Les différents types de persécution antichrétienne, par T. Grimaux (3)

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« Rapport 2005 des persécutions antichrétiennes dans le monde », Ed. de l’AED

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ROME, Mardi 7 mars 2006 (ZENIT.org) – Thomas Grimaux est l’auteur du « Rapport 2005 des persécutions antichrétiennes dans le monde », publié par l’A.E.D. (Aide à l’Eglise en Détresse), avec une préface de Marc Fromager, directeur national de l’AED France.

Il présente aux lecteurs de Zenit les clefs de son enquête sur « l’état actuel de la persécution antichrétienne » dans le monde. Nous publions ci-dessous la troisième partie de l’entretien.

Zenit : Selon vous, quelles sont les types des persécutions ?

T. Grimaux : Il y a deux types de persécutions : celle qui est sanglante et celle qui est sournoise.

Pour la persécution sanglante, tout le monde comprend. Il s’agit d’un acte malveillant à l’encontre d’un chrétien connu en tant que tel ou à l’encontre de l’Eglise et de ses fidèles en tant que tels, et acte avec effusion de sang ou violence (assassinat, agression physique, viol, amputation). Les emprisonnements sont inclus dans cette catégorie ainsi que les attentats avec ou sans mort d’homme.

En revanche, la persécution sournoise est moins précise. Disons qu’elle comprend les actes malveillants sans effusion de sang ni violence et qui restent du domaine administratif, fiscal, judiciaire ou social. Ces actes sont les plus nombreux et sont présents sur les cinq continents car cette catégorie regroupe la discrimination à l’embauche (« renie ta foi chrétienne et tu auras ce travail » peut-on entendre à Khartoum), le rejet familial du nouveau baptisé au Pakistan, le retard dans l’obtention du visa pour la religieuse missionnaire, le courrier volé, le petit racket du poste frontière imposé au laïc engagé… Mais encore, dans nos pays par exemple, le détournement publicitaire qui offusque la foi, la couverture médiatique d’un procès d’un prêtre quand on constatera après qu’il était innocent (mais l’opinion publique se dira quand même qu’il n’y a pas de fumée sans feu…), les caricatures insultantes dans des journaux satiriques, la volonté d’enlever les crucifix des lieux publics, la volonté de reléguer l’Eglise au seul plan privé, etc. On comprend mieux ce qu’est la persécution sournoise, celle qui est composée, non de meurtres sanglants, mais de petits actes malveillants, de petites insultes, de petites tracasseries.

Cette persécution sournoise, insidieuse, de chantage affectif ou communautariste est bien illustrée par les propos de Mgr Sarr, archevêque de Dakar, Président de la Conférence épiscopale du Sénégal (voir à ce pays), pourtant connu pour sa diplomatie. Evoquant la situation d’un pays souvent qualifié de modèle de coexistence pacifique entre musulmans et chrétiens, il n’hésite pas à dire les difficultés rencontrées – en précisant qu’elles sont minoritaires. « Les difficultés que les catholiques rencontrent […] se résument à deux points : il y a le problème de l’emploi et celui du mariage. Il m’a été rapporté à Kaolack comme à Dakar que tel ou tel musulman responsable d’entreprise demande aux jeunes catholiques de se convertir avant qu’il ne leur fournisse du travail. […] Il arrive que des jeunes catholiques soient contraint d’apostasier pour pouvoir se marier à une fille musulmane. Il arrive aussi que des femmes catholiques, voulant se marier avec un musulman ou étant déjà mariées avec un musulman cèdent parce qu’elles subissent des pressions au quotidien. » Et quant à la difficulté qu’éprouvent les anciens musulmans qui se convertissent au catholicisme : « Le drame vient quand les convertis sont rejetés par leur famille. C’est très difficile pour eux, si difficile que, pour tenir, il faut avoir une forte personnalité. »

Zenit : Ce que vous rapportez est effectivement grave et si, même au Sénégal, pays de relative liberté religieuse, les catholiques sont confrontés à un tel chantage, nous n’imaginons pas ce qui peut se passer dans des pays moins tolérants tels l’Arabie Saoudite, le Pakistan, la Chine ou le Vietnam. D’ailleurs, plus précisément, qui sont les persécuteurs ?

T. Grimaux : Ici encore, il faut se garder de tout amalgame et de toute généralisation excessive. Cependant, on constate quatre grandes sources de persécution : l’islamisme ; le communisme ; les fanatismes hindou et bouddhique ; la culture de mort. Nous ne retenons pas comme grande source de persécution le système capitaliste car, même s’il semble commanditer des assassinats de religieux en Amérique Latine ou Centrale, il coexiste habituellement avec le christianisme sans grande difficulté. Seule une partie du capitalisme (le libéralisme sauvage) entraîne et promeut une culture de mort (voir plus bas).
Pour l’islamisme, il suffit de lire les appels aux meurtres de Ben Laden et autres fanatiques, d’écouter une prédication dans une mosquée intégriste en banlieue parisienne ou en Indonésie, ou encore d’allumer la télévision qui retransmet les attentats contre les ‘Croisés’, pour constater qu’il est devenu la source majeure des persécutions.
Ceci étant écrit, il va sans dire que nous ne confondons pas ‘islam’ et ‘islamisme’, ni ‘musulman’ et ‘islamiste’ et que, comme tout un chacun, nous entendons par ‘islamisme’ la doctrine fanatique poussée à l’extrême, qui fait commettre et qui revendique la persécution contre tout opposant à l’étendue de leur religion – à savoir les Juifs et les ‘Croisés’ principalement. De même, nous appelons ‘islamiste’ le partisan de l’islamisme et non le musulman, qu’il soit en France ou au Pakistan. Dans ce livre, nous ne pouvons, faute de place, entrer dans le débat de savoir si l’islamisme est l’héritier légitime de l’islam ou sa perversion.

Zenit : Le communisme est-il encore une source de persécution ?

T. Grimaux : Ecoutez, je crois qu’on ne peut le nier. Le marxisme reste donc une des sources concrètes et régulières de persécutions car si le Mur est tombé en Europe depuis 1989, il existe ou se renforce dans plusieurs pays, dont la Chine.

Zenit : A ce propos, que pensez-vous des négociations entre le Saint-Siège et Pékin ?

T. Grimaux : Certains dénoncent alors une ‘collaboration’ entre Rome et les autorités marxistes mais, au contraire, nous pensons que si le Saint-Siège voit bien les pièges d’une politique de ‘la main tendue’ et même s’il ne peut tout accepter, il a aussi le devoir de ne pas refuser une telle opportunité pour l’amélioration du sort des clandestins et le retour possible à l’unité… Le marxisme reste donc une des sources concrètes et régulières de persécutions car si le Mur est tombé en Europe depuis 1989, il existe ou se renforce dans plusieurs pays.
Dans les cas de l’hindouisme et du bouddhisme, nous n’englobons pas tout le monde hindou ni bouddhiste tant ils sont divisés et opposés entre eux : il y a des bouddhistes modérés et des bouddhistes fanatiques… Nous parlons donc des fanatiques hindous et bouddhistes. Mais les persécutions opérées par des groupes fanatiques bouddhistes (au Sri Lanka par exemple) et des groupes extrémistes hindouistes (en Inde par exemple) ont tout de même une argumentation commune (identique à certains marxistes) : le christianisme ne serait, en fait, qu’un cheval de Troie de l’impérialisme Blanc, occidental et américain dont le seul but serait de détruite la culture et la civilisation locales. Ainsi, la remise en cause réelle apportée par la foi chrétienne (égalité de nature entre tous les hommes, entre homme et femme, Jésus-Christ étant venu sauver chaque homme quelque soit sa race ou sa condition sociale…), bouleverse les ‘petits arrangements’ de dictateurs locaux et entrave leur fond de commerce ethnique. Cette suspicion à l’égard des chrétiens qui les fait passer comme membres de la cinquième colonne ennemie (c’est-à-dire occidentale) n’est pourtant
plus réservée à ces seuls fanatiques, on la retrouve de plus en plus, un peu partout, et tend même à se développer dans les pays musulmans sous l’effet de la poussée islamiste comme chacun peut le constater sur place.

Zenit : Reste une source de persécution, celle que l’on nomme habituellement avec Jean-Paul II et Benoît XVI, la ‘culture de mort’.

T. Grimaux : C’est là une originalité : un quatrième pôle de persécution voit le jour, habituellement dans nos pays développés par les partisans de la culture de mort – ou de l’anticulture de mort comme vient de le préciser le Saint-Père. Cette anticulture, outre le satanisme, comprend aussi une volonté d’attaquer l’Eglise car elle respecte la nature humaine. Relayée par d’autres (groupuscules, médias partisans…), elle prend différends aspects. Aux Etats-Unis d’Amérique, l’on assiste depuis quelques mois ou années à une attaque en règle contre les signes religieux dans les bâtiments officiels (une bible est retirée dans un prétoire, certains refusent les propos chrétiens du Président Bush, refus de stèles reprenant les Dix Commandements, etc.). Au Canada, en Espagne, en Belgique et en France, l’Eglise est l’ultime rempart pour permettre aux personnes âgées dépendantes de ne pas être ‘euthanasiées’ ; le dernier avocat du mariage et tente de repousser le ‘mariage’ gay et l’adoption d’enfant par des partenaires homosexuels. Lors de ses prises de paroles, ses positions sont raillées et elle subit les quolibets et les faux arguments insultants. Cette culture de mort, opposée à la culture de vie défendue par l’Eglise, tend à favoriser tout ce qui n’a pas d’avenir au détriment par exemple de la famille. Elle utilise pour cela le relativisme dénoncé par Benoît XVI et se sert massivement des médias pour caricaturer et déformer volontairement la pensée chrétienne.

Zenit : Mais dans nos pays occidentaux, la persécution est-elle le seul fait de cette anticulture de mort ?

(à suivre)

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ZENIT Staff

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