Le jeudi 21 mai dans la salle du synode, le Saint-Père a reçu les participants à la réunion avec les responsables d’associations de fidèles, de mouvements ecclésiaux et des nouvelles communautés, soutenus par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Que la paix soit avec vous !
Chers frères et sœurs, bonjour à vous tous !
C’est un plaisir de vous rencontrer ce matin, pour vous adresser quelques mots, quelques réflexions, mais surtout pour méditer sur l’importance des charismes du Saint-Esprit, en particulier en ces jours qui précèdent la Pentecôte.
Je suis ravi de vous accueillir une nouvelle fois cette année, au début de votre rencontre. Vous occupez des postes à responsabilité, au niveau international, au sein de nombreuses organisations laïques différentes, et vous avez été invités par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie à renforcer les liens de communion entre vous et à réfléchir ensemble sur le thème de la gouvernance d’une communauté ecclésiale.
Dans toute entité sociale, il existe un besoin de personnes et de structures appropriées pour guider et coordonner la vie communautaire. À la base, le terme « gouverner » renvoie à l’action de « tenir la barre », de « diriger un navire ». Il s’agit donc de donner une orientation sûre, afin que la communauté soit un lieu de croissance pour ceux qui en font partie. Ainsi, dans l’Église aussi, certains sont chargés de la gouvernance.
Cependant, dans l’Église, la gouvernance ne découle pas simplement de la nécessité de coordonner les besoins religieux de ses membres. L’Église a été fondée par le Christ comme un signe durable de sa volonté salvifique universelle ; elle est le lieu, voulu par Dieu, où tous les hommes, en toute époque, peuvent recevoir les fruits de la Rédemption et faire l’expérience de la vie nouvelle que le Christ nous a donnée. En ce sens, la nature de l’Église est sacramentelle : elle possède certes une dimension externe et institutionnelle avec ses structures et, en même temps, elle est un signe efficace de communion par lequel nous participons à la vie même de la Trinité.
Ces caractéristiques distinctives de l’Église sont nécessairement présentes aussi dans sa gouvernance, qui n’est jamais purement technique ; au contraire, elle a en soi une orientation salvifique, c’est-à-dire qu’elle doit être orientée vers le bien spirituel des fidèles. En effet, saint Paul la compte parmi les charismes : il y a « ceux qui font des miracles », écrit-il, « puis ceux qui guérissent, ceux qui secourent, ceux qui administrent, ceux qui parlent en diverses langues » (1 Co 12, 28).
En gardant ces préalables à l’esprit, tournons-nous maintenant vers les associations de fidèles et les mouvements ecclésiaux. Dans ce contexte, la gouvernance est généralement confiée à des laïcs et exprime la participation au ministère royal du Christ reçu lors du baptême. Elle est mise au service des autres fidèles et de la vie de l’association, et résulte d’élections libres, qui doivent être comprises comme l’expression d’un discernement commun : permettre à chacun d’exprimer librement sa voix.
Si, comme nous l’avons dit, la gouvernance est un don particulier de l’Esprit Saint, que les membres d’une communauté reconnaissent comme présent chez certains de leurs frères dans la foi, au moins trois conséquences en découlent. La première est qu’elle doit être au service de tous (cf. 1 Co 12, 7), c’est-à-dire promouvoir le bien de la communauté, de l’association et de l’Église tout entière. La gouvernance ne peut donc jamais être exploitée à des fins personnelles ou pour des formes mondaines de prestige et de pouvoir. La deuxième conséquence est qu’elle ne peut jamais être imposée d’en haut, mais doit être un don reconnaissable au sein de la communauté et librement accepté ; d’où l’importance d’élections libres pour la mettre en œuvre. La troisième conséquence est que, comme tout charisme, la gouvernance d’une association est également soumise au discernement des pasteurs, qui veillent à l’authenticité et à l’usage ordonné des charismes (cf. Lumen gentium, 12 ; Iuvenescit Ecclesia, 9 et 17).
Certaines caractéristiques doivent toujours être présentes dans la gouvernance : l’écoute mutuelle, la responsabilité partagée, la transparence, la proximité fraternelle et le discernement communautaire (cf. Discours aux participants au Chapitre général des Légionnaires du Christ, 19 février 2026). En outre, je voudrais rappeler que « la bonne gouvernance, au lieu de tout centrer sur elle-même, favorise la subsidiarité et la participation responsable de tous les membres de la communauté » (ibid.). Ce sont là des lignes directrices simples, mais qu’il faut toujours garder à l’esprit dans l’exercice de l’autorité.
Chers amis, vos associations et mouvements ont des origines différentes et possèdent des histoires, des identités et des idéaux bien définis. Ceux qui les dirigent assument donc une tâche délicate : d’une part, ils sont appelés à sauvegarder et à promouvoir la mémoire d’un patrimoine vivant ; d’autre part, ils ont un rôle « prophétique », qui consiste à écouter les besoins pastoraux actuels afin de comprendre comment répondre aux nouveaux défis et aux sensibilités culturelles, sociales et spirituelles de notre temps. En effet, ce n’est qu’ainsi que l’on peut être chrétien, disciple et missionnaire dans la société et l’Église d’aujourd’hui. Une partie de la mission prophétique de ceux qui assument des responsabilités consiste donc à favoriser l’ouverture de l’association ou du mouvement — ainsi que de chacun de ses membres — aux réalités historiques. L’appartenance, en effet, n’est authentique et féconde que lorsqu’elle ne se limite pas à la participation aux activités au sein du groupe, mais qu’elle interprète les signes des temps et s’ouvre vers l’extérieur, s’adressant à tous, à la culture de l’époque et à des champs missionnaires qui n’ont pas encore été explorés.
Un autre élément d’une importance vitale est la communion. Ceux qui gouvernent doivent faire preuve d’une sensibilité particulière envers la sauvegarde, la croissance et la consolidation de la communion. Cela s’applique tant à la vie au sein de l’association ou du mouvement qu’à la communion avec d’autres réalités ecclésiales et avec l’Église dans son ensemble. Ceux qui exercent une mission de direction dans l’Église doivent apprendre à écouter et à accueillir des opinions différentes, des orientations culturelles et spirituelles différentes, ainsi que des tempéraments personnels différents, en cherchant toujours à préserver, surtout dans les décisions nécessaires et souvent difficiles, le bien supérieur de la communion. Cela exige un témoignage de douceur, de détachement et d’amour désintéressé pour ses frères et sœurs et pour la communauté, qui serve d’exemple à tous.
Je voudrais ici souligner l’importance de cette dimension de communion avec l’Église dans son ensemble. Il arrive parfois que certains groupes se referment sur eux-mêmes et pensent que leur réalité particulière est la seule qui compte, ou qu’elle incarne l’Église, mais l’Église, c’est nous tous, c’est bien plus que cela ! Nos mouvements doivent donc s’efforcer sincèrement de vivre en communion avec l’Église tout entière, au niveau diocésain. L’évêque est donc une figure de référence très importante, et si un groupe déclare : « Non, nous ne sommes pas en communion avec cet évêque, nous en voulons un autre », cela ne va pas. Nous devons essayer de vivre en communion avec toute l’Église, tant au niveau diocésain qu’au niveau universel.
Dans cette perspective, nous pouvons mieux comprendre le sens de la fidélité au charisme fondateur, qui constitue un point de référence indispensable pour la gouvernance d’une communauté ecclésiale. Tout charisme authentique porte déjà en lui-même la fidélité et l’ouverture à l’Église. Gouverner en fidélité au charisme fondateur signifie donc y trouver l’inspiration pour s’ouvrir au chemin que l’Église entreprend aujourd’hui, sans s’enfermer dans les modèles – aussi positifs soient-ils – du passé, mais en se laissant interpeller par les nouvelles réalités et les nouveaux défis, en dialogue avec tous les autres membres du corps ecclésial.
Chers amis, merci pour tout ce que vous êtes et tout ce que vous faites. Les associations de fidèles et les mouvements ecclésiaux constituent un don inestimable pour l’Église. Il y a une grande richesse parmi vous : tant de personnes bien formées et tant d’excellents évangélisateurs ; tant de jeunes et de vocations diverses au sacerdoce et à la vie conjugale. La variété des charismes, des dons et des méthodes d’apostolat développés au fil des ans vous permet d’être présents dans les domaines de la culture, de l’art, de la vie sociale et du travail, en apportant partout la lumière de l’Évangile. Chérissez et, avec la grâce de Dieu, cultivez tous ces dons ! L’Église vous soutient et vous accompagne.
Je vous bénis de tout cœur, en invoquant pour vous tous l’intercession de la Vierge Marie, Mère de l’Église.
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