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Blaj (Roumanie) rencontre avec les Roms © Vatican Media

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Rencontre avec les Roms à Blaj: « Un pont entre mon coeur et le vôtre » (texte complet)

« Marcher ensemble dans la dignité »

« Je vous ai rencontrés pour faire un pont entre votre coeur et le mien », déclare le pape François à la communauté des Roms dont il a rencontré quelques centaines en Roumanie, à Blaj. Il a demandé pardon pour les discriminations vécues et il a invité au pardon, à ne pas entretenir de rancoeurs.

Le pape François a quitté le palais épiscopal majeur de Blaj (Roumanie), ce dimanche, 2 juin 2019, et il s’est rendu en voiture dans le quartier Barbu Lautaru où, à 15h45 (14h45, heure de Rome), il a rencontré la communauté des Roms de la ville dans la nouvelle église dédiée à Saint-André apôtre et à l’évêque martyr Ioan Suciu (Blaj, 1907- prison de Sighet, 1953), béatifié le matin même, autrefois engagé pour l’annonce de l’Evangile aux Roms.

Le pape a invité les Roms  à s’engager: « S’engager à marcher ensemble dans la dignité : la dignité de la famille, la dignité de gagner le pain de chaque jour – c’est ce qui te fait avancer – et la dignité de la prière. Toujours en regardant en avant. »

Devant l’église, le pape a béni une stèle catholique en mémoire de sa visite et qui rappelait l’extermination des roms sous le nazisme.

Blaj (Roumanie) rencontre avec les Roms © Vatican Media

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Le quartier rom est « pauvre mais pas misérable », l’église « petite, mais élégante », avec les icônes néo-byzantines: « beaucoup de gens attendent le pape dans un climat retenu et joyeux à la fois ». Sa première pierre avait été bénie le 1er octobre 2017 par le cardinal Leonardo Sandri et elle a été consacrée en mai dernier.

À son arrivée, le pape est accueilli par l’évêque, par une famille et par des enfants qui lui offrent des fleurs qu’il place devant l’icône de la Vierge. Avant d’entrer dans l’église, qui peut contenir environ 60 personnes, l’évêque présente au pape François le Crucifix et l’eau bénite pour l’aspersion.

Puis, après le témoignage d’un prêtre gréco-catholique de l’ethnie rom, le choeur des enfants, de l’ONG « Concordia », qui s’engage dans l’aide sociale, à Bucarest, Sofia, Moldavie, Autriche, a interprété un chant: il a de nouveau chanté pour le pape après la rencontre.

Puis le pape François a lu son allocution.

Après la prière du Notre Père et la bénédiction finale, le  pape a quitté Blaj pour rejoindre l’aéroport de Sibiu et repartir à Rome.

Voici le texte officiel de l’allocution du pape François.

AB

Blaj (Roumanie) rencontre avec les Roms © Vatican Media

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Allocution du pape François

Chers frères et soeurs, bonjour !

Je suis heureux de vous rencontrer et je vous remercie pour votre accueil. Toi, Don Ioan, tu n’as pas tort d’affirmer cette conviction aussi certaine qu’elle est parfois oubliée : dans l’Église du Christ, il y a de la place pour tous.

S’il n’en était pas ainsi, ce ne serait pas l’Eglise du Christ.

L’Église est un lieu de rencontre et nous avons besoin de le rappeler non pas comme un beau slogan mais comme un élément de la carte d’identité de notre être chrétien. Tu nous l’as rappelé en donnant l’exemple de l’évêque martyr Ioan Suciu, qui a su traduire par des gestes concrets le désir de Dieu le Père de rencontrer chaque personne dans l’amitié et dans le partage. L’Évangile de la joie se transmet dans la joie de se rencontrer et de savoir que nous avons un Père qui nous aime. Regardés par Lui, nous comprenons comment nous regarder les uns les autres. Dans cet esprit, j’ai voulu serrer vos mains, mettre mes yeux dans les vôtres, vous faire entrer dans mon coeur, dans ma prière, avec la confiance d’entrer, moi aussi, dans votre prière et dans votre coeur.

Mais dans mon coeur, je porte un poids. C’est le poids des discriminations, des ségrégations et des mauvais traitements subis par votre communauté. L’histoire nous dit que même les chrétiens, même les catholiques, ne sont pas étrangers à tant de mal. Je voudrais demander pardon pour cela. Je demande pardon – au nom de l’Église, au Seigneur et à vous – pour les fois où, au cours de l’histoire, nous vous avons discriminés, maltraités ou regardés de travers, avec le regard de Caïn et non pas celui d’Abel, et où nous n’avons pas été capables de vous reconnaître, de vous valoriser, et de vous défendre dans votre singularité. Pour Caïn, son frère n’a pas d’importance. C’est dans l’indifférence que se nourrissent les préjugés et que s’attisent les rancoeurs. Combien de fois jugeons-nous de manière irréfléchie, par des paroles qui blessent, par des attitudes qui sèment la haine et créent des distances ! Quand quelqu’un est abandonné, la famille humaine ne marche pas. Nous ne sommes pas chrétiens jusqu’au bout, ni même humains, si nous ne savons pas voir la personne avant ses actions, avant nos jugements et nos préjugés.

Dans l’histoire de l’humanité, il y a toujours Abel et Caïn. Il y a la main tendue et la main qui frappe. Il y a l’ouverture de la rencontre et la fermeture de l’affrontement. Il y a l’accueil et il y a la mise au rebut. Il y a celui qui voit en l’autre un frère et celui qui voit en lui un obstacle sur son propre chemin. Il y a la civilisation de l’amour et il y a celle de la haine. Chaque jour, il y a à choisir entre Abel et Caïn. Comme à la croisée des chemins, un choix décisif se pose tant de fois face à nous : suivre le chemin de la réconciliation ou celui de la vengeance. Choisissons le chemin de Jésus. C’est un chemin qui coûte de la peine, mais c’est le chemin qui conduit à la paix. Et il passe par le pardon. Ne nous laissons pas emporter par les passions qui couvent à l’intérieur de nous: pas de rancune. Parce qu’aucun mal ne répare un autre mal, aucune vengeance ne répond à une injustice, aucun ressentiment ne fait de bien au coeur, aucune fermeture ne rapproche.

Chers frères et soeurs, vous avez, en tant que peuple, un rôle prépondérant à assumer, et vous ne devez pas avoir peur de partager et d’offrir ces notes particulières qui vous constituent et qui marquent votre chemin et dont nous avons tant besoin: la valeur de la vie et de la famille au sens large (cousins, oncles, tantes…); la solidarité, l’hospitalité, l’aide, le soutien et la défense des plus fragiles au sein de leur communauté; la valorisation et le respect des anciens ; le sens religieux de la vie, la spontanéité et la joie de vivre. Ne privez pas de ces dons les sociétés où vous vous trouvez et encouragez-vous aussi à recevoir tout le bien que les autres peuvent vous offrir et vous apporter. C’est pourquoi je veux vous inviter à marcher ensemble, là où vous êtes, dans la construction d’un monde plus humain, en allant au-delà des peurs et des soupçons, en faisant tomber les barrières qui nous séparent des autres, en nourrissant la confiance réciproque dans la recherche patiente et jamais vaine de la fraternité. S’engager à marcher ensemble dans la dignité : la dignité de la famille, la dignité de gagner le pain de chaque jour – c’est ce qui te fait avancer – et la dignité de la prière. Toujours en regardant en avant (cf. Rencontre de prière avec le peuple Rom et Sinti, 9 mai 2019).

Cette rencontre est la dernière de ma visite en Roumanie. Je suis venu dans ce pays beau et accueillant comme un pèlerin et un frère, pour rencontrer.

Je vous ai rencontré, j’ai rencontré tant de personnes, pour faire un pont entre mon coeur et le vôtre.

Et maintenant je rentre à la maison enrichi, emportant avec moi des lieux et des moments, mais surtout en emportant vos visages. Vos visages coloreront mes souvenirs et peupleront ma prière. Je vous remercie et je vous emporte avec moi. Et maintenant, je vous bénis, mais avant je vous demande une grande faveur : de prier pour moi. Merci !

Avant la bénédiction: 

Je voudrais vous bénir, ainsi que tous vos amis, et tous ceux que vous connaissez.

[Texte original: Italien]

(c) Librairie éditrice du Vatican,

Zenit pour les ajouts improvisés

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About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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