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Mgr Auza, UN-TV capture

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ONU : Mgr Auza défend la dignité et le caractère distinctif de la femme (traduction complète)

La femme est «la plus grande protection sociale» de l’humanité

Mgr Auza dénonce l’anthropologie « erronée » qui sous-tend « l’importance démesurée accordée à la promotion économique de la femme » dans les politiques actuelles d’autonomisation des femmes, « comme si l’autonomisation économique, en concurrence avec les hommes, était l’indicateur le plus important de la promotion et de l’égalité de la femme ». Il souligne « qu’en matière de protection sociale, d’accès aux services publics et d’infrastructures durables, il est important de ne pas sacrifier la dignité et le caractère distinctif de la femme dans ce processus ».

Mgr Bernardito Auza, nonce apostolique et observateur permanent du Saint-Siège, a prononcé un discours lors de la manifestation parallèle intitulée « Protéger la féminité et la dignité humaine dans les politiques actuelles d’autonomisation des femmes et d’égalité des sexes », aux Nations Unies, à New York, le 19 mars 2019.

Pour le représentant du Saint-Siège, « la pleine dignité des femmes doit être reconnue, promue et protégée » dans le domaine « du mariage, de la maternité et de la vie familiale ». La femme, affirme Mgr Auza, « est quelqu’un qui naît avec de l’espace pour un autre ». Il estime que sa capacité de maternité doit être aussi comprise « un mode de vie spirituel, éducatif, affectif et culturel. C’est pourquoi, conclut-il, « en protégeant la féminité de la femme et sa pleine dignité humaine, nous renforçons peut-être la plus grande protection sociale de toutes, la femme elle-même ».

Voici notre traduction du discours de Mgr Auza, prononcé en anglais.

HG

Discours de Mgr Bernardito Auza

Excellences, Mesdames et Messieurs les panélistes, Chers amis,

Je suis très heureux de vous souhaiter la bienvenue à la manifestation de cet après-midi sur la protection de la féminité et de la dignité humaine dans les politiques actuelles de promotion de la femme et d’égalité des sexes, que le Saint-Siège est heureux de parrainer avec le « Center for Family and Human Rights ».

Durant ces semaines de la 63ème session de la Commission de la condition de la femme (CCF), nous nous sommes concentrés sur les systèmes de protection sociale, l’accès aux services publics et les infrastructures durables. Plus précisément, nous avons examiné les politiques et les pratiques concernant les soins non rémunérés et le travail domestique, l’éducation, les soins de santé, le logement, l’énergie, l’eau et l’assainissement qui peuvent avoir un impact sur la condition des femmes et des jeunesfi filles dans la société.

Ce sont là des considérations importantes et pratiques.

Mais toutes dépendent d’une considération préliminaire : la compréhension que nous avons de ce que cela signifie d’être une femme ou une fille. Si notre point de départ anthropologique est erroné, cela aura évidemment un impact sur les solutions proposées.

A la lecture des documents préparatoires et des projets de document final proposés pour cette 63e session, par exemple, il est difficile de ne pas remarquer l’importance démesurée accordée à la promotion économique de la femme. En 1836, John Stuart Mill a inventé le terme ‘homo economicus’ pour désigner l’homme comme un être rationnel et intéressé, concentré avant tout sur l’accumulation des richesses et des ressources. En lisant les documents de la Commission de la condition de la femme de cette année, on peut se demander si la compréhension de base de la femme et des jeunes filles n’est pas celle d’une ‘mulier economica’

Pour prendre un exemple : Bien que l’accent ait été mis sur la reconnaissance et la valorisation des soins non rémunérés et du travail domestique effectué par les femmes, en même temps, les documents font référence à ce travail d’amour presque exclusivement comme un « fardeau ». C’est pourquoi ils considèrent que la communauté internationale devrait s’efforcer de le « réduire » et de le « redistribuer » afin d’accroître la productivité des femmes en dehors du foyer par leur participation à l’économie de marché. Il y a une anthropologie implicite à l’œuvre ici, privilégiant la contribution des femmes au marché du travail par rapport au travail des soins, comme si le travail extérieur et ce qu’il peut apporter devaient être les valeurs les plus importantes des femmes ; comme si l’autonomisation économique, en concurrence avec les hommes, était l’indicateur le plus important de la promotion et de l’égalité de la femme.

Nous devons nous demander si ces idées sont vraiment respectueuses des femmes en tant que femmes, si elles englobent vraiment ce que les femmes désirent le plus profondément, ou si elles tentent de rendre les femmes plus compétitives selon les façons masculines d’organiser la vie, la société et les réalités économiques. La femme est plus qu’un ‘homo economicus’ féminin.

L’événement d’aujourd’hui s’intitule « Protéger la féminité et la dignité humaine dans les politiques actuelles d’autonomisation des femmes et d’égalité des sexes ». Le but de ce titre est de souligner qu’en matière de protection sociale, d’accès aux services publics et d’infrastructures durables, il est important de ne pas sacrifier la dignité et le caractère distinctif de la femme dans ce processus.

Le véritable respect de la femme commence par son acceptation, en fait son respect, selon tous les aspects de son humanité. Il s’agit de créer les conditions sociales pour qu’elle puisse vivre librement et pleinement, sans discrimination, selon son génie féminin, la sagesse particulière qu’elle possède pour prendre soin de la dignité intrinsèque de chacun, pour nourrir la vie et l’amour et pour développer les dons des autres. Lorsque les femmes ont la possibilité de s’épanouir en appréciant pleinement tous leurs talents et leur potentiel, c’est l’ensemble de la société qui en bénéficie.

L’un des contextes les plus importants dans lesquels la pleine dignité des femmes doit être reconnue, promue et protégée est celui du mariage, de la maternité et de la vie familiale. Les femmes ne peuvent s’épanouir lorsqu’elles sont victimes de préjugés – et l’une des formes les plus courantes de discrimination à l’égard des femmes aujourd’hui concerne l’exercice de la signification maternelle de leur féminité.

La valeur et la dignité uniques de la maternité dans certaines sociétés et certaines versions du féminisme ne sont pas suffisamment défendues, appréciées et promues, ce qui met les femmes, culturellement et légalement, dans une position où elles doivent choisir entre leur développement intellectuel et professionnel et leur croissance personnelle comme épouses et mères. Les contributions essentielles des femmes au développement de la société par leur dévouement à leur mariage et à l’éducation de la prochaine génération ne sont pas suffisamment respectées. Parfois, leur service invisible et souvent héroïque est même décrié comme un modèle de vie féminine désuet et malsain.

Une telle critique ne vient pas d’une véritable appréciation de la femme dans sa totalité et dans sa véritable égalité, dans la complémentarité et la réciprocité, avec l’homme. Elle découle plutôt souvent d’une conception réductrice de la féminité qui sacrifie des aspects essentiels de l’identité de la femme pour lui permettre, semble-t-il, de mieux concurrencer les hommes sur un terrain de jeu masculin. De telles anthropologies erronées, qui définissent l’égalité comme identité avec l’homme en toutes choses, empêchent les femmes d’être pleinement elles-mêmes, ce qui appauvrit à la fois les femmes et toute la société.

C’est pourquoi il est essentiel que tous ceux qui cherchent à promouvoir la cause de l’égalité, de la dignité et des droits des femmes et qui cherchent leur promotion intégrale, préconisent et garantissent que les protections sociales, l’accès aux services publics et les infrastructures durables soient adaptés à cette anthropologie plus complète des femmes, qui inclut le mariage, la maternité, la famille plutôt que de demander aux femmes de mettre ces réalités entre parenthèses pour accéder aux protections, services et structures sociales.

La Déclaration universelle des droits de l’homme affirme que « la maternité et l’enfance ont droit à une assistance et à des soins spéciaux » et que « la famille est la cellule naturelle et fondamentale de la société et a droit à la protection de la société et de l’État ». Il faut donc accorder une protection sociale particulière aux femmes en tant qu’épouses et mères qui travaillent à temps partiel ou à temps plein ou qui choisissent de s’occuper de leur famille à temps plein.

L’humanité doit sa survie au choix que font les femmes non seulement d’accueillir des enfants, mais de les élever pour qu’ils soient vertueux et authentiquement humains : les mères donnent aux enfants la confiance et la sécurité dont ils ont besoin pour développer leur identité personnelle et des liens sociaux positifs. Notre avenir se reflète déjà dans la façon dont nous, en tant qu’individus et en tant que société, aidons les mères à élever des familles fortes et saines.

Il ne suffit pas de condamner toutes les formes de discrimination injuste à l’égard des femmes. Nous avons besoin de plus que de protections sociales, d’un accès aux services publics et d’infrastructures durables qui permettent aux femmes d’accepter un travail en dehors du foyer ou même de subvenir aux besoins de leur famille sans avoir à séparer leur maternité de leur féminité. Ce qu’il faut, c’est une campagne efficace et intelligente pour la promotion des femmes, qui se concentre sur tous les domaines de la nature et de la vie des femmes et commence par une reconnaissance universelle de leur dignité.

Nous devons aider les femmes, les hommes et les enfants à mieux apprécier toute la grandeur de la femme, ce qui inclut non seulement les dons qu’elle partage avec l’homme, mais aussi les dons uniques qui se rapportent à sa féminité, comme sa capacité de maternité, comprise non seulement comme un acte reproducteur, mais comme un mode de vie spirituel, éducatif, affectif et culturel.

Comme l’écrivait le Pape Jean-Paul II dans son exhortation apostolique de 1988 sur la dignité de la femme, « une mère accepte et aime comme une personne l’enfant qu’elle porte en son sein. Ce contact unique avec le nouvel être humain qui se développe en elle donne naissance à une attitude envers les êtres humains – non seulement envers son propre enfant, mais envers chaque être humain – qui marque profondément la personnalité de la femme ».

La femme est quelqu’un qui naît avec de l’espace pour un autre. Par nature, elle a la capacité de s’occuper des êtres humains aux stades initiaux les plus vulnérables de leur vie, ce qui la forme avec une sensibilité particulière pour les plus faibles et les plus désarmés. Elle se soucie donc naturellement de la valeur intrinsèque de chaque personne, qu’elle soit jeune ou âgée, riche ou pauvre, forte ou vulnérable, en bonne santé ou malade, désirée ou non, économiquement productive ou handicapée, influente ou insignifiante dans le monde.

C’est pourquoi, en protégeant la féminité de la femme et sa pleine dignité humaine, nous renforçons peut-être la plus grande protection sociale de toutes, la femme elle-même. Son égalité et son autonomisation ne devraient jamais l’obliger à s’adapter aux catégories masculines de la société, mais devraient impliquer que la société s’adapte de plus en plus à sa féminité et à sa dignité. Notre superbe groupe d’experts vous en dira plus long à ce sujet.

Merci d’être venus participer à cette conversation.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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