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Le p.Bernard Ardura, Greg Burke, le p. Johannes Grohe © ZENIT - HSM

Le p.Bernard Ardura, Greg Burke, le p. Johannes Grohe © ZENIT - HSM

Réforme de Luther: les éléments non-théologiques qui ont conduit à la rupture

Un congrès du Comité pontifical des sciences historiques

Le contexte politique, économique et historique explique la Réforme plus que les controverses théologiques, estime le président du Comité pontifical des sciences historiques, le p. Bernard Ardura, prémontré, qui a rencontré les journalistes ce jeudi 23 mars 2017, ainsi que le p. Johannes Grohe, professeur d’histoire médiévale à l’université pontificale de la Sainte-Croix, en la salle de presse du Saint-Siège, ce jeudi 23 mars.

Lors d’une rencontre organisée par le directeur, Greg Burke, ils ont présenté le congrès international promu par le Comité pontifical sur le thème « Luther, 500 après. Une relecture de la Réforme luthérienne dans le contexte historique ecclésial », les 29-31 mars, à Rome, à l’Institut Maria Santissima Bambina, à deux pas du Vatican.

Le p. Ardura a expliqué à ZENIT que dans la Réforme « il y a des relectures qui permettent de découvrir l’existence de malentendus et nous avons déjà vécu cela avec les Eglises orthodoxes ».

Il a indiqué par exemple le thème de la justification, sur la foi et les œuvres, central pour la Réforme et qui a fait l’objet, le 31 octobre 1999, « d’un accord qui permet de comprendre qu’avec des mots différents, on a une communion de foi » : c’est la «  Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification », signée par la Fédération luthérienne mondiale et le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.

Le document a été préparé et signé par le cardinal Joseph Ratzinger, à Augsbourg (Allemagne). Le pape Benoît XVI a vu dans la doctrine de la justification « un thème essentiel à la théologie » (Vêpres œcuméniques célébrées à Ratisbonne (Allemagne), le 12 septembre 2006). Le cardinal Kurt Koch a récemment évoqué la question à la faculté vaudoise de Rome. Il a aussi évoqué la doctrine d’un docteur de l’Eglise à ce sujet : Thérèse de Lisieux. Pour le cardinal Koch cette doctrine ne « divise » pas les chrétiens mais les « unit ».

Pour le p. Ardura, il y a aussi « d’autres aspects comme la constitution même de l’Eglise, le rôle du ministère à l’intérieur de l’Eglise ; la succession apostolique, le lieu des sacrements », encore objets de dialogue théologique.

Mais, ajoute le p. Ardura, « la perspective historique permet de comprendre plus profondément pourquoi Luther arrive dans une Eglise qui connaît déjà des éléments de réforme dans la seconde moitié du XVe s. ».

C’est pourquoi, dit-il, le congrès permettra de présenter « de nombreux exemples » de réformes « dans différents pays d’Europe, au niveau des évêques, mais aussi des réformes  à l’intérieur des Ordres religieux, des Bénédictins, des Prémontrés, des Cisterciens notamment : en Angleterre, en Bohème, en Italie ou en France. »

Pour le p. Ardura également, « la perspective historique permet de mieux comprendre un autre aspect : les éléments non-théologiques qui ont conduit à la rupture » : « N’oublions pas qu’en Allemagne il y avait des tensions entre les princes et l’empereur, chef du Saint-Empire, catholique, et il était comme l’incarnation de l’empire catholique. On l’appelait ‘majesté impériale apostolique’. »

Dans ce contexte, « le protestantisme rencontra, spécialement chez les princes allemands son point de diffusion », sans oublier les « aspects économiques comme la sécularisation des biens ecclésiastiques ».

Pour toutes ses raisons, continue le p. Ardura, « les seules questions théologiques n’expliquent pas la Réforme luthérienne » : « L’Eglise doit toujours se réformer et l’Eglise se trouvait déjà dans un processus de réformes ».

Il ajoute : « Au début, Luther demande un chemin spirituel, de faire une réforme à l’intérieur de l’Eglise, mais ensuite, il y a une évolution, et une pression de tous côtés, qui débouchent sur la rupture. »

Il signale un autre domaine de la recherche historique: « C’est la pratique concrète des indulgences, l’étincelle qui met le feu aux poudres. Il y a en effet des façons de faire qui, on s’en rend compte après tant de temps, ne sont pas en consonance avec la réalité spirituelle (…). Même aujourd’hui, quand on demande des indulgences à la Pénitencerie apostolique, il est écrit en lettres capitales : « Ceci est gratuit ». Parce que l’indulgence est un don de Dieu qui ne s’achète pas. Et il y a avait des façons de faire très contestables. »

Avec une traduction de Anita Bourdin

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