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Messe du 8 oct. 2018 à Ste Marthe © Vatican Media

Messe du 8 oct. 2018 à Ste Marthe © Vatican Media

Sainte-Marthe : un prêtre fête ses 70 ans d’ordination avec le pape

Prêtre au milieu des gens

« Prêtre au milieu des gens, l’étreinte du pape et Don Reno Pisaneschi, quatre-vingt-quinze ans », c’est le titre de L’Osservatore Romano du 10 octobre 2018 qui livre le témoignage d’un vieux prêtre italien venue célébrer ses 70 ans d’ordination avec le pape François.

Voici notre traduction de cet article :

« J’ai trouvé en ce pape un papa » : il a encore les yeux baignés de larmes, Don Reno Pisaneschi, un prêtre toscan de 95 ans, qui a assisté ce matin à la messe du pape à Sainte-Marthe. A la fin du rite « François m’a béni – raconte-t-il à L’Osservatore Romano – et nous nous sommes embrassés. J’ai pleuré de joie, d’émotion, parce que j’ai vu comment il se soucie de toutes les personnes présentes, de leurs exigences, de leurs besoins. C’est vivre ensemble ».

L’esprit lucide (il cite par cœur les dates, les noms et les circonstances), la barbe blanche épaisse, le vieux prêtre qui marche avec une canne est venu au Vatican pour célébrer avec le pape le 70e anniversaire de son ordination. Il a été ordonné prêtre le 27 juin 1948 par Mgr Antonio Bagnoli, après des études au séminaire de Volterra : « le diocèse du pape saint Lin, le premier successeur de Pierre », dit-il.

Dans sa biographie, il y a l’expérience de nombreux prêtres italiens qui, dans les régions « rouges » de l’après-guerre, ont été contraints « à une bataille quotidienne sans fin entre l’annonce de l’Évangile et la politique. A tel point – explique-t-il – que nous devions organiser des rassemblements sur les places, pendant les périodes électorales ».

Né le 19 mars 1924 à Castagneto Carducci, Don Reno Pisaneschi a été envoyé un an après son sacerdoce comme curé au Collalto di Casole d’Elsa, où il est resté une dizaine d’années. « C’était un endroit sans eau potable, sans magasins et sans moyens de communication. Il y avait plus d’animaux que d’habitants », se souvient-il avec une amère ironie. Dans les dites « montagnes de Sienne », le jeune curé vit dans la misère, aidé seulement par un facteur local. Mais rien ne l’arrête : il se déplace à pied ou à vélo, parcourant des kilomètres inlassablement, jusqu’à ce que, grâce à un don de Pie XII, il arrive à acheter une Vespa. « J’avais cinq cents paroissiens et je disais trois messes par jour : une dans la paroisse, une dans une église succursale et une dans une chapelle privée, mais j’arrivais à peine à réunir soixante personnes. Parce que cette zone était rouge, et l’était fortement », dit-il, en évoquant l’orientation politique des habitants. Au point que, lorsque le curé de Cevoli, dans la province de Florence, fut tué à quelques kilomètres de là, Don Reno fut persuadé par les Carabiniers d’acheter une arme pour se défendre. « Ils savaient qu’un chef de cellule local ne supportait pas que je rende visite à ses parents malades. Au pied de leur lit, il n’y avait pas de crucifix, mais une peinture de Staline. Je me promenais avec l’huile sacrée et l’arme dans ma poche. Mais je ne m’en suis jamais servi, sauf pour m’entraîner », souligne-t-il légèrement sarcastique.

En s’abandonnant aux souvenirs, le prêtre devient un flot de paroles. Comme un fleuve en crûe, ou plutôt deux, souligne-t-il en plaisantant, car « Don » en toscan-émilien est aussi un nom russe, le même que celui de la grande voie navigable qui traverse l’Europe centrale. C’est ainsi que nous arrivons en 1958, lorsqu’il est envoyé à Cecina de Livourne, où il vit toujours. Nommé aumônier de l’hôpital et vicaire de la paroisse locale des Saints Joseph et Léopold, « pendant plus de trente ans, dit-il, j’ai donné des cours de religion à l’Institut Magistral, j’ai collaboré dans la paroisse au catéchisme, aux confessions et aux messes. Aujourd’hui encore, j’écoute les pénitents et je célèbre la messe à 9h30 du matin, même si cela me fatigue ». Mais c’est surtout à l’hôpital que Don Pisaneschi a exercé son ministère, des urgences à la salle d’opération, « toujours avec les malades, en les soignant, les aidant dans leurs besoins pratiques et spirituels. J’ai habillé les morts, j’ai tenu la main des personnes à qui l’on devait amputé les membres, je transcrivais les rapports sous la dictée des chirurgiens après les opérations ; j’ai même participé à une opération. Et cette expérience, ajoute-t-il, « a fait murir en moi le saint vice de soigner les malades ». C’est pourquoi il est depuis longtemps un point de référence pour les initiatives en faveur de la santé publique en Toscane. Et à ceux qui lui demandent quel est le secret de tant d’énergie, il répond sans hésitation : « L’Évangile de Jean commence en disant que le verbe s’est fait chair et est venu habiter ‘parmi’ nous. Donc les prêtres aussi doivent être au milieu des gens. Même dans cette satanée crise des abus dans l’Église, ce n’est que si nous sommes avec les gens, ‘au milieu d’eux’, que nous pouvons les inviter à regarder vers le haut. »

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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