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Séminaristes de Lombardie © Vatican Media

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Abus sexuels : parlez immédiatement à l’évêque (6/8)

Dialogue avec les séminaristes de Lombardie

Le pape François appelle à « toujours condamner le scandale, toujours ». « Ne pas céder », souligne-t-il. Quant au « scandale des abus » commis par les prêtres, il est affirmatif : « Si vous voyez quelque chose de ce genre, parlez immédiatement à l’évêque. »

C’est ainsi qu’il répond à la question d’un séminariste du diocèse de Milan sur les scandales dans l’Église. Le dialogue du pape avec les séminaristes de Lombardie a eu lieu le samedi 13 octobre 2018, dans la salle Clémentine du Palais apostolique, au Vatican.

Le scandale des abus, a dit le pape, « est un scandale mondial qui me fait penser aux sacrifices humains des enfants, comme faisaient les païens ». Si vous faites face à cette situation, « parlez immédiatement à l’évêque », a-t-il répété à deux reprises.

« Le peuple a une grande sagesse, a affirmé le pape François. Mais il ne pardonne pas au prêtre qui maltraite : il ne vous pardonne pas ! Parce qu’il est scandalisé. Et il ne pardonne pas au prêtre attaché à l’argent. »

Même si le scandale existe « depuis les débuts de l’Église », il « fait mal », a dit le pape. « Non, pas de scandales, a-t-il exhorté. Surtout quand les scandales font du mal aux petits. »

Voici notre traduction de l’italien de la réponse du pape, en italien.

MD

Réponse du pape François

« Les scandales sont nécessaires » – dit Jésus. Le scandale existe depuis les débuts de l’Église : pensez à Ananie et Saphire qui voulaient tromper la communauté : un scandale. Pierre a clairement résolu le scandale, dans ce cas : il leur a « coupé la tête ». Jésus dit que oui, il faut des scandales pour voir où est votre cœur, mais il avertit aussi : « Malheur à vous si vous scandalisez l’un d’eux ». Scandaliser le peuple de Dieu, c’est horrible. C’est tellement moche. Et je ne parle pas du scandale des faibles, mais du peuple de Dieu : le scandale du prêtre au peuple de Dieu. Dans mon pays, par exemple, le peuple de Dieu ne se scandalise pas beaucoup, mais il agit. Par exemple, il est capable de pardonner à un pauvre prêtre qui a une double vie avec une femme et ne sait pas comment la résoudre : « Ah, pauvre homme, aidons-le… », mais il ne condamne pas immédiatement. Il est capable de pardonner à un autre prêtre qui est un peu seul et boit trop souvent : « Oh, le pauvre, un peu de vin, c’est bon pour lui, c’est… ». Le peuple a une grande sagesse. Mais il ne pardonne pas au prêtre qui maltraite: il ne vous pardonne pas ! Parce qu’il est scandalisé. Et il ne pardonne pas au prêtre attaché à l’argent : il ne pardonne pas. Scandaliser les gens est une mauvaise chose, et scandaliser le presbytère est une mauvaise chose aussi.  Si vous allez à une réunion de presbytère et que l’évêque, ou quelqu’un d’autre, parle, et que vous sortez ensuite avec un ou deux amis pour discuter sur le dos de l’évêque ou de l’autre qui a dit cette chose, contre l’autre… c’est un scandale qui blesse le corps. Le scandale fait mal. Nous devons être clairs : ne pas céder sur ce point. Non, pas de scandales. Surtout quand les scandales font du mal aux petits. Le peuple est plus simple… Toujours condamner le scandale, toujours. Ne pas céder. « Mais comment puis-je faire ? » Vas-y, parle-lui. Parle-lui comme un frère : « Tu scandalises les gens avec ça ». Ou aller voir l’évêque et lui dire : « Parlez-lui, vous, comme un père ». Mais s’il vous arrive de voir un prêtre qui scandalise, s’il vous plaît adressez-vous directement à lui ou à un de ses amis, ou au curé de la paroisse, ou à l’évêque, pour l’aider. En Argentine, on a l’habitude d’inviter les prêtres à la fête de mariage : quand vous célébrez un mariage, on vous invite à la fête. Chez nous, les mariages ont lieu tard dans la journée ; puis il y a la fête. Et beaucoup de prêtres s’y rendent et font mauvaise impression parce qu’ils sont au milieu d’une fête sociale et qu’ils boivent trop…. Un scandale…. « Non, je vais faire de l’apostolat » – s’il vous plaît ! C’est vrai que les jeunes mariés demandent « oui, venez, venez ! », mais les prêtres intelligents disent : « Non, voyez, je viendrai, mais quand vous reviendrez de votre lune de miel, je viendrai chez vous, je bénirai la maison et dînerai avec vous deux ». Ce n’est pas un scandale. Mais, s’il vous plaît, l’art de rester à sa place. Pour être à sa place, un prêtre n’a pas besoin d’être rigide, non, humain, normal. Mais à ta place. Ne jamais scandaliser.

Derrière ta question il y a le scandale des abus. Vous connaissez les statistiques : 2% des abus commis ont été commis par des prêtres. « Ah, ce n’est pas grand-chose, mon Père » Non, parce que ne fut-ce qu’un seul prêtre, c’est monstrueux. Ne nous justifions pas parce que nous ne sommes que 2%. 70% des abus ont lieu dans les familles et dans le quartier ; dans les salles de sport, les entraîneurs ; dans les écoles …  C’est un scandale, mais c’est un scandale mondial qui me fait penser aux sacrifices humains des enfants, comme faisaient les païens. Sur ce point, parlez clairement : si vous voyez quelque chose de ce genre, parlez immédiatement à l’évêque. Pour aider ce frère abuseur. Immédiatement à l’évêque. Mais il y a d’autres scandales qui ne sont pas dans l’air du temps, alors on n’en parle pas. Celui du prêtre mondain, un gros scandale, qui vit dans la mondanité spirituelle. Un homme éduqué, bien accepté socialement, mais mondain. Jamais vous ne le voyez prier devant le tabernacle ; jamais vous ne le voyez aller à l’hôpital et s’arrêter prendre la main des malades, jamais. Jamais d’œuvres de miséricorde, celles qui sont difficiles à faire. C’est un prêtre mondain. C’est un scandale. Et la mondanité…. J’ai été très frappé quand j’ai lu, pour la première fois, Méditation sur l’Église du cardinal de Lubac : le dernier chapitre, les deux dernières pages. Il cite un bénédictin qui dit que le pire péché de l’Église est la mondanité spirituelle. C’est convertir la religion en anthropologie. Lisez ces deux pages. Ça vous fera du bien. Ça vous fera du bien.

Traduction d’Océane Le Gall

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