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Jeunes du diocèse de Viviers © Vatican Media

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Jeunes de Viviers: « Une oreille pour la Parole de Dieu et une pour le peuple » (traduction complète)

Dialogue avec le pape François

« Une oreille pour la Parole de Dieu et une pour le peuple »: c’ets l’attitude que le pape François a recommandée aux jeunes du diocèse français de Viviers.

Une trentaine de jeunes du diocèse français de Viviers, accompagnés de leur évêque Mgr Jean-Louis Balsa, ont été reçus par le pape François lundi matin 29 octobre 2018, dans la Salle Clémentine, comme nous l’annoncions hier, 29 octobre, en rapportant les circonstances de ce pèlerinage.

Le groupe est de retour de l’expérience d’un pèlerinage effectué pendant un mois dans le diocèse de La Rioja, en Argentine, sur les pas du p. Gabriel Longueville, prêtre fidei donum de leur diocèse, qui sera béatifié le 27 avril 2019 avec l’évêque de La Rioja, Mgr Enrique Ángel Angelelli Carletti, le franciscain argentin Carlos Murias et le laïc Wenceslao Pedernera.

Ils subirent le martyre pendant l’été 1976, après l’instauration de la dictature militaire dans ce pays d’Amérique latine, et ils ont été déclarés martyrs par le pape François: leur béatification pourrait survenir prochainement.

Au cours de la rencontre, le pape François a répondu d’abondance de cœur à quelques questions. Voici notre traduction des paroles du pape François, prononcées en espagnol.

AB

Dialogue du pape François et des jeunes de Viviers

Première question: la Parole de Dieu

Au cours de notre pèlerinage, nous avons eu l’opportunité de découvrir que le Seigneur a toujours quelque chose de très personnel et actuel à nous dire. Comme nous y invite Angelelli, avec une oreille pour l’Évangile, nous pouvons fréquenter la Parole vivante en la méditant et en la partageant tous les jours, et aussi en accueillant les enseignements de notre évêque. Saint-Père, comment donner aux jeunes l’opportunité et le goût de partager avec simplicité la Parole de Dieu quand beaucoup croient ne pas avoir le niveau ou les compétences pour le faire ?

Réponse 1 du pape François

Ceux qui comprennent le mieux la Parole de Dieu sont les pauvres, parce qu’ils ne mettent aucune barrière à cette parole qui est comme une épée à deux tranchants et qui rejoint le cœur. Et plus nous devenons pauvres en esprit, mieux nous la comprenons. Vous-mêmes, prenez la Bible, l’Évangile ; vous direz peut-être : « Quel désastre, je ne comprends pas parce que je n’ai pas de culture ». Fais l’essai, sois tranquille, ouvre-la, lis et écoute et tu sera surpris : la Parole est arrivée à toi. C’est très important, on n’écoute pas la Parole de Dieu uniquement avec l’oreille, elle entre par l’oreille ou, si tu la lis, elle entre en toi par les yeux ; mais on écoute aussi avec le cœur. Il faut écouter la Parole de Dieu le cœur ouvert. Ce bon jeune homme qui est allé demander à Jésus ce qu’il devait faire pour obtenir la vie éternelle et Jésus lui dit : « Les commandements » et lui, il répond : « Je les observe ». Jésus l’aima. « Que puis-je faire de plus ? » Et Jésus lui dit ce qu’il pouvait faire. Mais lui, il ne l’a pas écouté parce qu’il avait le cœur occupé par ses richesses.

Une question que l’on peut se poser est : « Pourquoi la Parole de Dieu ne m’arrive-t-elle pas ? » Quand n’arrive-t-elle pas ? Parce que j’ai le cœur occupé par autre chose. Un cœur qui n’écoute pas. C’est clair ? Nous ne pouvons écouter la Parole de Dieu que le cœur ouvert.

Deuxième question: la prière

Prier ensemble a été le premier lieu de rencontre, de communion avec les Argentins et en particulier avec les plus pauvres, avec lesquels nous avions des réalités de vie vraiment différentes. La prière nous a alors permis d’unir nos esprits et nos cœurs. Au-delà de sa force d’union, comment la prière peut-elle permettre une rencontre personnelle avec Dieu ?

Réponse 2 du pape François

Deux choses : la prière, quand je la fais avec mon peuple, quand je la fais en groupe, est plus forte, parce que nous nous aidons ensemble à prier. Mais cela doit nous enseigner qu’on ne peut pas prier seuls. Mais comment ? Le père de Foucault priait seul ? Oui, je peux rester seul et je dois parfois rester seul devant Dieu pour le rencontrer dans la prière. Seulement physiquement, mais je dois être conscient qu’il y a toute l’Église avec moi, il y a toute la communauté ; c’est la manière de prier d’un chrétien. L’ermite le plus caché qui est seul dans son ermitage, sait qu’il est uni au peuple de Dieu et il prie avec ce sentiment, il est spirituellement accompagné par les autres. C’est pourquoi, quand vous priez seuls, sachez qu’il y a tout le peuple de Dieu qui prie avec vous et cela vous aidera à mieux rencontrer Jésus.

Troisième question: le vivre ensemble

La vie fraternelle a été le centre de ce pèlerinage en Argentine. Nous avons vécu trois semaines ensemble, partageant beaucoup notre vie et ce que nous vivions pendant le pèlerinage, mais depuis que nous sommes rentrés en France, il est difficile de mettre ensemble ce fait essentiel, notre vie fraternelle, avec notre vie d’étudiants, professionnelle et même personnelle. Comment pouvons-nous avoir toujours cette vie fraternelle dans un monde où les personnes sont toujours plus centrées sur elles-mêmes et croient de moins en moins dans notre pays ?

Réponse 3 du pape François

Je crois que l’expérience que vous avez faite, de vivre ensemble en Argentine ne peut pas se prolonger. Il est vrai qu’en Argentine vous étiez ensemble dans un petit pays, vous étiez peu nombreux et il n’y avait pas toutes vos autres connaissances et vos obligations. C’est vrai. Maintenant, l’un est dans un endroit, l’autre dans un autre, chacun avec sa famille et ses obligations. Il est important que, régulièrement, une fois par semaine, une fois par mois, vous vous réunissiez pour vous souvenir et vous renouveler. Que le responsable du groupe organise cela.

Quatrième question: le service

Pendant notre pèlerinage, nous avons pu participer à de nombreux projets, nous avons pu nettoyer des terrains, faire des statues, peindre… Nous nous sommes ainsi mis au service des autres. C’est ce chemin qui nous a permis de faire l’expérience de partager en profondeur de très nombreuses rencontres avec notre prochain. Au début, c’était difficile à cause de la langue, de la culture, d’un lieu qui, par certains aspects, semblait compliqué et fragile, mais le travail, la volonté de bien le faire, de mettre nos compétences en commun, nous a permis de créer une nouvelle société nourrie de la foi et de la prière. Saint-Père, comme l’Église peut-elle aider les jeunes à se donner dans le service du prochain ?

Réponse 4 du pape François

C’est très important parce qu’aider les jeunes est quelque chose qu’il faut toujours faire en chemin, avec des choses concrètes, avec des défis concrets. C’est très important parce que travailler ensemble pour faire quelque chose réveille en nous une série de dimensions différentes d’humanité. Dimensions de se comprendre, de coopérer et aussi de prier ensemble. C’est très important. Si vous dites : allons étudier comment nous devons nous comporter ; si vous dites : allons étudier comment nous devons vivre ou nous comporter, et faire sur ce thème une réunion hebdomadaire ; cela ne durera même pas quatre semaines : vous vous ennuierez et vous partirez. Le dialogue entre vous, pour être un groupe, doit être un dialogue avec l’esprit, savoir sur quoi on dialogue, avec le cœur et avec les mains. C’est pourquoi, cela semble étrange, mais si vous ne faites pas un dialogue ainsi, le dialogue n’avance pas, il n’avance pas. Par conséquent, il est plus facile que les jeunes se salissent les mains en faisant quelque chose et c’est bon. C’est l’engagement, merci.

Cinquième question: évangéliser

Au cours de notre voyage en Argentine, nous avons pu faire l’expérience du témoignage, en partageant avec les Argentins la façon dont nous vivons notre foi. Nous avons partagé des temps spirituels forts, ce qui nous a évangélisés nous aussi. C’est à travers les rencontres et le simple témoignage de ce que nous vivions que nous avons pu, à notre manière, évangéliser. De nos jours, quelle est la façon prioritaire d’évangéliser ?

Réponse 5 du pape François

Je dirais évangéliser en chemin. Jésus a envoyé évangéliser. Il n’a pas dit : « Réunissez-vous, prenez du « maté » et évangélisez ainsi ». Non. Il a envoyé évangéliser. Alors, quand vous vous réunissez, pensez à où vous pouvez aller : à l’hôpital, à la maison de retraite pour personnes âgées, ou dans un centre pour les enfants… Pensez toujours : où puis-je aller une demi-journée, et allez-y en groupe. Votre évêque a employé un mot sur l’évangélisation qui, à mon avis, est un des mots les plus importants de la pastorale : la joie douce et réconfortante d’évangéliser. Tu te rends compte si tu évangélises bien si cela te donne de la joie, te donne de l’allégresse, te rend doux dans la communication.

Cette phrase vient de la fin d’Evangelii nuntiandi, qui est le document pastoral le plus important de l’après-concile et il est encore actuel. C’est le plus important et il est encore actuel. Et si vous pouvez, ce serait utile de lire tout le numéro, l’avant-dernier, dans une réunion. Saint Paul VI dit la phrase et ensuite il décrit les mauvais évangélisateurs. Les évangélisateurs tristes, découragés, sans espérance. Je dirais, avec une tête au « vinaigre ». Lisez, méditez sur ce numéro. C’est le meilleur traité d’évangélisation. Revenons à La Rioja ; j’ai vu que vous aviez chanté, vous avez pris du « maté », vous avez goûté l’eau-de-vie de La Rioja ? C’est la meilleure eau-de-vie au monde ! J’ai connu le père Gabriel Longueville. Mgr Angelelli, à La Rioja, nous a prêché la retraite spirituelle du 13 juin 1973 où j’ai été élu provincial. Je l’ai connu là-bas et j’ai entendu son conseil : « Une oreille pour écouter la Parole de Dieu et une oreille pour écouter le peuple ». Écoutez-le : il n’existe pas d’évangélisation de laboratoire, l’évangélisation est toujours un « corps à corps », « personnelle », sinon ce n’est pas l’évangélisation. Un corps à corps avec le peuple de Dieu et un corps à corps avec la Parole de Dieu. Merci pour votre voyage à La Rioja. Dommage que je n’ai pas de « maté »…

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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