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Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face @Carmel de Lisieux

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Thérèse, Docteur de la Miséricorde Infinie (2/7)

Thérèse a reçu dans la pure foi ce don de la Miséricorde Infinie

« L’Offrande à l’Amour Miséricordieux, comme centre de la vie et de la doctrine de sainte Thérèse de Lisieux »: c’est le titre de cette conférence du P. François-Marie Léthel, ocd, que nous publierons en sept épisodes, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

« Déclarée Docteur de l’Eglise par le saint Pape Jean-Paul II, la petite Thérèse est le grand Docteur de la Miséricorde pour tout le Peuple de Dieu, et son Offrande à l’Amour Miséricordieux est à la fois le centre et le point culminant de son enseignement », écrit d’emblée le P. Léthel.

Nous avons publié le premier volet hier, mardi 26 avril 2016. Voici le deuxième volet. Les cinq prochaines éditions seront publiées les 28 et 29 avril puis les 2, 3 et 4 mai.

I/ « A moi, Il a donné sa Miséricorde Infinie… » : La foi et l’espérance en la Miséricorde

a/ La foi en la Miséricorde (Conclusion du Manuscrit A)

            A la fin du Manuscrit A, Thérèse commence le récit de l’Offrande à l’Amour Miséricordieux par un très beau texte concernant la Miséricorde et la Justice contemplées comme « perfections divines » ou attributs divins. C’est le fondamental point de vue de la foi illuminée par la Parole de Dieu, et ici par une citation de l’Ancien Testament:

Après tant de grâces ne puis-je pas chanter avec le psalmiste : “ Que le Seigneur est bon, que sa miséricorde est éternelle. ” Il me semble que si toutes les créatures avaient les mêmes grâces que moi, le Bon Dieu ne serait craint de personne, mais aimé jusqu’à la folie, et que par amour, et non pas en tremblant, jamais aucune âme ne consentirait à Lui faire de la peine… Je comprends cependant que toutes les âmes ne peuvent pas se ressembler, il faut qu’il y en ait de différentes familles afin d’honorer spécialement chacune des perfections du Bon Dieu. A moi Il a donné sa Miséricorde infinie et c’est à travers elle que je contemple et adore les autres perfections Divines !… Alors toutes m’apparaissent rayonnantes d’amour, la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d’amour (Ms A, 83v).

Pour comprendre toute la profondeur théologique de ces simples paroles de Thérèse, il faudrait relire le beau texte de saint Jean de la Croix sur les « lampes de feu » des attributs divins (Vive Flamme str III), et aussi le grand traité sur Dieu Un au début de la Somme Théologique de St Thomas d’Aquin (I q. 2-26). Docteur de l’Eglise, Thérèse est par excellence Docteur de la Miséricorde, à travers laquelle elle contemple la Justice et tous les autres attributs Divins. C’est le Mystère de l’adorable Unité de la Nature ou Essence Divine, commune aux Trois Personnes : Père, Fils et Esprit-Saint. C’est l’unique et adorable Divinité qui est unie à notre Humanité dans la Personne de Jésus, le Fils Incarné.

Thérèse connaissait ce texte de saint Jean de la Croix expliquant comment Dieu se communique aux âmes saintes à travers les « lampes de feu » de ses attributs divins, en leur faisant expérimenter l’une ou l’autre de ces « lampes de feu ». Il rappelle à ce propos la doctrine de saint Thomas concernant l’ »Etre unique et simple » de Dieu (I q 3-11), qui renferme toute la multitude de ses attributs. Parce que Dieu est simple, sans aucune composition, ses attributs qui nous semblent différents et même en opposition, comme la Miséricorde et la Justice, sont en réalité absolument identiques. Ainsi la Miséricorde est essentiellement juste, comme la Justice est essentiellement miséricordieuse, parce que la Justice est réellement identique à la Miséricorde. En face d’une fausse conception de la Justice sans la Miséricorde (dans le climat janséniste) Thérèse ne choisit pas la Miséricorde sans la Justice, ce qui serait également faux (et qui est aujourd’hui un risque) mais elle contemple la Justice à travers la Miséricorde, ce qui correspond exactement à la théologie de saint Paul. Pour lui, l’effet propre de la justice de Dieu n’est pas de juger ni de condamner le pécheur, mais au contraire, de le justifier gratuitement par la Rédemption qui est dans le Christ Jésus (cf Rm 3, 21-26), ce qui est la plus grande œuvre de la Miséricorde[1].

Ce que Thérèse affirme ici concernant ces différentes familles d’âmes qui « honorent spécialement chacune des perfections du Bon Dieu » est encore une clef de la théologie des saints. Souvent on trouve la dominante de l’un ou de l’autre attribut divin, par exemple de l’Etre chez saint Thomas, de la Bonté chez Denys l’Aréopagite, de la Justice chez saint Anselme. Mais cet attribut dominant n’exclut jamais les autres : jamais l’Etre sans la Bonté, ni la Bonté sans l’Etre, de même que jamais la Miséricorde sans la Justice ni la Justice sans la Miséricorde. Mais dans la théologie des différents saints, la « dominante » de tel ou tel attribut donne un climat spirituel d’une particulière beauté. La « dominante » de la Miséricorde chez Thérèse donne ce climat de confiance absolue, de cet amour parfait qui bannit totalement la crainte (cf I Jn 4, 18).

Sans aucune vision ni révélation particulière, Thérèse a donc reçu dans la pure foi ce don de la Miséricorde Infinie. Cette nouvelle connaissance de la Miséricorde est source d’un nouveau déploiement de l’espérance comme espérance du salut et de la sainteté.

(à suivre)

***

NOTE

            [1] Dans le texte grec de saint Paul, le verbe qui correspond à la justice est en effet le verbe justifier. En latin (et dans nos langues dérivant du latin), le verbe correspondant à la justice est le verbe juger ; ce qui donne évidemment une tonalité différente.

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