39 % des Américains estiment qu’il est très important qu’un couple ayant un enfant ensemble soit légalement marié. © Gallup

39 % des Américains estiment qu’il est très important qu’un couple ayant un enfant ensemble soit légalement marié. © Gallup

La parentalité redonne du poids au mariage aux États-Unis

Selon Gallup, l’arrivée d’un enfant renforce l’importance accordée au mariage

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(ZENIT News / Washington, 08.10.2026) – Pendant des années, le débat américain sur le mariage a semblé évoluer dans une seule direction : s’éloigner de l’idée que fonder une famille et être marié légalement étaient indissociables. Un nouveau sondage Gallup suggère que cette évolution pourrait ne plus être aussi simple.

En mai 2026, 39 % des Américains estimaient qu’il était très important pour un couple ayant un enfant d’être légalement mariés. Cela représente une hausse de 10 points par rapport à 2020 et le niveau le plus élevé enregistré depuis 2013. On observe également un renversement de tendance inhabituel : pour la première fois en vingt ans de sondages Gallup, les Américains accordent désormais une importance légèrement supérieure au mariage lorsqu’un couple a un enfant que lorsque deux personnes envisagent simplement de passer leur vie ensemble. 

Le contraste est frappant. Seuls 37 % des personnes interrogées estiment que le mariage est très important pour un couple qui envisage de rester ensemble toute sa vie, un chiffre pratiquement inchangé par rapport aux 38 % enregistrés en 2020, mais bien inférieur aux 54 % enregistrés en 2006. 

L’institution du mariage ne connaît donc pas un renouveau uniforme. Un phénomène plus spécifique se produit : la parentalité semble redonner au mariage une partie de l’importance que les Américains lui accordent. Ce changement est principalement dû aux Républicains. Parmi eux, 58 % estiment désormais qu’il est très important que les parents soient légalement mariés, soit une hausse de 22 points par rapport à 2020. Les indépendants ont également évolué dans ce sens, passant de 30 % à 39 %. Chez les Démocrates, en revanche, ce chiffre reste quasiment inchangé à 21 %. 

Le clivage partisan est tout aussi marqué lorsqu’il s’agit de couples qui envisagent de passer leur vie ensemble. 56 % des républicains considèrent le mariage comme très important dans ce cas, contre 36 % des indépendants et 22 % des démocrates.

Mais la tendance générale ne peut être réduite à la seule politique partisane. Les plus fortes augmentations concernent les Américains qui entretiennent déjà des liens institutionnels plus étroits avec le mariage et la vie religieuse. Par exemple, la proportion de personnes qui fréquentent l’église chaque semaine et qui estiment que les couples ayant un enfant ensemble devraient se marier a connu une hausse remarquable de 24 points depuis 2020, passant de 41 % à 65 %. 

Le nombre d’adultes mariés a également progressé de manière significative, augmentant de 16 points pour atteindre des niveaux proches de ceux enregistrés en 2006. En revanche, chez les adultes non mariés, aucun changement significatif n’a été constaté ; seuls 29 % considèrent actuellement le mariage comme très important pour les couples avec enfants. 

Cette tendance suggère que l’importance renouvelée accordée au mariage est la plus marquée chez les Américains qui ont déjà un attachement plus fort à la pratique religieuse ou à l’institution elle-même.

Les enfants de la famille héritent des choses

Les résultats de Gallup deviennent plus révélateurs lorsqu’on prend en compte les expériences d’enfance des personnes interrogées. Les adultes dont les parents étaient mariés à leur naissance sont un peu plus susceptibles de considérer le mariage comme très important pour les couples qui ont l’intention de passer leur vie ensemble : 39 %, contre 31 % parmi ceux dont les parents n’étaient pas mariés. La différence s’accentue lorsqu’il y a des enfants. Quarante et un pour cent des personnes dont les parents étaient mariés à leur naissance estiment que le mariage est très important pour un couple ayant un enfant, contre 31 % parmi celles dont les parents n’étaient pas mariés.

Le contraste le plus marqué apparaît lorsque les personnes interrogées sont questionnées sur le foyer dans lequel elles ont grandi. 

Parmi les Américains ayant grandi avec leurs deux parents sous le même toit, 45 % estiment que le mariage est très important lorsqu’un couple a un enfant ensemble. Ce chiffre tombe à 24 % chez ceux qui ont été élevés par leurs parents dans des foyers séparés, principalement par un parent seul ou par un parent et un beau-parent. 

Un schéma similaire apparaît concernant les couples formés tout au long de la vie : 42 % de ceux élevés par leurs deux parents dans le même foyer considèrent le mariage comme très important, contre 26 % parmi ceux élevés dans des foyers avec des parents séparés.

Ces chiffres ne prouvent pas que la structure familiale de l’enfance détermine les convictions à l’âge adulte. Ils révèlent toutefois une forte corrélation entre l’expérience familiale et les attitudes envers le mariage. Et cette association est importante car l’expérience familiale des Américains a elle-même considérablement changé.

Une génération avec un point de départ différent

En 2006, 92 % des Américains déclaraient que leurs parents étaient mariés à leur naissance. Aujourd’hui, ce chiffre est de 82 %. Ce déclin est encore plus visible chez les enfants qui grandissent avec leurs deux parents sous le même toit. La proportion est passée de 75 % en 2006 à 67 % aujourd’hui. Les différences d’âge rendent le changement générationnel particulièrement évident. 

Parmi les adultes âgés de 18 à 34 ans, seuls 69 % déclarent que leurs parents étaient mariés à leur naissance, contre 78 % chez les 35 à 54 ans et 93 % chez les Américains âgés de 55 ans et plus. Les chiffres relatifs aux ménages sont également répartis de manière similaire : 56 % des adultes âgés de 18 à 34 ans déclarent avoir été élevés par leurs deux parents dans le même foyer, contre 59 % des 35 à 54 ans et 80 % des plus de 55 ans. La plus jeune génération a donc atteint l’âge adulte avec une exposition nettement moindre au modèle traditionnel du foyer biparental que les Américains plus âgés. 

Cela explique en partie pourquoi les conceptions du mariage ne se transmettent pas toujours telles quelles d’une génération à l’autre. Les individus se forgent une idée de la famille non seulement à partir de l’éducation morale ou des débats politiques, mais aussi à partir de ce qu’ils perçoivent comme normal au sein de leur propre foyer.

Un changement des mentalités morales aussi

L’importance renouvelée accordée au mariage et aux enfants coïncide avec un autre changement dans les mentalités américaines. Selon Gallup, la proportion d’Américains qui considèrent qu’avoir un enfant hors mariage est moralement acceptable est passée de 66 % en 2020 à 58 % en 2026. Chez les républicains, la baisse est encore plus marquée : de 61 % à 44 %.

Cela ne signifie pas pour autant que les Américains sont revenus au consensus moral des générations précédentes. Une majorité considère toujours qu’avoir un enfant hors mariage est moralement acceptable. L’enquête ne démontre pas non plus que les Américains aient soudainement adopté un modèle familial unique. Mais cette tendance est digne d’intérêt. 

Pendant des années, l’évolution culturelle a semblé rendre le mariage de moins en moins indispensable à la fondation d’une famille. Les chiffres les plus récents indiquent que, du moins dans certains pans de la société américaine, la présence d’enfants suscite une réflexion renouvelée sur l’importance du mariage.

Cela ne revient pas à affirmer que le mariage est indispensable à toute famille épanouie. Les données de Gallup ne permettent pas d’aboutir à une telle conclusion. Elles montrent plutôt que la valeur que les Américains accordent à cette institution est de plus en plus conditionnelle et étroitement liée aux responsabilités parentales.

Le mariage n’est pas simplement un retour

On pourrait être tenté de qualifier ces chiffres de restauration prudente du mariage. La réalité est plus complexe. 

Seulement 59 % des Américains estiment que le mariage est au moins assez important pour les couples qui envisagent de passer leur vie ensemble, contre 63 % lorsqu’il y a des enfants. Parallèlement, la proportion de ceux qui considèrent le mariage comme sans importance dans les deux cas a augmenté au cours des vingt dernières années. 

L’institution n’a donc pas retrouvé la centralité culturelle qu’elle possédait dans les générations précédentes.

Ce qui est peut-être en train de changer, c’est plutôt l’argumentation que les Américains avancent en faveur du mariage. 

Le mariage semble avoir perdu de son importance en tant qu’aboutissement attendu des relations amoureuses. Mais lorsqu’un enfant arrive, une plus grande proportion d’Américains redécouvre que le mariage légal revêt une signification particulière.

Cette distinction pourrait avoir des conséquences importantes

Un débat sur le mariage centré exclusivement sur la vie commune entre adultes peut s’articuler principalement autour du choix individuel. Dès lors que des enfants sont concernés, les questions de stabilité, de responsabilité et de cadre d’éducation s’intègrent inévitablement à la discussion. Les données de Gallup ne tranchent pas ces questions. Elles révèlent toutefois qu’un nombre croissant d’Américains les considèrent à nouveau comme des questions pertinentes. 

Ce renouveau est donc partiel, inégal et profondément marqué par la politique, la religion et l’expérience personnelle. Mais après des années où l’importance culturelle du mariage a semblé diminuer inexorablement, il est difficile d’ignorer la tendance observée dans les derniers chiffres.  Il est peu probable que les Américains reviennent à la culture du mariage de 2006. Ils découvrent peut-être, une fois de plus, que lorsque des enfants sont impliqués, le mariage n’est pas aussi facile à considérer comme une option. 

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