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Univers © Wikimedia Commons / NASA

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Dieu et la science-fiction, dans L’Osservatore Romano

Résoudre le casse-tête imaginé par l’auteur

Dans l’édition italienne de L’Osservatore Romano du 15 juillet 2017, le directeur de l’Observatoire du Vatican, le jésuite Guy Consolmagno, n’hésite pas à affirmer : « la science et la science-fiction peuvent être sources de grande joie, et même de joie spirituelle, en harmonie, entre autres, avec un principe de base de la spiritualité jésuite : ‘Trouver Dieu en toute chose’.

Ce qui peut attirer les lecteurs vers la science-fiction, poursuit l’astronome américain, c’est « le divertissement » qui consiste à « dénicher ces indices en résolvant le casse-tête que l’auteur a imaginé ». Après tout, c’est exactement ce que doit faire un scientifique quand il cherche à comprendre l’univers. Dieu est un maître en ‘incluing’ (exposition) : le suprême auteur de la science-fiction ! »

CR

Voici notre traduction intégrale de l’article.

Tribune de Guy Consolmagno S.J.

En novembre 2015, Grayson Clary a écrit dans « The Atlantic » un article au titre provocateur : « Pourquoi la science-fiction compte tant de catholiques ». En effet, la science et la science-fiction peuvent être sources de grande joie, et même de joie spirituelle, en harmonie, entre autres, avec un principe de base de la spiritualité jésuite : « Trouver Dieu en toute chose ».

L’auteur est un scientifique passionné de science-fiction. Récemment, j’ai participé, à la ‘Notre-Dame University’, à un séminaire intitulé : « Chercher à dire ‘Dieu’ ». Le titre du congrès, comme l’ont expliqué les organisateurs, « est tiré de ‘Winter Sun’ de Fanny Howe et se réfère à la réticence de beaucoup d’auteurs à écrire au sujet de la religion et de la spiritualité à une époque où la religion est regardée d’un œil soupçonneux ou comme quelque chose de dépassé. Tout en pouvant décider d’éviter la terminologie religieuse traditionnelle, un certain nombre de poètes, romanciers, mémorialistes et écrivains de science-fiction se sont déjà tournés vers la religion et la spiritualité et certains auteurs ont cherché à trouver de nouvelles manières de dire ‘Dieu’ ».

Le congrès a organisé des débats sur la poésie, le roman, les essais créatifs et biographiques, sur le roman fantastique et sur la science-fiction, rassemblant des écrivains très connus et d’autres émergents qui, au dire des organisateurs, « luttent dans leurs œuvres avec des arguments spirituels et tentent de le faire de manière nouvelle ». À la lumière de ceci, je voudrais donc essayer de considérer le récit fantastique et de science-fiction dans une perspective catholique.

Personnellement, j’ai commencé à lire de la science-fiction quand j’étais très jeune, plus au moins à l’âge où j’ai commencé à être enfant de chœur. Dans la bibliothèque de la ville où j’ai grandi, une étagère était réservée à la science-fiction, exactement au début de la section « pour adultes ». Il est probable que les bibliothécaires les avaient mis là en pensant que des livres de ce genre étaient peu adaptés pour les adultes. Pour moi, ils étaient un apéritif du monde des « vrais » romans, plus ou moins comme être enfant de chœur a été le premier pas pour participer à la liturgie de l’Église. Dans ma famille, tout le monde fréquentait assidument la bibliothèque et quand, avec mes frères, nous avions fini de choisir les livres qui nous intéressaient dans la section pour enfants, nous attendions notre mère dans la partie antérieure de la bibliothèque véritable, à côté des livres de science-fiction.

Le livre qui a vraiment aiguisé mon goût pour la science-fiction a été une anthologie de récits classiques de l’ « âge d’or » (à savoir, des années quarante), « A Treasure of Great Science Fiction », dirigée par Anthony Boucher. Boucher, pseudonyme de William A.P. White, qui a été fondateur et rédacteur de « The Magazine of Fantasy and Science Fiction », longtemps considéré comme la revue de science-fiction la plus prestigieuse. Apparemment, dans le monde de la science-fiction, Boucher était aussi connu pour être un catholique pratiquant. En un temps où un matérialisme inflexible, comme celui de Herbert G. Wells, était considéré comme un prérequis fondamental pour une personne de science « moderne » et rationnelle, son catholicisme était vu comme une véritable étrangeté.

Bien qu’aujourd’hui, en librairie, il soit difficile de trouver des livres de récits, et que les traditionnelles revues de science-fiction soient moins répandues, les histoires brèves restent encore le meilleur point de départ pour un lecteur ou pour un écrivain de science-fiction. À la différence d’un roman, un récit peut bien se développer sur une idée intelligente et sur quelques personnages habilement esquissés. Mieux encore, la brièveté du format permet qu’il n’y ait pas de place pour certains des pièges principaux présents dans trop de mauvais romans (et pas seulement des romans de science-fiction) : trames parallèles inutiles et descriptions ennuyeuse. En revanche, l’auteur doit faire attention à la manière dont fonctionne le monde de l’histoire par rapport aux canons de l’histoire elle-même.

Cette technique de répandre continuellement des indices dans le texte a été surnommée ‘incluing’ (exposition) par Jo Walton, critique et auteure de science-fiction. En voici un exemple : Imaginez que dans votre monde fictif, vous avez inventé un élément important pour votre trame, une machine qui est omniprésente dans l’univers où se développe l’histoire, comme l’est dans le nôtre, par exemple, une photocopieuse. Personne, dans le monde réel, ne perd de temps à expliquer à quelqu’un d’autre comment fonctionne une photocopieuse : tout le monde en a utilisé une. Alors, comment faire pour que les personnages de votre histoire parlent de la manière dont fonctionne votre machine ? Écrivez une scène dans laquelle la machine tombe en panne ! Puis, comme un personnage se plaint à un autre de ce qui ne fonctionne pas, le lecteur peut finir par savoir comment cela devrait fonctionner quand… cela fonctionne.

Un des éléments fascinants qui peut attirer les lecteurs vers la science-fiction – mais il est possible que chez d’autres cela produise l’effet contraire – est justement le divertissement produit par le fait de dénicher ces indices en résolvant le casse-tête que l’auteur a imaginé. Après tout, c’est exactement ce que doit faire un scientifique quand il cherche à comprendre l’univers. Dieu est un maître en ‘incluing’ (exposition) : le suprême auteur de la science-fiction !

Le véritable motif pour lequel j’ai voulu étudier les planètes a été le fait de les avoir rencontrées auparavant dans la science-fiction, comme des lieux physiques dans lesquels il arrive des aventures aux personnes. Aujourd’hui, cela peut sembler évident, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Autrefois, les gens ne pensaient aux planètes que comme des points lumineux dans le ciel. Avant le début de l’ère spatiale, depuis l’époque de Ptolémée – y compris Copernic, Kepler et Newton, et jusqu’à la moitié du XXème siècle – l’astronomie consistait dans l’étude des mouvements planétaires.

L’objectif était de trouver le moyen de prévoir, à un moment donné, les positions exactes de ces points lumineux par rapport aux constellations. On en a une confirmation dans les livres populaires et dans les manuels d’astronomie du XIXème siècle et du début du XXème siècle, qui se trouvent dans la bibliothèque de l’Observatoire du Vatican. Ces auteurs font parfois référence aux dimensions ainsi qu’aux masses des planètes et de leurs lunes, éléments qui se déduisent de l’observation de leurs mouvements relatifs. Mais aucun d’eux ne s’est jamais donné la peine de diviser la masse par le volume afin de calculer la densité d’une planète ; et encore moins de spéculer sur le type de matière qui pourrait se trouver à l’intérieur de ces planètes, étant donné leur densité.

L’unique exception à cette règle a été le père Angelo Secchi, le jésuite italien qui a écrit en 1859 « Le cadre physique du système solaire » où il décrit la superficie de Mars et d’autres planètes. C’est lui qui fit la célèbre découverte de ces ombres sombres sur Mars qui, selon lui, étaient des « canaux ». Il est notoire que Secchi fut aussi la première personne a donner une classification systématique des étoiles selon leur spectre, c’est-à-dire selon leur composition : c’était les premiers pas de ce que nous appelons ‘astrophysique’.

La véritable raison pour laquelle j’ai fréquenté l’Institut de Technologie du Massachusetts (Mit) a été précisément la science-fiction. Notre foi catholique peut nous enseigner comment regarder notre histoire personnelle. Les aventures qui se passent sur d’autres planètes démontrent que les lois sur ce qui est juste ou erroné sont aussi universelles que la loi de la gravité. Et une science-fiction peut nous rappeler aussi que ce que le monde considère comme une heureuse fin n’est pas toujours la fin la plus heureuse.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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