capture CTV

Cardinal Lorenzo Baldisseri, capture CTV

« Pour chacun de nous, il y a un projet divin », par le card. Baldisseri

Méditation pour la fête de sainte Anne et saint Joachim

En ce mercredi 26 juillet 2017, jour où l’Église fête la mémoire de sainte Anne et saint Joachim, le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode des  évêques, propose une méditation sur la sainte famille, dans l’édition italienne de L’Osservatore Romano sur le thème « Grands-parents essentiels ».

Proposant de « regarder » les parents de Marie, des « époux craignant Dieu » qui, en accueillant comme un don la naissance de leur fille, sont entrés « dans le plan divin du salut qui marquera l’histoire de l’homme et de l’univers », le cardinal affirme que « pour chacun de nous, il y a un projet divin ».

CR

Voici notre traduction de l’article intégral.

Méditation du cardinal Baldisseri

« Heureux vos yeux puisqu’ils voient et vos oreilles puisqu’elles entendent » (Mt 13,16). Ces paroles de Jésus, en conclusion de la parabole du semeur, nous invitent à porter une attention particulière sur une famille sainte, privilégiée pour avoir donné la vie et l’éducation à la mère de Jésus, une famille dont le vécu quotidien de foi en fait une référence exemplaire.

Les évangiles canoniques ne parlent pas des parents de Marie, mais il est certain que dans les Églises d’Orient et d’Occident, le culte de sainte Anne, associé à celui de Joachim, a été présent dès les débuts de la chrétienté. Il apparaît aussi des sources, bien qu’apocryphes, qu’Anne, dont le nom signifie « grâce », femme du prêtre Joachim, fut marquée par la stérilité comme de nombreuses femmes de l’ancienne Alliance, et qu’elle eut justement par grâce le don de la maternité en concevant Marie qui, comme dans de nombreux cas d’enfants obtenus par la grâce de Dieu et consacrés, comme rendus à lui pour son service, devint la Mère de Dieu et de l’Église. Dans cette perspective de foi, la tradition veut qu’Anne soit aujourd’hui encore invoquée comme protectrice des femmes qui accouchent, des femmes enceintes et de celles qui ne peuvent pas avoir d’enfants.

En une époque aussi turbulente que celle d’aujourd’hui, il est beau et significatif de regarder Joachim et Anne, époux craignant Dieu qui attendent « la consolation » dans le silence et dans le service et qui accueillent le don de Dieu, la fille qui sera la mère de Jésus, entrant ainsi dans le plan divin du salut qui marquera l’histoire de l’homme et de l’univers. Il s’ensuit qu’aussi pour chacun de nous, il y a un projet divin. Nous sommes un grain de sable, une goutte d’eau dans la mer mais, comme aimait le dire Mère Teresa de Calcutta, la mer ne serait pas pleine sans cette goutte.

Le Siracide, dans la première lecture, rappelle l’importance des générations, qui sont un instrument de continuité des traditions et de la transmission de la foi. L’éloge biblique des hommes illustres et sages n’est pas une rhétorique banale, mais au contraire l’expression d’une vérité humaine qui distingue les personnes parvenues à la sagesse et illuminées par la sagesse de Dieu.

Il est impressionnant aujourd’hui de voir combien la personne âgée, celle qui porte en elle la mémoire d’une famille ou d’un peuple, non seulement n’a pas d’importance et ne se voit pas réserver la place qui lui convient, mais elle est reléguée parmi les rejetés de l’humanité. En conséquence, un homme, une famille et un peuple sans histoire et sans passé ne sont pas un homme, une famille et un peuple. La rapidité avec laquelle le temps court et l’espace se restreint concourt tragiquement à rendre ce processus encore plus facile, avec le risque non seulement de se fermer à l’égard du passé mais de ne pas non plus vivre le présent, parce qu’on s’est projeté dans un avenir sans racines. Et tout ceci dans un monde où s’est amorcé un processus irréversible d’instabilité, de provisoire et d’une mutation écrasante que les philosophes et les économistes appellent la société ‘liquide’, virtuelle.

Face à ces défis pressants, je crois qu’un temps d’arrêt est nécessaire, une pause de profonde réflexion avant qu’il ne soit trop tard, pour pouvoir ensuite repartir dans la bonne direction. Mais partir d’où et vers où ? Dans l’abstrait, cela veut dire partir de l’homme, le reconstruire morceau par morceau après la fragmentation idéologique et pratique et cela pourra se faire avec l’aide de la sagesse, de la connaissance, de la transcendance, de la parole de Dieu. En termes concrets, cela veut dire partir des personnes avec lesquelles on vit, avec leur vécu qui atteste la valeur du témoignage, en commençant par les parents à l’égard de leurs enfants, des maîtres à l’égard de leurs élèves, des dirigeants à l’égard de leurs employés, des donneurs de travail à l’égard des ouvriers.

Le pape François parle d’Église « en sortie » et, concrètement, il indique dans Evangelii gaudium d’où partir. La prédication, l’homélie, la catéchèse doivent repartir du kérygme, de l’annonce de la Bonne Nouvelle, des contenus essentiels de la foi et du fait de se réapproprier le langage simple, parabolique, comme Jésus nous l’a enseigné, celui des images et des paroles simples, compréhensibles, à travers les moyens de communication en constante évolution. Dans un monde de paroles, de sons, de rumeurs, d’innombrables formes d’expressions réelles et virtuelles, les gens s’intéressent et ne sont frappés que par des paroles vraies, sures, essentielles, par des faits et non des bavardages ; ils veulent boire l’eau pure de la fontaine, non l’eau recyclée et trouble, ils veulent manger du pain frais et non du pain sec ou moisi dans la huche, ils veulent écouter la parole de Jésus et non celle des hommes même si ceux-ci sont hautement qualifiés et compétents. Les gens sont fatigués des histoires, des interprétations, des autojustifications, des manœuvres ambiguës et des pertes de temps narcissiques et banals, spécialement dans certains environnements.

Sainte Anne est une belle fête pour rappeler les grands-mères et, avec elles aussi, en y associant Joachim, les grands-parents. Nous savons comment le pape François parle de sa grand-mère, combien elle a été pour lui une personne clé dans sa formation humaine et chrétienne en famille. Nous aussi, nous savons tous ce que représentent et signifient la grand-mère et le grand-père à la maison, en famille. Leur rôle est devenu aujourd’hui essentiel pour l’éducation humaine et chrétienne des petits-enfants, surtout pour la transmission de la foi.

À ce sujet, on entend souvent, en effet, spécialement en Italie, combien les grands-parents dans la famille, et donc dans la société, sont une colonne porteuse du ménage, qui se concrétise par le soin accordé aux petits-enfants, aux petits, par leur contribution financière et par le temps et l’espace offerts aux parents pour que ceux-ci s’adonnent à leur profession ou à d’autres engagements sociaux.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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