On peut manquer de charité en faisant la charité !

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Commentaire de l’évangile du dimanche 26 octobre, par le P. Cantalamessa

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ROME, Vendredi 24 octobre 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du dimanche 26 octobre proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.  

 
Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 22, 34-40) 

Les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, 
et l’un d’entre eux, un docteur de
la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : 
« Maître, dans
la Loi, quel est le grand commandement ? » 
Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’il y a dans l’Écriture – dans
la Loi et les Prophètes – dépend de ces deux commandements. » 

Copyright AELF – 1980 – 2006 – Tous droits réservés

Tu aimeras ton prochain comme toi-même 

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». En ajoutant les mots « comme toi-même », Jésus nous place face à un miroir devant lequel nous ne pouvons pas mentir ; il nous donne une mesure infaillible pour découvrir si nous aimons ou non notre prochain. Nous savons très bien, en toute circonstance, ce que signifie nous aimer nous-mêmes et ce que nous voudrions que les autres fassent pour nous. Si l’on fait attention,  Jésus ne dit pas : « Fais à l’autre ce qu’il te fait ». Il s’agirait encore de la Loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent ». Il dit : tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, (cf. Mt 7, 12), ce qui est bien diffèrent.

Jésus considérais l’amour du prochain comme « son commandement », celui dans lequel se résume toute la Loi. « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). Nombreux sont ceux qui identifient tout le christianisme avec le précepte de l’amour du prochain, et ils n’ont pas tord. Nous devons toutefois chercher à aller au-delà. Quand on parle d’amour pour le prochain, on pense immédiatement aux « oeuvres » de charité, aux choses qu’il faut faire pour le prochain : lui donner à manger, à boire, aller lui rendre visite ; en somme aider son prochain. Mais ceci est un effet de l’amour, ce n’est pas encore de l’amour. Avant toute l’action de bienfaisance vient la bienveillance ; avant de faire le bien, vient la volonté de faire le bien.

La charité doit être « sans artifice », c’est-à-dire sincère (textuellement : sans feinte) (Rm 12, 9) ; on doit aimer « d’un cœur pur » (1 P 1, 22). On peut en effet faire la charité et l’aumône pour de nombreuses raisons qui n’ont rien à voir avec l’amour : pour se faire valoir, pour faire croire qu’on est un bienfaiteur, pour gagner le paradis, et même à cause de remords de conscience. Une grande partie de la charité que nous faisons aux pays du tiers-monde, n’est pas dictée par l’amour, mais par le remord. En effet, nous nous rendons compte de la différence scandaleuse qui existe entre eux et nous, et nous nous sentons responsables de leur pauvreté. On peut manquer de charité en « faisant la charité » !

Il est clair que ce serait une erreur fatale d’opposer l’amour du cœur et la charité des faits, ou de se réfugier dans de bonnes dispositions intérieures à l’égard des autres, pour trouver en elles une excuse à son propre manquement de charité effective et concrète. Si tu rencontres un pauvre qui a faim et est transi de froid, disait saint Jacques, a quoi cela peut-il lui servir si tu lui dit : « Mon Pauvre, va, réchauffe toi et manges quelque chose ! », mais tu ne lui donnes rien de ce dont il a besoin ? « Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Il ne s’agit donc pas d’analyser les œuvres extérieures de charité mais de faire en sorte que leur fondement réside dans un sentiment d’amour authentique et bienveillant.

Cette charité du cœur ou charité intérieure est la charité que nous pouvons tous, et toujours, exercer ; elle est universelle. Ce n’est pas une charité que certains – les riches et les bien portants – peuvent seulement donner, et les autres – les pauvres et les malades – seulement recevoir. Tous peuvent faire la charité et la recevoir. En outre, elle est concrète. Il s’agit de commencer à regarder avec des yeux nouveaux les situations et les personnes avec qui nous vivons. Quel regard ? Mais c’est très simple : le regard avec lequel nous voudrions que Dieu nous voit ! Un regard d’excuse, de bienveillance, de compréhension, de pardon…

Quand on en arrive là, toutes les relations changent. Comme par miracle, tous les préjugés et toutes les marques d’hostilités qui empêchaient d’aimer une personne donnée tombent, et celle-ci commence à apparaître pour ce qu’elle est dans la réalité : une pauvre créature humaine qui souffre de ses faiblesses et de ses limites, comme toi, comme nous tous. C’est comme si le masque que les hommes et les choses ont posé sur leur visage tombait et la personne apparaissait comme elle est vraiment.

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ZENIT Staff

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