ROME, Dimanche 13 avril 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral du message-vidéo que le pape Benoît XVI a adressé au peuple américain le 8 avril, en prévision de son voyage apostolique aux Etats-Unis qui aura lieu du 15 au 20 avril 2008.

Chers frères et sœurs des Etats-Unis d'Amérique !

Que la grâce et la paix de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ soient avec vous tous ! Dans quelques jours, j'entamerai ma visite apostolique dans votre pays bien-aimé. Avant de partir, je voudrais vous transmettre un salut cordial et une invitation à la prière. Comme vous le savez, je ne pourrai visiter que deux villes : Washington et New York. Toutefois, l'intention de ma visite est d'embrasser spirituellement tous les catholiques des Etats-Unis. Dans le même temps, j'espère vivement que ma présence parmi vous sera perçue comme un geste de fraternité envers toutes les communautés ecclésiales, et comme un signe d'amitié pour les membres des autres traditions religieuses et tous les hommes et femmes de bonne volonté. Le Seigneur ressuscité a confié aux Apôtres et à l'Eglise son Evangile d'amour et de paix, afin justement qu'il soit transmis à tous les peuples.

J'aimerais ajouter quelques mots de remerciements, car je suis conscient que beaucoup de personnes travaillent de manière intense depuis longtemps, autant dans le milieu de l'Eglise que dans les services publics, pour préparer mon voyage. Je suis particulièrement reconnaissant à tous ceux qui ont prié pour la réussite de cette visite, car prier est la chose la plus importante. Chers amis, je dis cela car je suis convaincu que sans la force de la prière, sans cette union intime avec le Seigneur, nos initiatives humaines ne parviendraient qu'à bien peu de choses. C'est en effet ce que notre foi nous enseigne. C'est Dieu qui nous sauve, Il sauve le monde et l'histoire. Il est le Pasteur de son peuple. Je viens, envoyé par Jésus Christ, vous porter sa Parole de vie.

En accord avec vos évêques, j'ai choisi comme thème de mon voyage trois mots simples mais essentiels : « Christ our hope », le Christ notre espérance. En suivant les pas de mes vénérés prédécesseurs, Paul VI et Jean-Paul II, je viendrai pour la première fois comme pape aux Etats-Unis d'Amérique, pour proclamer cette grande vérité : Jésus Christ est l'espérance pour les hommes et les femmes de toutes langues, races, cultures et conditions sociales. Oui, le Christ est le visage de Dieu présent parmi nous. A travers Lui, nos vies trouvent leur plénitude, et ensemble, en tant qu'individus et comme peuples, nous pouvons devenir une famille unie par l'amour fraternel, selon le projet éternel de Dieu le Père. Je sais combien ce message de l'Evangile est enraciné dans votre pays. Je viens le partager avec vous, lors d'une série de célébrations et de rencontres. J'apporterai également le message de l'espérance chrétienne à la grande Assemblée des Nations unies, aux représentants de tous les peuples du monde. Le monde n'a en effet jamais eu autant besoin d'espérance que maintenant : espérance de paix, de justice, et de liberté, mais cette espérance ne peut pas être réalisée sans obéissance à la loi du Seigneur, que le Christ a portée à son accomplissement dans le commandement de nous aimer les uns les autres. Faites aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fassent, et ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'ils vous fassent. Cette « règle d'or » nous est donnée dans la Bible, mais elle est valable pour tous les peuples, y compris pour les non-croyants. C'est la loi qui est inscrite dans le cœur humain ; nous pouvons tous être d'accord avec cela, de façon que lorsque nous devrons traiter d'autres sujets nous pourrons le faire sur un mode constructif et positif pour toute la communauté humaine.

En espagnol

 J'adresse un salut cordial aux catholiques de langue espagnole et je leur fais part de ma proximité spirituelle, notamment aux jeunes, aux malades, aux personnes âgées et à tous ceux qui traversent des difficultés ou se sentent particulièrement accablés. Je vous exprime mon vif désir de pouvoir être bientôt parmi vous dans cette nation bien-aimée. Entre-temps, je vous invite à prier intensément pour les fruits pastoraux de mon imminent voyage apostolique et à tenir haute la flamme de l'espérance en Christ ressuscité.

En anglais

Chers frères et sœurs, chers amis des Etats-Unis, j'attends avec impatience de venir parmi vous! Je veux que vous sachiez que, même si mon séjour sera bref et limité à quelques engagements, mon cœur sera proche de vous tous, notamment des malades, des plus faibles, et des personnes seules. Je vous remercie encore de votre soutien spirituel à ma mission. Je vous embrasse tous avec affection, et j'invoque sur vous la protection maternelle de la Sainte Vierge Marie.

En espagnol

Que la Vierge Marie vous accompagne et vous protège. Que Dieu vous bénisse !

En anglais

Que Dieu vous bénisse tous !

[© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana - Traduction réalisée par Zenit]

Messe chrismale du Jeudi Saint : Homélie de Benoît XVI

ROME, Vendredi 21 mars 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie prononcée le Jeudi Saint par Benoît XVI au cours de la messe chrismale, dans la basilique Saint-Pierre en présence de 26 cardinaux, 50 évêques et près de 1.600 prêtres qui ont concélébré.

Chers frères et sœurs,

Chaque année la messe chrismale nous exhorte à rentrer dans ce « oui » de l’appel de Dieu, que nous avons prononcé le jour de notre ordination sacerdotale. « Adsum – Me voici ! », avons-nous dit comme Isaïe, lorsqu’il entendit la voix de Dieu qui lui demandait : « Qui enverrai-je ? Qui ira pour nous » « Me voici, Envoie-moi ! », répondit Isaïe (Is 6, 8). Puis le Seigneur lui-même, à travers les mains de l’évêque, nous imposa les mains et nous nous sommes offert à sa mission. Par la suite, nous avons parcouru beaucoup de routes dans le cadre de son appel. Puissions-nous toujours affirmer ce que Paul, après des années d’un service à l’Evangile souvent difficile et marqué par toutes sortes de souffrances, écrivit au Corinthiens : « Miséricordieusement investis de ce ministère, nous ne faiblissons pas » (cf. 2 Co 4, 1) ? « Nous ne faiblissons pas ». Nous prions en ce jour, afin que notre zèle soit toujours entretenu, afin qu’il soit toujours à nouveau nourri par la flamme vivante de l’Evangile.

Dans le même temps, le Jeudi Saint est pour nous une occasion de nous redemander toujours : A quoi avons-nous dit « oui » ? Que signifie « être prêtre de Jésus Christ » ? Le canon II de notre missel, qui fut probablement rédigé à la fin du IIe siècle à Rome, décrit l’essence du ministère sacerdotal avec les paroles par lesquelles, dans le Livre du Deutéronome (18, 5.7), était décrite l’essence du sacerdoce vétérotestamentaire : astare coram te et tibi ministrare. Ce sont par conséquent deux tâches qui définissent l’essence du ministère sacerdotal : en premier lieu le fait de « se tenir devant le Seigneur ». Dans le Livre du Deutéronome cela doit être lu dans le contexte de la disposition précédente, selon laquelle les prêtres ne reçoivent pas de portion de terrain de la Terre Sainte, ils vivent de Dieu et pour Dieu. Ils n’étaient pas tenus aux travaux habituels nécessaires pour assurer la vie quotidienne. Leur profession était de « se tenir devant le Seigneur », de le regarder, d’être là pour Lui. Ainsi, en définitive, la parole indiquait une vie en présence de Dieu ainsi qu’un ministère en représentation des autres. De même que les autres cultivaient la terre, de laquelle vivait également le prêtre, il maintenait quant à lui le monde ouvert vers Dieu, il devait vivre avec le regard tourné vers Lui. Si ces paroles se trouvent à présent dans le Canon de la Messe immédiatement après la consécration des dons, après l’entrée du Seigneur dans l’assemblée en prière, cela indique pour nous qu’il faut se tenir devant le Seigneur présent, c’est-à-dire que cela indique l’Eucharistie comme le centre la vie sacerdotale. Mais ici aussi, la portée est bien supérieure. Dans l’hymne de la Liturgie des Heures qui au cours du carême introduit l’office des lectures – l’office qui, chez les moines, était jadis récité pendant l’heure de veillée nocturne devant Dieu et pour les hommes – l’une des tâches du carême est décrite avec l’impératif : arctius perstemus in custodia – nous sommes de garde de manière plus intense. Dans la tradition du monachisme syriaque, les moines étaient désignés comme « ceux qui sont debout » ; être debout était l’expression de la vigilance. Dans ce qui était ici considéré comme le devoir des moines, nous pouvons avec raison voir également l’expression de la mission sacerdotale et la juste interprétation de la parole du Deutéronome : le prêtre doit être quelqu’un qui veille. Il doit être en alerte face aux pouvoirs menaçants du mal. Il doit garder le monde en éveil pour Dieu. Il doit être quelqu’un qui reste debout : droit face au courant du temps. Droit dans la vérité. Droit dans l’engagement au service du bien. Se tenir devant le Seigneur doit également toujours signifier, profondément, prendre les hommes en charge auprès du Seigneur qui, à son tour, nous prend tous en charge auprès du Père. Et cela doit signifier prendre en charge le Christ, sa parole, sa vérité, son amour. Le prêtre doit être plein de rectitude, courageux et même disposé à subir des outrages pour le Seigneur, comme le rapportent les Actes des apôtres : ils étaient « joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus » (5, 41).

Passons à présent à la seconde phrase, que le Canon II reprend du texte de l’Ancien Testament, « se tenir devant toi et te servir ». Le prêtre doit être une personne droite, vigilante, qui se tient droite. A tout cela s’ajoute ensuite la nécessité de servir. Dans le texte vétérotestamentaire cette phrase a une signification essentiellement rituelle : c’est aux prêtres que revenaient toutes les actions de culte prévues par la Loi. Mais ce devoir d’agir selon le rite était ensuite classé comme relevant du service, d’une charge de service, et ainsi s’explique dans quel esprit ces activités devaient être accomplies. Avec le choix du mot « servir » dans le Canon, cette signification liturgique du terme est en un certain sens adoptée, conformément à la nouveauté du culte chrétien. Ce qu’accomplit le prêtre à ce moment-là, dans la célébration de l’Eucharistie, est servir, accomplir un service à Dieu et un service aux hommes. Le culte que le Christ a rendu au Père a été un don de soi jusqu’au bout pour les hommes. C’est dans ce culte, dans ce service, que le prêtre doit s’inscrire. Ainsi la parole « servir » a-t-elle plusieurs dimensions. Bien sûr l’une d’elles est avant tout la célébration digne de la Liturgie et des Sacrements en général, accomplie avec une participation intérieure. Nous devons apprendre à comprendre toujours davantage la Liturgie sacrée dans toute son essence, développer une familiarité vivante avec elle, afin qu’elle devienne l’âme de notre vie quotidienne. En célébrant de manière juste, l’ars celebrandi, l’art de célébrer s’impose de lui-même. Dans cet art, il ne doit y avoir rien d’artificiel. Si la Liturgie est un devoir central du prêtre, cela signifie également que la prière doit être une réalité prioritaire qu’il faut apprendre toujours à nouveau et toujours plus profondément à l’école du Christ et des saints de tous les temps. Puisque la Liturgie chrétienne, par nature, est toujours aussi annonce, nous devons être des personnes qui entretiennent une familiarité avec la Parole de Dieu, qui l’aiment, et qui la vivent : c’est seulement à cette condition que nous pourrons l’expliquer de manière appropriée. « Servir le Seigneur », le service sacerdotal signifie précisément aussi apprendre à connaître le Seigneur dans sa Parole et à la Le faire connaître à tous ceux qu’Il nous confie.

Enfin, il y a encore deux aspects des différentes dimensions du service. Personne n’est aussi proche de son seigneur que le serviteur qui a accès à la dimension privée de sa vie. En ce sens, « servir » signifie proximité, exige de la familiarité. Cette familiarité comporte également un danger : que le sacré avec lequel nous sommes quotidiennement en contact devienne pour nous une habitude. Ainsi disparaît la crainte révérencielle. Conditionnés par les habitudes, nous ne percevons pas le fait le plus nouveau, le plus surprenant, qu’Il soit lui-même présent, qu’il nous parle, qu’il se donne à nous. Nous devons lutter sans trêve contre cette accoutumance à la réalité extraordinaire, contre l’indifférence du cœur, en reconnaissant toujours davantage notre insuffisance et la grâce qu’il y a dans le fait qu’Il se remette entre nos mains. Servir signifie proximité, mais cela signifie surtout aussi obéissance. Le serviteur se plac
e sous les paroles : « Que ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se fasse » (Lc 22, 42). Par ces mots, Jésus au Jardin des Oliviers a résolu la bataille décisive contre le péché, contre la rébellion du cœur qui a connu la chute. Le péché d’Adam consistait, justement, dans le fait qu’il voulait réaliser sa volonté et non celle de Dieu. La tentation de l’humanité est toujours de vouloir être totalement autonome, de suivre uniquement sa propre volonté et de croire que ce n’est que de cette manière que nous serons libres ; que ce n’est que grâce à une liberté semblable, sans limites, que l’homme sera pleinement homme. Mais précisément ainsi, nous nous plaçons contre la vérité. Puisque la vérité est que nous devons partager notre liberté avec les autres et que nous ne pouvons être libres qu’en communion avec eux. Cette liberté partagée ne peut être liberté véritable que si à travers elle nous entrons dans ce qui constitue la mesure même de la liberté, si nous entrons dans la volonté de Dieu. Cette obéissance fondamentale qui fait partie de l’essence de l’homme, un être qui n’est pas par lui-même et uniquement pour lui-même, devient encore plus concrète chez le prêtre : nous ne nous annonçons pas nous-mêmes, mais nous annonçons Dieu et sa Parole, que nous ne pouvions pas élaborer seuls. Nous annonçons la Parole du Christ de manière juste uniquement dans la communion de son Corps. Notre obéissance est une manière de croire avec l’Eglise, de penser et de parler avec l’Eglise, de servir avec elle. Cela recouvre également toujours ce que Jésus a prédit à Pierre : « Tu seras conduit où tu ne voulais pas ». Cette manière de se faire porter là où nous ne voulions pas est une dimension essentielle de notre service, et c’est précisément ce qui nous rend libres. Ainsi guidés, même de manière contraire à nos idées et à nos projets, nous faisons l’expérience d’une chose nouvelle, la richesse de l’amour de Dieu.

« Se tenir devant Lui et Le servir » : Jésus Christ en tant que véritable Souverain Prêtre du monde a conféré à ces paroles une profondeur jusqu’alors inimaginable. Lui, qui comme Fils de Dieu était et est le Seigneur, a voulu devenir ce serviteur de Dieu que la vision du Livre du prophète Isaïe avait prévu. Il a voulu être le serviteur de tous. Il a représenté l’ensemble de son souverain sacerdoce dans le geste du lavement des pieds. A travers le geste de l’amour jusqu’à la fin, Il lave nos pieds sales, avec l’humilité de son service il nous purifie de la maladie de notre orgueil. Ainsi nous rend-il capables de devenir des commensaux de Dieu. Il est descendu, et la véritable ascension de l’homme se réalise à présent dans notre descente avec Lui et vers Lui. Son élévation est la Croix. C’est la descente la plus profonde et, comme l’amour poussé jusqu’au bout, elle est dans le même temps le sommet de l’ascension, la véritable « élévation » de l’homme. « Se tenir devant Lui et Le servir », cela signifie à présent entrer dans son appel de serviteur de Dieu. L’Eucharistie comme présence de la descente et de l’ascension du Christ renvoie ainsi toujours, au-delà d’elle-même, aux multiples manières dont nous disposons pour servir l’amour du prochain. Demandons au Seigneur, en ce jour, le don de pouvoir à nouveau prononcer en ce sens notre « oui » à son appel : « Me voici. Envoie-moi, Seigneur » (Is 6, 8). Amen.

© Copyright du texte original en italien : Librairie Editrice du Vatican

Messe de la dernière Cène : Homélie de Benoît XVI

ROME, Vendredi 21 mars 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie prononcée le Jeudi Saint par Benoît XVI au cours de la messe de la dernière Cène, dans la basilique Saint-Jean-de-Latran.

Chers frères et sœurs,

Saint Jean débute son récit sur la manière dont Jésus lava les pieds de ses disciples avec un langage particulièrement solennel, presque liturgique. « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). L’« heure » de Jésus est arrivée, vers laquelle toute son œuvre était dirigée depuis le début. Jean décrit ce qui constitue le contenu de cette heure, avec deux mots : passage (metabainein, metabasis) et agape – amour. Ces deux mots s’expliquent l’un l’autre ; tous deux décrivent la Pâque de Jésus : la croix et la résurrection, la crucifixion entendue comme élévation, comme « passage »  vers la gloire de Dieu, comme « passage » du monde vers le Père. Ce n’est pas comme si Jésus, après une brève visite dans le monde, repartait désormais et retournait au Père. Ce passage est une transformation. Il emporte avec lui sa chair et l’homme qu’il est. Sur la Croix, dans le don de soi-même, il se fond et se transforme en une nouvelle manière d’être, dans laquelle il est maintenant toujours avec le Père et en même temps avec les hommes. Il transforme la Croix, l’acte de mise à mort, en un acte de don, d’amour jusqu’au bout. Avec cette expression « jusqu’à la fin » Jean renvoie par anticipation à la dernière parole du Christ sur la Croix : tout est porté à son terme, « c’est achevé » (Jn 19,30). Par son amour, la Croix devient metabasis transformation de l’être homme en être participant à la gloire de Dieu. Par cette transformation il nous implique tous, en nous entraînant dans la force transformatrice de son amour au point que, dans notre être avec Lui, notre vie devient « passage », transformation. Nous recevons ainsi la rédemption, nous prenons part à l’amour éternel, une condition à laquelle nous tendons tout au long de notre existence.

Ce processus essentiel de l’heure de Jésus est représenté par le lavement des pieds dans une sorte d’acte symbolique prophétique. Dans le lavement des pieds, Jésus met en évidence à travers un geste concret ce que le grand hymne christologique de l’Epître aux Philippiens décrit comme le contenu du mystère du Christ. Jésus dépose les vêtements de sa gloire, endosse l’« étoffe » de l’humanité et se fait esclave. Il lave les pieds sales des disciples et les rend ainsi capables de partager le banquet divin auquel Il les invite. Aux purifications cultuelles et externes, qui purifient l’homme rituellement, tout en le laissant inchangé, succède le bain nouveau : Il nous rend purs par sa parole et son amour, par le don de soi. « Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre », dira-t-il aux disciples dans son discours sur la vigne (Jn 15,3). Toujours et encore, Il nous lave par sa parole. Oui, si nous accueillons les paroles de Jésus dans une attitude de méditation, de prière et de foi, elles développent en nous la force purificatrice. Jour après jour, nous sommes comme recouverts de salissures diverses, de paroles vides, de préjugés, d’une sagesse réduite et altérée ; une multitude de fausses vérités ou de mensonges s’infiltrent sans cesse dans notre être intérieur. Tout cela blesse et contamine notre âme, tout cela menace de nous rendre incapables de voir la vérité et le bien. Si nous accueillons les paroles de Jésus avec un cœur attentif, elles se révèlent de véritables bains, des purifications de l’âme, de l’homme intérieur. C’est à cela que nous invite l’Evangile du lavement des pieds : toujours nous laisser laver par cette eau pure, nous laisser nous rendre capables de la communion conviviale avec Dieu et nos frères. Cependant, il n’y a pas que de l’eau qui s’écoule du flanc de Jésus après le coup de lance du soldat, mais aussi du sang (Jn 19,34 ; cf. 1 Jn 5, 6.8). Jésus n’a pas seulement parlé, il ne nous a pas laissé que des mots. Il s’est offert. Il nous lave par la puissance sacrée de son sang autrement dit par le don de soi « jusqu’à la fin », jusqu’à la Croix. Sa parole est plus qu’une simple déclaration ; elle est la chair et le sang pour « la vie du monde » (Jn 6, 51). Dans le Saint Sacrement, le Seigneur s’agenouille toujours à nouveau à nos pieds et nous purifie. Prions-le afin que par le bain sacré de son amour nous soyons toujours plus profondément pénétrés et ainsi véritablement purifiés !

Si nous écoutons attentivement l’Evangile, nous relevons deux aspects différents dans l’évènement du lavement des pieds. En lavant les pieds de ses disciples, Jésus accomplit avant tout un acte simple, le don de la pureté, de la « capacité pour Dieu » qui leur est offert. Mais ce don devient ensuite un modèle, le devoir de refaire ce geste les uns pour les autres. Les Pères ont qualifié ce double aspect du lavement des pieds de sacramentum et exemplum. Sacramentum ne signifie pas dans ce contexte l’un des sept sacrements, mais le mystère du Christ dans son ensemble, de l’incarnation jusqu’à la croix et la résurrection : cet ensemble devient la force qui soigne et sanctifie, la force de transformation pour les hommes, il devient notre metabasis, notre transformation en une nouvelle forme d’être, dans notre ouverture à Dieu et dans notre communion avec Lui. Mais cet être nouveau qu’il nous donne simplement, sans que nous le méritions, doit ensuite se transformer en nous dans la dynamique d’une vie nouvelle. L’ensemble du don et de l’exemple que nous trouvons dans la péricope du lavement des pieds est caractéristique de la nature du christianisme en général. Le christianisme n’est pas une sorte de moralisme, un simple système éthique. Il n’y a, à l’origine, ni notre action ni notre capacité morale. Le christianisme est avant tout un don : Dieu se donne à nous, il ne donne pas quelque chose, mais Il se donne lui-même. Et cela n’arrive pas seulement au début, au moment de notre conversion. Il reste en permanence celui qui donne. Il nous offre en permanence ses dons. Il nous précède en permanence. De ce fait l’acte central de l’être chrétien est l’Eucharistie : la gratitude d’avoir été gratifié, la joie pour la vie nouvelle qu’Il nous donne.

Toutefois nous ne restons pas des destinataires passifs de la bonté divine. Dieu nous gratifie comme partenaires personnels et vivants. L’amour donné est la dynamique de l’« amour partagé » ; il veut être en nous une vie nouvelle à partir de Dieu. Ainsi, nous comprenons la parole, que Jésus dit à ses disciples et à nous tous, au terme du récit du lavement des pieds : « Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » (Jn13,34). Le « commandement nouveau » ne consiste pas en une nouvelle et difficile norme qui n’existait pas jusqu’alors. La nouveauté, c’est le don qui nous introduit dans l’esprit du Christ. Si nous considérons cela, nous percevons alors combien nos vies sont souvent éloignées de cette nouveauté du Nouveau Testament ; que nous donnons si peu à l’humanité l’exemple d’aimer en communion avec son amour. Nous restons donc débiteurs à son égard de la preuve de crédibilité de la vérité chrétienne qui se démontre dans l’amour. C’est précisément pour cela que nous devons toujours prier davantage le Seigneur afin que par sa purification, il nous rende mûrs pour le nouveau commandement.

Dans l’Evangile du lavement des pieds la conversation entre Jésus et Pierre nous offre encore un autre détail de la pratique de la vie chrétienne, auquel nous voulons enfin accorder notre attention. Dans un premier temps, Pierre ne
voulait pas se laisser laver les pieds par le Seigneur : ce renversement de situation, autrement dit que le maître, Jésus, lave les pieds, que le maître s’abaisse au travail de l’esclave, s’opposait totalement au respect révérencieux de Pierre pour Jésus, avec sa conception du rapport entre le maître et le disciple. « Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais ! » dit-il à Jésus avec toute la passion dont il était capable (Jn 13, 8). Sa conception du Messie comportait une image de majesté, de grandeur divine. Il devait apprendre toujours à nouveau que la grandeur de Dieu est différente de notre idée de grandeur ; qu’elle consiste précisément en une descente, dans l’humilité du service, dans l’amour radical jusqu’au dénuement total. Nous aussi nous devons l’apprendre encore et toujours parce que systématiquement nous désirons un Dieu de succès et non de passion, parce que nous ne sommes pas en mesure de nous rendre compte que le pasteur est venu comme un Agneau qui se donne et nous conduit ainsi vers le juste pâturage.

Lorsque le Seigneur dit à Pierre que, sans le lavement des pieds, il n’aurait plus pu le suivre, Pierre demande spontanément qu’on lui lave aussi la tête et les mains. Puis vient la parole mystérieuse de Jésus « Qui s’est baigné, n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds » (Jn 13, 10). Jésus fait allusion au bain que ses disciples, selon les prescriptions rituelles avaient déjà pris ; et pour participer a la cène il suffisait de se laver les pieds. Il faut voir naturellement ici une signification plus profonde. A quoi fait-on allusion ? Nous ne le savons pas avec certitude. Dans tous les cas, n’oublions pas que le lavement des pieds, selon le sens de tout le chapitre, n’indique pas seulement un sacrement spécifique, mais le sacramentum Christi dans son ensemble, son service de salut, sa descente jusqu’à la croix, son amour jusqu’à la fin qui nous purifie et nous rend capables de Dieu. Par la distinction introduite ici entre le bain et le lavement des pieds, on perçoit toutefois une allusion à la vie dans la communauté des disciples, à la vie de l’Eglise. Il apparaît clairement que le bain qui nous purifie définitivement et qui ne doit pas être répété est le Baptême, l’immersion dans la mort et la résurrection du Christ, un évènement qui change notre vie profondément en nous donnant comme une nouvelle identité qui demeure, si nous ne la jetons pas comme le fit Judas. Cependant, même avec cette nouvelle identité permanente donnée par le Baptême, nous avons besoin du « lavement des pieds » pour la communion conviviale avec Jésus. De quoi s’agit-il ? Il me semble que la première Lettre de saint Jean nous donne la clef de lecture. On y lit : « Si nous disons : « Nous n’avons pas de péché », nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous. Si nous reconnaissons, si nous confessons nos péchés, lui, fidèle et juste, pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité » (1, 8sq.). Nous avons besoin de ce « lavement des pieds », de ce lavement des péchés quotidiens et pour cela nous avons besoin de la confession des péchés dont parle saint Jean dans cette Lettre. Nous devons reconnaître que dans notre nouvelle identité de baptisés nous péchons également. Nous avons besoin de la confession sous la forme du sacrement de la réconciliation. Par ce sacrement le Seigneur lave toujours à nouveau nos pieds sales afin que nous puissions nous asseoir à table avec Lui.

La parole revêt ainsi une nouvelle signification par laquelle le Seigneur élargit le sacramentum en en faisant l’exemplum, un don, un service envers les frères : « Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Nous devons nous laver les pieds les uns les autres dans le service quotidien et réciproque de l’amour. Nous devons nous laver les pieds dans le sens où nous devons aussi nous pardonner les uns les autres. La dette que le Seigneur nous a remise est toujours infiniment plus grande que toutes les dettes que les autres peuvent avoir envers nous (cf. Mt 18, 21-35). C’est à cela que nous exhorte le Jeudi Saint : ne pas laisser la rancœur envers l’autre empoisonner notre âme. Il nous exhorte à purifier continuellement notre mémoire, en nous pardonnant réciproquement du fond du cœur, en nous lavant les pieds les uns les autres, afin de pouvoir nous rendre ensemble au banquet du Seigneur.

Le Jeudi Saint est un jour de gratitude et de joie pour le grand don de l’amour jusqu’à la fin que nous a fait le Seigneur. En cette heure prions le Seigneur afin que cette joie et cette gratitude deviennent en nous la force d’aimer ensemble avec son amour. Amen.

© Copyright du texte original en italien : Librairie Editrice du Vatican

Dimanche des Rameaux : homélie de Benoît XVI

ROME, Lundi 17 mars 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie que le pape Benoît XVI a prononcée lors de la messe qu’il a présidée place Saint-Pierre le dimanche des Rameaux, également XXIIIe Journée mondiale de la jeunesse.

Chers frères et sœurs,

Chaque année, l’Evangile du Dimanche des Rameaux nous raconte l’entrée de Jésus à Jérusalem. Accompagné de ses disciples et d’une foule croissante de pèlerins, Il était monté de la plaine de Galilée jusqu’à la Cité sainte. Comme des étapes de cette ascension, les évangélistes nous ont transmis trois annonces de Jésus concernant sa Passion, faisant en même temps allusion à l’ascension intérieure qui se déroulait au cours de ce pèlerinage. Jésus marche vers le temple – vers le lieu où Dieu, comme dit le Deutéronome, avait voulu « faire habiter » son nom (cf. 12, 11  ; 14, 23). Le Dieu qui a créé le ciel et la terre s’est donné un nom, il a permis qu’on l’invoque, il a même permis que les hommes puissent presque le toucher. Aucun lieu ne peut Le contenir et pourtant, ou précisément pour cela, Il se donne lui-même un lieu et un nom, afin qu’Il puisse personnellement, Lui qui est le vrai Dieu, y être vénéré comme le Dieu au milieu de nous. Le récit sur Jésus à l’âge de douze ans nous a montré qu’Il aimait le temple comme la maison de son Père, comme sa maison paternelle. Il revient maintenant dans ce temple mais son parcours va au-delà  : le dernier objectif de son ascension est la Croix. C’est l’ascension que la Lettre aux Hébreux décrit comme l’ascension vers la tente qui n’est pas faite de mains d’homme, jusqu’à se trouver en présence de Dieu. L’ascension jusqu’à la présence de Dieu passe par la Croix. C’est l’ascension vers « l’amour jusqu’à la fin » (cf. Jn 13, 1) qui est la vraie montagne de Dieu, le lieu définitif du contact entre Dieu et l’homme.

Au moment de l’entrée à Jérusalem, la foule rend hommage à Jésus comme fils de David avec les paroles du Psaume 118 [117] des pèlerins : « Hosanna au fils de David ! Béni sois celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux ! » (Mt 21, 9). Puis Il arrive au temple. Mais à l’endroit où doit avoir lieu la rencontre entre Dieu et l’homme, Il trouve des marchands d’animaux et des changeurs qui occupent le lieu de prière avec leurs affaires. Le bétail en vente était certes destiné aux sacrifices à immoler dans le temple ; et puisque dans le temple on ne pouvait utiliser les pièces sur lesquelles étaient représentés les empereurs romains qui étaient en opposition avec le vrai Dieu, il fallait les échanger contre des pièces sur lesquelles n’étaient pas représentées des images d’idoles. Mais tout cela pouvait se dérouler ailleurs : l’espace où cela se déroulait était destiné à être l’atrium des païens. En effet, le Dieu d’Israël était l’unique Dieu de tous les peuples. Et même si les païens n’entraient pas, en quelque sorte, au cœur de la Révélation, ils pouvaient cependant s’associer à la prière au Dieu unique, dans l’atrium de la foi. Le Dieu d’Israël, le Dieu de tous les hommes, attendait également toujours leur prière, leur recherche, leur invocation. Mais à présent, les affaires avaient pris le dessus – des affaires légalisées par les autorités compétentes qui recevaient elles aussi une part du gain des marchands. Les marchands agissaient correctement selon le règlement en vigueur, mais le règlement lui-même était corrompu. « L’avidité est l’idolâtrie », dit la Lettre aux Colossiens (cf. 3, 5). C’est l’idolâtrie que rencontre Jésus et face à laquelle il cite Isaïe : « Ma maison s’appellera maison de prière » (Mt 21, 13 ; cf. Is 56, 7) et Jérémie : « Or vous, vous en faites une caverne de bandits » (Mt 21, 13 ; cf. Jr 7, 11). Contre l’ordre mal interprété, Jésus, par son geste prophétique, défend l’ordre véritable, qui se trouve dans la Loi et les Prophètes.

Tout cela doit nous faire réfléchir, nous aussi comme chrétiens : notre foi est-elle suffisamment pure et ouverte, pour que les « païens », les personnes qui sont aujourd’hui en recherche et se posent des questions, puissent, à partir de cette foi, recevoir l’intuition de la lumière du Dieu unique, s’associer à notre prière dans les atrium de la foi et avec leurs interrogations devenir peut-être eux aussi des adorateurs ? Sommes-nous conscients que l’avidité et l’idolâtrie atteignent aussi notre cœur et notre mode de vie ? Ne laissons-nous pas, de différentes manières, les idoles entrer elles aussi dans le monde de notre foi ? Sommes-nous prêts à nous laisser toujours à nouveau purifier par le Seigneur, en lui permettant de chasser en nous et dans l’Eglise tout ce qui lui est contraire ?

Toutefois, dans la purification du temple, il ne s’agit pas seulement de la lutte contre les abus. Une nouvelle heure de l’histoire est annoncée. Ce que Jésus avait annoncé à la Samaritaine concernant sa question sur la vraie adoration est en train de se réaliser : « Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les véritables adorateurs adoreront le Père dans l’esprit et la vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père » (Jn 4, 23). Le temps où des animaux étaient immolés à Dieu est révolu. Depuis toujours, les sacrifices d’animaux avaient été une piètre substitution, un geste de nostalgie de la vraie manière d’adorer Dieu. La Lettre aux Hébreux, sur la vie et l’action de Jésus, cite comme devise une phrase du Psaume 40 [39] : « Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu m’as façonné un corps » (He 10, 5). Aux sacrifices cruels et aux offrandes de vivres succède le corps du Christ, succède sa propre personne. Seul « l’amour jusqu’à la fin », seul l’amour qui pour les hommes se donne totalement à Dieu, est le véritable culte, le véritable sacrifice. Adorer en esprit et en vérité signifie adorer en communion avec Celui qui est la vérité ; adorer dans la communion avec son Corps, dans lequel l’Esprit Saint nous réunit.

Les évangélistes nous racontent que, lors du procès contre Jésus, de faux témoins se présentèrent et affirmèrent que Jésus avait dit : « Je peux détruire le Temple de Dieu et, en trois jours, le rebâtir » (Mt 26, 61). Devant le Christ suspendu à la Croix certains se moquent en faisant référence à cette même parole et crient : « Toi qui détruis le Temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même » (Mt 27, 40). Dans son récit de la purification du temple, Jean nous a transmis la juste version de la parole, telle qu’elle a été prononcée par Jésus lui-même. Face à la demande d’un signe par lequel Jésus devait se justifier pour une telle action, le Seigneur répondit : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 18 sq.). Jean ajoute que, repensant à cet événement après la Résurrection, les disciples comprirent que Jésus avait parlé du Temple de son Corps (cf. 2, 21 sq.). Ce n’est pas Jésus qui détruit le temple ; celui-ci est abandonné à la destruction par l’attitude de ceux qui ont transformé le lieu de la rencontre de tous les peuples avec Dieu, en une « caverne de bandits », le lieu de leurs affaires. Mais, comme toujours depuis la chute d’Adam, l’échec des hommes devient l’occasion d’un engagement encore plus grand de l’amour de Dieu à notre égard. L’heure du temple de pierre, l’heure des sacrifices d’animaux était passée : le fait que maintenant le Seigneur chasse les marchands empêche non seulement un abus mais indique une nouvelle action de Dieu. Le nouveau Temple se forme : Jésus Christ lui-même, à travers lequel l’amour de Dieu se penche sur les hommes. Dans sa vie, Il est le Temple nouveau et vivant. Lui qui est passé à travers la Croix et est ressuscité, Il est l’espace vivant d’esprit et de vie, dans lequel se réalise la juste adoration. Ainsi, la purification du temple, comme sommet de l’entrée solennelle
de Jésus à Jérusalem, est à la fois le signe de la destruction imminente de l’édifice et la promesse du nouveau Temple ; promesse du royaume de la réconciliation et de l’amour qui, dans la communion avec le Christ, est instauré au-delà de toute frontière.

Saint Matthieu, dont nous écoutons l’Evangile cette année, rapporte à la fin du récit du Dimanche des Rameaux, après la purification du temple, encore deux petits événements qui, à nouveau, ont un caractère prophétique et qui nous font clairement voir encore une fois quelle est la volonté véritable de Jésus. Immédiatement après la parole de Jésus sur la maison de prière de tous les peuples, l’évangéliste continue ainsi : « Des aveugles et des boiteux s’approchèrent de lui dans le Temple, et il les guérit ». En outre, Matthieu nous dit que des enfants répétèrent dans le temple l’acclamation que les pèlerins avait prononcée à l’entrée de la ville : « Hosanna au fils de David ! » (Mt 21, 14sq.)

Jésus oppose sa bonté qui guérit au commerce des animaux et aux affaires d’argent. C’est elle la vraie purification du temple. Il ne vient pas comme destructeur ; il ne vient pas avec l’épée du révolutionnaire. Il vient avec le don de la guérison. Il se consacre à ceux qui, à cause de leur maladie sont poussés jusqu’aux dernières extrémités de leur vie et en marge de la société. Jésus présente Dieu comme Celui qui aime, et son pouvoir comme le pouvoir de l’amour. Et ainsi, il nous dit ce qui fera pour toujours partie du juste culte de Dieu : la guérison, le service, la bonté qui guérit.

Et il y a ensuite les enfants qui rendent hommage à Jésus comme fils de David et exclament l’Hosanna. Jésus avait dit à ses disciples que, pour entrer dans le royaume de Dieu, ils auraient dû redevenir comme les enfants. Il s’est lui-même fait tout petit pour venir à notre rencontre, pour nous conduire vers Dieu, lui qui embrasse le monde entier. Pour reconnaître Dieu nous devons nous défaire de l’orgueil qui nous éblouit, qui veut nous éloigner de Dieu, comme si Dieu était notre concurrent. Pour rencontrer Dieu il faut être capables de voir avec le cœur. Nous devons apprendre à voir avec un cœur jeune, qui n’est pas entravé par des préjugés et aveuglé par des intérêts. Ainsi, chez les petits qui Le reconnaissent avec un tel cœur libre et ouvert, l’Eglise a vu l’image des croyants de tous les temps, sa propre image.

Chers amis, en ce moment nous nous associons à la procession des jeunes de l’époque, une procession qui traverse l’histoire tout entière. Nous allons à la rencontre de Jésus avec tous les jeunes du monde. Laissons-Le nous guider vers Dieu pour apprendre de Dieu lui-même la juste manière d’être hommes. Avec Lui, remercions Dieu car Jésus, le Fils de David, nous a donné un espace de paix et de réconciliation qui embrasse le monde. Prions-Le, afin de devenir nous aussi avec Lui et à partir de Lui des messagers de sa paix, afin qu’en nous et autour de nous grandisse son Royaume. Amen.

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