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Mgr Bernardito Auza 13/12/2017 © Oss_romano

Mgr Bernardito Auza 13/12/2017 © Oss_romano

ONU : les 258 millions de migrants en 2017 sont des « individus uniques », par Mgr Auza

Le changement climatique et la dégradation de l’environnement sont des facteurs d’incitation

258 millions de migrants en 2017 : Si les statistiques sont « stupéfiantes », affirme Mgr Auza, « nous devons aller au-delà des chiffres et nous rappeler qu’elles font référence à des individus uniques, chacun ayant le même droit à la dignité humaine, à la sécurité et à un niveau de vie décent ». Mgr Auza précise que « tout effort réussi pour résoudre la crise migratoire devrait commencer par » les « facteurs d’incitation » comme le changement climatique et la dégradation de l’environnement.

Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège, est intervenu à la deuxième Commission de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, sur le point 22 b) de l’ordre du jour: Mondialisation et interdépendance : Migrations internationales et développement, à New York, le 19 octobre 2018.

Pour le représentant du Saint-Siège, il faut accroître la solidarité internationale en augmentant les investissements « dans l’éducation, l’infrastructure et les services de santé de base, le renforcement des capacités et la formation des jeunes, afin de les aider à trouver leur place et à s’affirmer dans leur dignité dans une économie mondiale de plus en plus déstabilisante. Il est aussi nécessaire de « s’attaquer aux causes profondes et aux facteurs déterminants de la mobilité des personnes avant que celles-ci ne soient contraintes de quitter leur pays d’origine.

Voici notre traduction de la déclaration de Mgr Auza.

HG

Déclaration de Mgr Bernardito Auza

Monsieur le Président,

La croissance de la migration a été une caractéristique particulière du 21ème siècle, mais c’est un phénomène ancien et mondial. Le rapport du Secrétaire général met en lumière les données récentes sur les migrations internationales, qui ont augmenté depuis 2000 de « près de 50%, pour atteindre 258 millions en 2017 ». Au cours de la même période, le nombre de réfugiés (1) et de demandeurs d’asile est passé de 16 à 26 millions. Bien que ces statistiques soient stupéfiantes, nous devons aller au-delà des chiffres et nous rappeler qu’elles font référence à des individus uniques, chacun ayant le même droit à la dignité humaine, à la sécurité et à un niveau de vie décent.

Comme le note le rapport du Secrétaire général, de nombreux facteurs déterminent la migration. Il y a les facteurs d’incitation : la violence, l’insécurité, les violations des droits de l’homme, le manque d’opportunités ; et il y a des facteurs d’attraction : la recherche de meilleures opportunités et l’évolution des marchés du travail. Une partie de l’augmentation récente du nombre de migrants résulte des effets du changement climatique et de la « pauvreté causée par la dégradation de l’environnement ». (2) Tout effort réussi pour résoudre la crise migratoire devrait commencer par ces facteurs d’incitation. Très peu de personnes souhaitent quitter leurs familles et leurs communautés d’origine et pourtant, trop souvent, les migrants sont blâmés comme s’ils avaient créé les facteurs qui les poussent à quitter leur pays d’origine. Les facteurs d’incitation sont comme un incendie : si nous l’éteignons, nous n’aurons pas à construire de nouvelles maisons.

Si la migration impose certes des coûts aux pays d’accueil et que ces coûts ne sont pas tous partagés équitablement, la migration profite également aux pays d’accueil. Le rapport indiqué ci-dessus mentionne que les défis démographiques auxquels les pays développés sont confrontés seraient bien pires s’il n’y avait la migration nette vers ces pays.

Cependant, l’augmentation du nombre de travailleurs n’est pas le seul avantage de la migration. Comme le soulignait le pape François dans son Message pour la Journée mondiale de la paix de 2018 : « Lorsque nous regardons les migrants et les réfugiés, nous découvrons qu’ils n’arrivent pas les mains vides. Ils apportent leur courage, leurs compétences, leur énergie et leurs aspirations, ainsi que les trésors de leurs propres cultures ; et ils enrichissent ainsi la vie des nations qui les reçoivent. Nous découvrons également la créativité, la ténacité et l’esprit de sacrifice d’innombrables personnes, familles et communautés du monde entier qui ouvrent leurs portes et leur cœur aux migrants et aux réfugiés, même lorsque les ressources sont rares ». (3)

Monsieur le Président,

Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, ainsi que le Pacte mondial pour les réfugiés, offrent un continuum de protection à tous ceux qui sont forcés de fuir leur lieu de résidence, y compris ceux qui sont déplacés à la suite de catastrophes naturelles soudaines ou à évolution lente, du changement climatique et de la dégradation de l’environnement, en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte. Pris ensemble, ces pactes réaffirment notre responsabilité commune, dans la poursuite du bien commun, de prendre soin de ceux qui ont le plus besoin de la solidarité.

La pression à laquelle sont affrontés de nombreux États pour faire face à des flux mixtes, en particulier lorsqu’ils sont imprévisibles et accablants, a été examinée à fond pendant les négociations. La nécessité d’accroître la solidarité internationale dans le partage des charges et des responsabilités a été longuement discutée, de même que l’engagement antérieur des États à « travailler ensemble pour créer des conditions permettant aux communautés et aux individus de vivre dans la sécurité et la dignité dans leurs propres pays » (4). Ces conditions incluent des investissements accrus dans l’éducation, l’infrastructure et les services de santé de base, le renforcement des capacités et la formation des jeunes, afin de les aider à trouver leur place et à s’affirmer dans leur dignité dans une économie mondiale de plus en plus déstabilisante. Elles doivent également s’attaquer aux causes profondes et aux facteurs déterminants de la mobilité des personnes avant que celles-ci ne soient contraintes de quitter leur pays d’origine. Respecter la dignité de chaque personne nécessite de créer les conditions nécessaires à la réalisation du droit à rester.

Le pape François a décrit ces responsabilités partagées et cette solidarité authentique par quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Le Saint-Siège espère que les efforts honnêtes déployés dans le cadre des Pactes mondiaux se poursuivront, conformément à ces quatre étapes, pour respecter les droits et la dignité des migrants et des réfugiés dans un esprit de solidarité internationale, tout en reconnaissant le droit souverain des États de déterminer leur politique migratoire nationale à la lumière de leurs obligations en vertu du droit international.

Merci Monsieur le Président.

 

  1. A / 73/286, 8.
  2. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, 25.
  3. Pape François, Message pour la célébration de la 51ème Journée mondiale de la paix, le 1er janvier 2018.
  4. A / CONF.231 / 3, annexe, 13.

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