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Mgr Auza, UN-TV capture

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ONU : le rôle important des femmes en zones rurales, par Mgr Auza

Que leur contribution par la maternité soit reconnue et soutenue

« Les femmes sont à l’avant-garde de la « révolution de la tendresse » dont le monde a tant besoin », déclare Mgr Auza. Elles « témoignent de ce que nous faisons de mieux lorsque nous nous servons les uns les autres et que nous voyons le bien de l’autre avant même de voir le nôtre. » D’autre part, en milieu rural, « les femmes apportent une contribution importante à l’agriculture et à l’économie dans son ensemble ». Malheureusement, déplore le représentant du Saint-Siège, « ce travail indispensable est souvent sous-évalué et peut même être un véhicule d’exploitation et de violation de leur dignité et de leurs droits fondamentaux ».

Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU, est intervenu à la soixante-deuxième session de la Commission sur la condition de la femme intitulée : Défis et opportunités pour réaliser l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles dans les zones rurales, à New York, le 14 mars 2018.

Mgr Auza a plaidé pour « l’accès des femmes à la propriété foncière et au contrôle des moyens de subsistance (…) au crédit et au financement, aux prêts et aux subventions » et afin « que la contribution irremplaçable des femmes à la société par la maternité » soit « reconnue, soutenue et accompagnée de mesures visant à atténuer les difficultés qu’elles peuvent rencontrer dans la marginalisation des sociétés ». Il a aussi plaidé pour « des soins de santé adéquats » et un « accès à une éducation de qualité et équitable ».

Voici notre traduction de l’intervention de Mgr Auza.

HG

Intervention de Mgr Bernardito Auza

Madame la Présidente,

Le Saint-Siège est heureux de participer à cette soixante-deuxième session de la Commission sur la condition de la femme, qui aborde le thème « Défis et opportunités pour parvenir à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles dans les zones rurales ».

Les femmes sont à l’avant-garde de la « révolution de la tendresse » dont le monde a tant besoin, selon le pape François. « La tendresse est la voie du choix pour les hommes et les femmes les plus forts et les plus courageux. La tendresse n’est pas la faiblesse ; c’est la force. C’est le chemin de la solidarité, le chemin de l’humilité. » (1) Par leurs dons particuliers, décrits comme « génie féminin » par les papes récents, les femmes ont « une incroyable capacité à s’adapter aux nouvelles circonstances et à aller de l’avant ». Les femmes en zones rurales, en particulier, cultivent sans cesse des vies, des relations et des sociétés rurales entières, et sont capables de mettre de l’ordre dans le chaos, la communauté dans la division et la paix dans les conflits. Elles enseignent et témoignent de ce que nous faisons de mieux lorsque nous nous servons les uns les autres et que nous voyons le bien de l’autre avant même de voir le nôtre. Le thème prioritaire de cette année nous donne l’occasion de reconnaître, d’apprécier, de défendre et, finalement, de libérer ces qualités.

Les femmes partout dans le monde devraient non seulement être des bénéficiaires, mais avant tout des protagonistes dignes de leur propre développement et du développement de leurs familles et de leurs sociétés. En milieu rural, les femmes apportent une contribution importante à l’agriculture et à l’économie dans son ensemble, en particulier dans les pays en développement où les femmes représentent une grande partie de la main-d’œuvre agricole. Elles apportent une contribution significative à la production alimentaire, à la sécurité alimentaire et à la nutrition, à la gestion des terres et des ressources naturelles et à la construction de la résilience au changement climatique. Malheureusement, ce travail indispensable est souvent sous-évalué et peut même être un véhicule d’exploitation et de violation de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.

Reconnaître les capacités particulières des femmes et leur contribution à la société et au bien commun exige que les systèmes juridiques nationaux, les institutions et les politiques nationales, les modèles culturels et les mentalités religieuses reconnaissent l’égalité des droits et l’accès des femmes à la propriété foncière et au contrôle des moyens de subsistance, aux ressources en eau et en semences, aux contrats de propriété, aux marchés, aux intrants agricoles, au crédit et au financement, aux prêts et aux subventions. Il faut les protéger contre les exploitations avides, comme lorsque les produits de leur production sont détournés vers des marchés éloignés, avec un bénéfice minime ou nul pour leurs familles et pour leurs communautés rurales.

En raison des conflits armés locaux ou régionaux, des changements climatiques, des catastrophes naturelles ou causées par l’homme et de la mobilité humaine forcée, les femmes deviennent souvent seules responsables de l’agriculture tout en gérant leur famille et leurs enfants. L’impact du changement climatique et de la dégradation de l’environnement, qui entraîne souvent des déplacements forcés ou des migrations rurales-urbaines à la recherche de sécurité, de travail et d’accès aux services de base, rend les femmes rurales beaucoup plus vulnérables à la violence, à l’exploitation et au trafic de personnes.

Madame la Présidente,

Comme pour tout être humain, la faim et la nutrition, la maladie et la forme physique peuvent avoir un impact important sur le développement cognitif, la capacité de travail et la capacité de prendre soin de sa famille et de la société. Les besoins nutritionnels des femmes, en particulier pour l’approvisionnement en fer et en folate pendant la grossesse et l’allaitement, sont souvent insuffisamment pris en compte. En outre, la répartition géographique des services de dépistage préventif, des dispensaires et des agents de santé, la médiocrité des infrastructures et des transports constituent un obstacle supplémentaire à la prise en charge efficace des femmes et des filles en zones rurales. Il est essentiel que des soins de santé adéquats évitent toute violation de leur dignité humaine. À cet égard, il est contradictoire de chercher à promouvoir l’autonomisation des femmes tout en supprimant leurs potentialités naturelles au nom de certains intérêts particuliers ou d’un agenda idéologique. Il est également incohérent que la contribution irremplaçable des femmes à la société par la maternité soit stigmatisée comme un obstacle à leur développement humain intégral, au lieu d’être reconnue, soutenue et accompagnée de mesures visant à atténuer les difficultés qu’elles peuvent rencontrer dans la marginalisation des sociétés. Ma Délégation souhaite profiter de cette occasion pour exprimer sa gratitude envers toutes ces femmes des zones rurales qui, parfois de façon héroïque, ont élevé et éduqué des générations de filles et de fils responsables. Le monde leur doit de l’estime, du soutien et de la solidarité.

De même, les femmes des zones rurales sont appelées à mener la révolution de la tendresse dont le monde a besoin et à devenir des protagonistes de leur propre développement, également à travers une éducation adéquate. L’accès à une éducation de qualité et équitable, à la formation technique, professionnelle et professionnelle, aux services de vulgarisation agricole, au coaching dans les nouvelles technologies, à l’alphabétisation et au calcul est essentiel et fait partie du droit à l’éducation. L’amélioration de l’accès à l’éducation pour les femmes des zones rurales permettra non seulement de réaliser pleinement leur potentiel et de créer de plus grandes opportunités, mais sera également la clé d’une meilleure éducation des générations futures.

Madame la Présidente,

La révolution de la tendresse commence par assurer les conditions nécessaires pour que les femmes et les filles s’épanouissent et réalisent leur potentiel dans la société avec le soutien des hommes et en complémentarité harmonieuse avec eux. La tendresse n’est pas un signe de faiblesse ou de douceur, mais une force de transformation capable d’inciter les gens à agir de telle sorte que personne ne soit exclu ou laissé pour compte. La tendresse devient donc pour les femmes en zones rurales un pouvoir énorme de servir les autres pour le bien commun. La communauté internationale doit travailler ensemble pour aider à libérer ce pouvoir.

Merci, Madame la Présidente.

  1. Pape François, message vidéo à l’occasion de la conférence TED, Vancouver, 26 avril 2017.
  2. Pape François, Visite au « Pénitencier Central Féminin » de Santiago, Chili, 16 janvier 2018.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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