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P. Denis Metzinger, Capture KTO

P. Denis Metzinger, Capture KTO

France : on dit «la famille» ou «les familles»? par le P. Metzinger

Le regard « inclusif » de l’Eglise

« Si l’Eglise parle de « La Famille », c’est parce qu’elle porte un regard inclusif », explique le P. Denis Metzinger : en aucune façon une façon d’exclure ! Il invite les baptisés à « témoigner ».

Le Père Denis Metzinger, vicaire épiscopal pour la Pastorale Familiale du diocèse de Paris et responsable de l’Institut de la Famille de l’Ecole Cathédrale à Paris, réagit à un changement d’intitulé de ministère : « La Famille » ou « Les familles », là est la question.

Zenit – Le Président de la République Française annonce que le « Ministère de la Famille » va devenir le « Ministère des Familles » : c’est une bataille de l’orthographe ?

Père Denis Metzinger – C’est vrai que il y a quelques jours on s’enflammait pour une réforme de l’orthographe ressortie des cartons du Ministère de l’Education… que vos lecteurs sachent que notre pays aime bien ce genre de polémique qu’un grand académicien qualifiait « d’enfumage » tant les problèmes sont importants dans notre société. J’ai découvert cette nouvelle affaire en écoutant « en me rasant »  une radio généraliste qui donnait la parole à ses auditeurs. J’ai été très vite rassuré !

Vous seriez d’accord?

Non pas du tout, ce qui m’a rassuré c’est le bon réflexe des auditeurs citoyens qui repèrent là une manœuvre politique : cela m’a semblé très clair en entendant une ministre parler de progrès sociétal ! Le concept à la mode est lâché.

C’est-à-dire ?

Que les modes de vie en famille soient divers et multiformes ce n’est pas nouveau. Toute famille en fait plus ou moins l’expérience. Ce n’est en rien un progrès de désigner les familles au lieu de La Famille. Tout au contraire c’est fractionner notre société en enfermant  (pour justifier ?) des comportements. On cherche à désintégrer la famille et l’on s’étonne de l’émiettement du lien social ou de la récente baisse de la natalité en France . Attitude paradoxale ! Nous avons déjà connu cela au moment de la loi dite du « mariage pour tous ». Je n’ose pas imaginer que le gouvernement cherche à nouveau à diviser pour apparaître dans un an apaisant et rassembleur à l’occasion de la prochaine grande échéance électorale.

Pour vous, c’est une affaire politique ?

Cela en y ressemble bien. Voici trois semaines nous avons eu en France un changement de gouvernement… avec des originalités dans les noms des ministères ! Il s’agit donc bien aujourd’hui de chercher à plaire à des groupuscules qui peuvent être utiles.

Est-ce que parler de « La Famille » n’est pas « excluant » pour tant et tant de personnes ?

Dire cela, c’est imaginer qu’existe une famille modèle et que ceux qui ne seraient pas dans ce cadre seraient exclus, c’est un peu rapide comme constat. Le Ministère du Travail couvre aussi bien le « penseur » que l’ « ouvrier » …une même réalité  se décline différemment pour chacun.

L’Eglise parle toujours de « La Famille » ?

Oui, car comme ne cesse de le rappeler son enseignement, il s’agit d’une réalité anthropologique. Si l’Eglise parle de « La Famille », c’est parce qu’elle porte un regard inclusif, qui appelle à un dépassement de soi, qui cherche à  intégrer et non à exclure, diviser, fragmenter. La Famille se donne à voir dans nos familles.

Les enjeux sont si importants ?

Il suffit d’ouvrir les yeux et de constater les contradictions dans lesquelles nous nous débattons. Combien il y a une aspiration pour la famille unie…combien il y a un éclatement des comportements…combien le vocabulaire employé est porteur de clichés…et comme prêtre dans la préparation au mariage, je vois  combien les jeunes sont perdus n’osant pas parler en vérité de leurs aspirations pour ne pas être « ringardisés » .

C’est plus qu’une polémique ? Il faut se battre?

La première mission des chrétiens n’est pas de se battre mais de témoigner. Mettre Dieu au cœur de sa construction familiale c’est chercher la communion plutôt que la superposition d’individualités. C’est accepter de porter ses blessures et celles des autres sans chercher à justifier mais en levant les yeux vers le ciel ! L’Année Sainte de la Miséricorde dans laquelle nous sommes est bien à vivre au cœur de notre première communauté de vie qu’est la famille.  C’est en voyant la joie de la famille – avec ces difficultés quotidiennes – que l’on comprend son importance.

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