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Religieux scalabriniens © Vatican Media

Religieux scalabriniens © Vatican Media

Scalabriniens: «Nous aussi, nous sommes des étrangers», explique le pape (traduction 1/2)

Dialogue avec les missionnaires de Saint-Charles

« Nous ne sommes pas les maîtres », « nous aussi, nous sommes des étrangers », affirme le pape. « Être un étranger … c’est très important » : « À partir de sa propre expérience d’étranger, que ce soit pour les études ou pour les destinations, grandit la connaissance de ce que veut dire accueillir un étranger. »

Le pape François a reçu en audience les participants au XVe Chapitre général de la Congrégation des Missionnaires de Saint Charles (Scalabriniens), le lundi matin 29 octobre 2018, dans la Salle du Consistoire du Palais apostolique. Au cours de la rencontre, le pape a prononcé un discours improvisé et a répondu à quelques questions en italien et en espagnol.

Le pape a expliqué pourquoi « le bien-être est suicidaire » : il nous amène « à fermer les portes » et « à ne pas être féconds », a-t-il dit : « Nous connaissons ce drame aujourd’hui : un hiver démographique et une fermeture des portes. »

Le pape a parlé du « danger pour nous tous » qui consiste à « ne pas avoir besoin de prière ». Il est important, a-t-il noté, de « se tenir devant le Seigneur et frapper à la porte, comme fait le migrant qui frappe à la porte ».

Voici notre traduction du dialogue improvisé par le pape François en italien (et ensuite en espagnol).

Nous avons publié hier le discours non prononcé mais remis par le pape aux missionnaires.
MD

Dialogue improvisé par le pape, première partie

Pape François 

J’ai préparé quelques mots à vous dire, mais je les remets au Père Général. Je préfère parler un peu avec le cœur, et si j’ai le temps, donner l’occasion de poser quelques questions. J’aimerais commencer par vous remercier pour ce que vous faites. J’ai eu la grâce de vous connaître avant d’être archevêque de Buenos Aires, parce que vos étudiants étudiaient dans notre faculté. De braves garçons ! Puis, en tant qu’archevêque, j’ai eu votre aide dans cette ville qui avait tant de problèmes d’immigration. Merci infiniment ! Et maintenant, merci de nous avoir donné l’un des deux sous-secrétaires pour les migrants. Ils fonctionnent si bien tous les deux.

« J’étais un étranger ». Ce mot m’a interpellé quand vous l’avez dit… Il est plus facile d’accueillir un étranger que d’être accueilli, et vous devez faire les deux choses. Vous devez enseigner, aider à accueillir l’étranger, et donner toutes les possibilités aux nations qui ont tout ou assez pour utiliser ces quatre mots que vous avez prononcés. Comment accueillir un étranger. La Parole de Dieu me touche tellement : déjà dans l’Ancien Testament, elle le souligne : accueillir l’étranger, « parce que souviens-toi que tu as été un étranger ». Il est vrai qu’il y a aujourd’hui une vague de fermeture à l’égard de l’étranger, et qu’il y a aussi de nombreuses situations de trafic d’étrangers : l’étranger est exploité. Je suis fils de migrants, et je me souviens qu’après la guerre – j’étais un petit garçon de 10/12 ans – quand, là où papa travaillait, les Polonais sont arrivés pour travailler, tous des migrants, et combien ils étaient bien reçus. L’Argentine a cette expérience d’accueil, parce qu’il y avait du travail et on avait besoin. Et l’Argentine – d’après mon expérience – est un cocktail de vagues migratoires, vous le savez mieux que moi. Parce que les migrants construisent un pays, comment ils ont construit l’Europe. Parce que l’Europe n’est pas née de cette façon, l’Europe a été faite par de nombreuses vagues de migration au cours des siècles.

Une fois vous avez utilisé un mauvais mot : « bien-être ». Mais le bien-être est suicidaire, parce qu’il vous amène à deux choses. À fermer les portes, pour qu’on ne te dérange pas : seules les personnes qui servent à mon bien-être peuvent entrer. Et il amène par ailleurs, pour ce bien-être, à ne pas être féconds. Nous connaissons ce drame aujourd’hui : un hiver démographique et une fermeture des portes. Cela doit nous aider à comprendre un peu ce problème de l’accueil de l’étranger : oui, c’est un étranger, il n’est pas des nôtres, il vient de l’extérieur. Mais comment accueillir un étranger ? Et c’est le travail que vous faites et que vous aidez à faire : former des consciences pour bien le faire. Et je vous en remercie.

Mais il y a l’autre dimension. Nous ne sommes pas les maîtres qui disent : « Ah, vous, si vous êtes étrangers, venez ». Non, nous aussi, nous sommes des étrangers. Et si nous n’essayons pas d’être accueillis par les gens, par ceux qui sont migrants et par ceux qui ne le sont pas, il manque une autre partie de notre conscience : nous deviendrons des « maîtres », les maîtres de l’immigration, ceux qui en savent plus sur les migrations. Non, il faut avoir, dans votre expérience religieuse, cette expérience : être vous aussi des migrants, au moins des migrants culturels. C’est pourquoi j’ai toujours aimé, dans votre itinéraire de formation, le fait que vous faites tourner les étudiants : faire de la théologie par-ci, de la philosophie par-là…, pour qu’ils puissent connaître plusieurs cultures. Être un étranger. Et c’est très important. À partir de sa propre expérience d’étranger, que ce soit pour les études ou pour les destinations, grandit la connaissance de ce que veut dire accueillir un étranger.

Ces deux choses, ces deux directions sont très importantes, et vous devez bien les faire. C’est la première chose que je voulais dire.

Et puis vous avez utilisé un autre mot : prier. Le migrant prie. Il prie parce qu’il a besoin de tant de choses. Et il prie à sa manière, mais il prie. Un danger pour nous tous, hommes et femmes de l’Église, mais pour vous encore plus, pour votre vocation, serait de ne pas avoir besoin de prière. « Oui, oui, je pense, j’étudie, mais je ne sais pas mendier, je ne sais pas demander d’être accueilli par le Seigneur, puisque moi aussi je suis un migrant vers le Seigneur ». C’est pourquoi j’ai aimé quand vous avez parlé de prière : cette prière si souvent ennuyeuse, ou qui vous angoisse. Mais se tenir devant le Seigneur et frapper à la porte, comme fait le migrant qui frappe à la porte. Comme l’a fait cette « migrante » en Israël – une syro-phénicienne – qui a réussi aussi à discuter avec le Seigneur (cf. Mt 15, 21-28). Frapper à la porte de la prière. Être migrants dans l’expérience de la migration, comme vous le faites dans les destinations, et être migrants dans la prière, frapper à la porte pour être reçus par le Seigneur : c’est une aide très importante.

Et un autre phénomène des migrants – pensons à la caravane qui va du Honduras aux États-Unis – c’est la massification. Le migrant essaie généralement de partir en groupe. Parfois, il doit aller seul, mais il est normal de bouger en masse, parce que nous nous sentons plus forts dans la migration. Et il y a la communauté. Dans le football, il y a les joueurs « libres », qui peuvent se déplacer en fonction des opportunités, mais chez vous il n’y a aucune possibilité, chez vous les joueurs « libres » échouent. Toujours la communauté. Toujours en communauté, parce que votre vocation est précisément pour les migrants qui bougent en masse. Sentez-vous des migrants. Sentez-vous, oui, migrants face aux besoins, des migrants face au Seigneur, des migrants parmi vous. Et pour cela le besoin de s’amasser.

Ces trois choses me sont venues à l’esprit quand vous parliez. Ces idées qui pourraient vous aider. Je vous remercie pour tout ce que vous faites. Vous êtes un exemple. Et vous êtes courageux, parce que vous allez souvent au-delà des limites, vous risquez. Et le risque est aussi une caractéristique du migrant. Il est en danger. Il risque aussi sa vie parfois. Et c’est une chose qui aide : courageux, ils savent prendre des risques. La prudence chez vous a un autre ton que la prudence d’un moine cloîtré : ce sont des prudences différentes. Toutes les deux des vertus, mais de tonalités différentes. Risquer.

Il reste du temps. Je ne sais pas si quelqu’un veut poser des questions pour enrichir la réunion. Allez-y…

Première question d’un Scalabrinien [en italien] :

Saint-Père, je voudrais tout d’abord vous remercier pour cette rencontre – même si le Supérieur général l’a déjà fait – et vous remercier au nom de tant de migrants qui m’ont demandé aujourd’hui de vous dire qu’ils vous aiment beaucoup. Nous voulons vous remercier pour tous les enseignements, nous voulons vous remercier spécialement pour ce que vous faites – le Supérieur l’a rappelé aujourd’hui – et nous voulons aussi vous demander de ne jamais vous lasser de demander à l’Église et à nous, Scalabriniens, surtout aujourd’hui, d’être des « évangélisateurs avec l’Esprit », comme vous avez si bien dit dans Evangelii gaudium et dans Gaudete et exultat. Merci et demandez-nous toujours ça !

Pape François :

Merci à toi ! Un autre courageux ?

Demande d’un Scalabrinien[en italien] :

Sainteté, de votre point de vue, qui est universel, où devrions-nous aller ?

Pape François

Vous n’êtes pas si nombreux à aller là où il y a des besoins : aujourd’hui, il y a partout besoin. Le choix des lieux se fait par le discernement, le discernement devant le Seigneur et face aux besoins qui existent dans le monde. Et ce n’est pas facile, ce n’est pas facile de choisir celui-ci. Il y a deux mots qui peuvent m’aider à vous répondre. L’un est toujours le magis : toujours plus, toujours plus, parce que Dieu vous attire ainsi. Allez plus loin. Aller sans se lasser d’aller au-delà, au-delà, vers de nouvelles frontières. C’est un bon choix pour mesurer. Et l’autre est une devise que saint Thomas dit en latin dans la première partie de la Summa Theologica: « Non coerceri a maximo, contineri tamen a minimo divinum est ». « Ne pas être sujets à de grandes choses, mais tenir compte des plus petites, c’est divin ». Et il n’est pas facile de choisir dans cette tension : « Non coerceri a maximo » non, avoir un horizon, sans avoir peur, mais « contineri tamen a minimo » : « ceci est divin ». Et Dieu agit ainsi, parce que Dieu est Dieu de l’univers, de l’histoire du salut, est le Maximus. C’est le Dieu du sacrifice de la Croix : l’amour suprême. Et c’est aussi le Dieu qui prend soin de chaque personne, du « plus petit » : il est capable d’ouvrir la porte du Paradis à un voleur.

Avec ces deux critères : le magis, et aussi cette tension, je crois que vous pouvez faire de bons choix.

Et un bon choix c’est la capacité de dire au revoir. Cela n’arrive pas seulement à vous, à tout le monde. Le moment est venu que Dieu demande par obéissance à Lui, ou par obéissance par les supérieurs, de prendre congé, de le faire. Prendre congé n’est pas facile. Il y a de bons congés : Vous êtes heureux de dire au revoir au poste de Supérieur général, aujourd’hui ! Il est heureux. Mais prendre congé est difficile, parce qu’on s’habitue au travail, on s’habitue à la communauté, on s’habitue au peuple, on s’habitue… Et dire non et reculer, il faut du courage, et il faut de la sainteté pour bien le faire. La capacité de prendre congé quand c’est la volonté de Dieu, que ce soit par obéissance ou pour d’autres raisons, ou par inspiration, qui vous dit : « ça suffit ». Cela aide à faire de bons choix. Je ne sais pas si j’ai répondu, mais ces deux principes aideront suffisamment.

(à suivre)

(c) Traduction de Zenit. Océane Le Gall

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