S. Bonaventure, «une raison ouverte au mystère et une foi raisonnable» par le p. Messa ofm

VIIIe centenaire de la naissance du grand franciscain

S. Bonaventure, Giulio Cesare Bianchi, Albero francescano, 1762, courtoisie du P. P. Messa

S. Bonaventure, Giulio Cesare Bianchi, Albero francescano, 1762, courtoisie du P. P. Messa

La fête de saint Bonaventure sera célébrée avec une solennité particulière en raison du huitième centenaire de sa naissance (1217-2017) vendredi et samedi 14 et 15 juillet, dans sa ville de Bagnoregio (Latium, Italie). Le p. Pietro Messa, ofm, en parle aux lecteurs de Zenit.

Pietro Messa, frère mineur, est professeur d’histoire du franciscanisme à l’Université pontificale Antonianum. De 2005 à 2017, il a été président, dans ce même centre académique, de l’École supérieure d’études médiévales et franciscaines ; parmi ses publications, on se souvient de ‘François d’Assise et la miséricorde’, écrit avec Mgr Paolo Martinelli (Bologne, 2015)

ZENIT – Père Messa, on fête saint Bonaventure. Comment et pourquoi ?

Pietro Messa ofm – Le franciscain Bonaventure de Bagnoregio est mort à Lyon, où il se trouvait pour participer au concile réuni par le pape Grégoire X, le 15 juillet.  Quand le pape Sixte IV le canonisa en 1482, sa fête liturgique fut établie, selon la tradition de l’Église, en son « dies natalis », c’est-à-dire le jour de la naissance à la vie éternelle et donc le 15 juillet. La célébration est devenue plus solennelle après que le pape Sixte V, en 1588, l’a déclaré Docteur de l’Église ; en cette année 2017, c’est aussi le huitième centenaire de sa naissance en 1217.

La statue du saint veille sur la Place Saint-Pierre : qu’est-ce que cela signifie pour l’Église ?

Il est très significatif que la série des saints qui ornent la Colonnade du Bernin partent de la droite de la Basilique Saint-Pierre avec saint Bonaventure et, de la gauche, avec saint Thomas d’Aquin. Avant tout, il faut se rappeler que ces deux théologiens déclarés tous deux Docteurs de l’Église sont une référence importante pour la compréhension de la foi et de la culture au point que l’année de leur mort, à savoir 1274, a été indiquée carrément comme un changement d’époque, c’est-à-dire la fin du Moyen-Âge.

Leur position les indique presque comme les deux colonnes de référence pour une raison ouverte au mystère et une foi raisonnable, condition nécessaire pour ne pas céder à la tentation d’un quelconque intégrisme, fondamentalisme ou fidéisme dont les effets dévastateurs peuvent se voir encore aujourd’hui.

Le pape Benoît a consacré sa thèse à saint Bonaventure : que dit sa théologie aux « non théologiens » aujourd’hui ?

L’histoire de la thèse de Joseph Ratzinger n’a pas été du tout linéaire et déjà c’est un stimulant pour vaincre une certaine paresse intellectuelle qui empêche d’approfondir des pages de l’histoire oubliées ou qui fait répéter de manière ennuyeuse des jugements donnés pour acquis et qui, au contraire, ont besoin d’être vérifiés sur les sources. En outre, une telle étude offre de nombreux aspects pour la compréhension de l’histoire, l’idée de progrès, l’ecclésiologie et d’autres questions qui exigent des réponses aujourd’hui aussi.

Que nous transmet de saint François ce grand franciscain ?

Avant tout, dans sa ‘Vie de saint François’, Bonaventure n’offre pas un historique du saint d’Assise mais il en fait une lecture théologique selon le genre hagiographique. Si l’on ne considère pas que cette œuvre, comme toute hagiographie, est une lecture théologique de l’histoire qui n’élimine pas l’histoire, on en vient facilement à parler de mythe et d’histoire niée comme cela s’est produit récemment.

Un des aspects caractéristiques de l’histoire spirituelle du saint d’Assise selon Bonaventure est que sa sagesse fut l’humilité. C’est justement cela qui le rendit docile à l’action de l’Esprit-Saint qui le conforma à Jésus au point de pouvoir en arriver à affirmer qu’il était la mémoire vivante du Christ dans son temps et pour son temps.

Pourquoi, à l’occasion du centenaire de la naissance, une publication au titre compliqué comme celle de Barbara Faes ‘Bonaventura da Bagnoregio: un itinerario tra edizioni, ristampe e traduzioni’ (Bonaventure de Bagnoregio : un itinéraire entre éditions, réimpressions et traductions) ?

Le cardinal Tauran a observé avec finesse qu’aujourd’hui le danger est celui d’un affrontement d’ignorances plus que de civilisations. En effet, en raison aussi des réseaux sociaux, beaucoup de nouvelles fausses, manipulées, partielles, se répandent. C’est pourquoi il est important d’aller aux sources ; certes, cela implique un travail exigeant mais comme le redit souvent un chercheur franciscain, le p. Giovanni Boccali, « les choses qui naissent en vitesse finissent en vitesse, celles qui naissent lentement durent dans le temps ». Connaître, étudier et divulguer la vie et la pensée de Bonaventure, comme le firent par exemple de Romano Guardini à Giuseppe De Luca, d’Étienne Gilson à Hans Urs von Balthasar, voilà certainement un bon investissement pour le présent mais surtout pour l’avenir.

Le livre sera présenté à Bagnoregio vendredi 14 juillet à 16h30 à l’auditorium de l’Hôtel de Ville, avec la participation du P. Pietro Messa, de Filippo Sedda, de Fortunato Frezza, et de l’auteur, Barbara Faes.

La présentation sera suivie, à 18h à la cathédrale de Bagnoregio, des premières vêpres de la solennité de S. Bonaventure (http://www.aisscaweb.it/wp-content/uploads/2017/07/bonaventura.pdf)

Traduction de Constance Roques

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