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Lucetta Scaraffia @ fpablovi.org

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Abus sexuels : la fin du silence, par Lucetta Scaraffia

En Une de L’Osservatore Romano

« Regard historique sur les abus sexuels. La fin du silence », c’est le titre de l’éditorial de Lucetta Scaraffia publié en Une de L’Osservatore Romano daté du 13 juin 2018. Elle analyse la libération de la parole sur ces sujets, dans l’histoire du XXe siècle.

L’historienne italienne note que « la question des abus sexuels sur des personnes plus faibles — enfants et femmes — est en train d’émerger avec force dans les sociétés occidentales et de réaliser une transformation radicale dans la société et dans la morale collective ». Elle souligne aussi la « perplexité » qui naît du silence passé : « comment les témoins ont-ils attendu si longtemps avant de dénoncer ? Comment y a-t-il eu toutes ces années de silence ? »

Lucetta Scaraffia revient alors sur l’histoire de la révolution sexuelle et de la révolution féministe, « révolutions qui ont changé les sociétés occidentales dans les dernières décennies du XXe siècle, qui non seulement ont réalisé certains des objectifs qu’elles s’étaient proposés, mais qui ont mis en marche des transformations complémentaires et non prévues, comme l’émergence de la question des abus sur mineurs ».

« Ce qui a permis aux victimes de parler, de dire ce qui jusqu’à présent était considéré comme indicible, est la fin de tout tabou relatif au sexe », poursuit-elle : « Auparavant les victimes craignaient, et avec raison, que les dénonciations … les stigmatisent elles-mêmes … et non pas seulement leurs agresseurs. Elles avaient donc de bonnes raisons pour se taire, de se défendre de ce qui pouvait devenir une autre forme possible de violence. »

En outre, « la révolution des femmes, à la même période, a mis à l’ordre du jour la différence de pouvoir au sein de la relation sexuelle… Les femmes, qui ont toujours joui d’un pouvoir inférieur aux hommes, ont dénoncé au contraire l’utilisation du pouvoir dans la relation sexuelle, dont elles étaient presque toujours victimes ».

Ainsi, « ces deux conséquences des révolutions du XXe — la possibilité de parler de sexe et de dénoncer les abus sans jeter la suspicion sur soi-même, en révélant la trame de pouvoir sous-jacente — ont ouvert la voie au nouvelles sensibilités envers les abus sexuels, que nous condamnons aujourd’hui avec sévérité en écoutant les paroles des victimes ».

Pour Lucetta Scaraffia, « il s’agit d’une révolution à peine commencée, dont les effets se font sentir seulement depuis peu et dont nous ne sommes pas en mesure de prévoir les conséquences. L’une d’elles est que les institutions ne peuvent plus garantir les accusés : chacun doit répondre de soi-même, dans un climat où la recherche de la vérité a abandonné la vieille tentation de dissimuler le mal pour sauver l’image de l’institution d’appartenance, aussi bien la famille, l’école, l’équipe sportive ou la communauté religieuse ».

« Cette nouvelle sévérité, cette recherche de la vérité … devrait, avec le temps, faire diminuer les cas d’abus et surtout rendre la conscience de chacun plus consciente du mal que tout cela comporte, assure l’historienne. Nous l’espérons surtout pour l’Eglise catholique, où l’abus sexuel est souvent précédé et accompagné d’abus d’autorité et de conscience, et où l’intervention décisive de Benoît XVI et de François suit un chemin courageux dans la recherche de la vérité. Même quand cela est très inconfortable. »

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