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Mgr Ivan Jurkovič © L'Osservatore Romano

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ONU : de l’usage de l’expression « liberté de religion », par Mgr Jurkovic

La religion n’est pas une « sous-culture »

Mgr Jurkovic se dit préoccupé par « l’utilisation de l’expression “liberté de religion” » dans le Rapport du Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction. En effet, dit-il, « indépendamment du fait qu’elle n’est pas envisagée dans les instruments internationaux, elle révèle une idée condescendante de la religion, allant au-delà du mandat du Rapporteur spécial ».

Mgr Ivan Jurkovic, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Organisation des Nations Unies et d’autres organisations internationales à Genève, est intervenu à la 37ème session du Conseil des droits de l’homme, sur le Point 3 – « Rapport du Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction », à Genève, le 2 mars 2018.

Le représentant du Saint-Siège a fait valoir, en citant le pape François, qu’ « ignorer l’importance et la sagesse des religions ou “nier ou restreindre arbitrairement la liberté [de religion], c’est favoriser une vision réductrice de la personne humaine” et, en fin de compte, “étouffer la croissance d’une paix authentique et durable de toute la famille humaine” ». La religion n’est pas une « sous-culture », a-t-il redit.

Voici notre traduction du discours de Mgr Jurkovic.

HG

Discours de Mgr Ivan Jurkovic

Monsieur le Président,

Dans un monde de plus en plus interconnecté, où les personnes et les communautés, qui ordonnent leur vie selon des visions du monde différentes, se retrouvent côte à côte, le droit de jouir de la liberté de religion et de croyance ouvre des opportunités sans précédent et, en même temps, soulève des difficultés organisationnelles et juridiques complexes pour les États.

De nombreuses sociétés à travers le monde semblent adopter une attitude de rejet vis-à-vis de la liberté religieuse, marginalisant et parfois persécutant ouvertement les minorités religieuses, qu’elles soient un élément traditionnel du paysage social ou qu’elles y soient récemment établies.

Les lois ou les politiques qui discriminent les minorités religieuses et limitent la liberté de religion et de croyance (comme les lois dites de blasphème ou d’anti-conversion) sont malheureusement encore trop présentes dans notre monde. Comme cela a été démontré lors de l’Examen périodique universel, certains États renoncent à leur responsabilité de protéger activement leurs citoyens appartenant à des minorités religieuses lorsqu’ils sont ciblés par des acteurs non étatiques, notamment en entravant l’accès à la justice ou en ne garantissant pas des procès équitables.

D’autre part, dans les États qui permettent et cultivent une idéologie laïque radicale qui nie les sentiments religieux de leurs citoyens, « des formes plus subtiles et sophistiquées de préjugés et d’hostilité envers les croyants et les symboles religieux » (1) se produisent, notamment dans l’éducation de la jeunesse et l’objection de conscience.

L’expérience et la raison indiquent cependant qu’une société fondée sur le respect de la liberté de religion et de conviction est plus forte et non plus faible.

Le respect des convictions les plus profondes des membres d’une société donnée est, en fait, la condition préalable à la construction d’une culture authentique des droits de l’homme. Parmi d’autres causes plus profondes, en fait, c’est la condition selon laquelle le bien commun peut être déterminé et réalisé par une participation élargie et inclusive des personnes et une base plus large de sagesse et de valeurs.

Le bien commun est le but auquel aspirent tous les États et, par extension, la communauté internationale. Il ne peut être déterminé et réalisé que par un processus inclusif de dialogue et en cherchant la véritable signification des droits et libertés fondamentaux de toute personne humaine, dont la nature intime est de rechercher la vérité et de la célébrer dans l’expérience religieuse.

« La société en tant qu’expression de la personne et de toutes ses dimensions constitutives, doit vivre et s’organiser d’une manière qui favorise l’ouverture à la transcendance. C’est précisément pour cette raison que les lois et les institutions d’une société ne peuvent être façonnées de manière à ignorer la dimension religieuse de ses citoyens ou à l’exclure complètement » (2).

Monsieur le Président,

Malheureusement, cette attitude réductrice se perçoit parfois aussi dans certaines agences et organisations internationales, lorsque des idéologies et des idées controversées qui ne sont pas conformes aux instruments internationaux ou à la sagesse religieuse et aux sentiments de la plus grande partie de l’humanité sont promues ou même imposées; selon les mots du pape François : « un peu paradoxalement, il y a un risque que, au nom des droits de l’homme, on assiste à l’émergence de formes modernes de colonisation idéologique par les plus forts et les plus riches, au détriment des plus pauvres et des plus vulnérables » (3)

Une telle attitude, qui n’est pas rare, ne peut qu’affaiblir ces institutions, conduisant à un état de non-pertinence du système multilatéral des droits de l’homme, qui est déjà souvent critiqué.

Dans cette perspective, la plus grande préoccupation de ma délégation est l’utilisation de l’expression « liberté de religion » (4). Indépendamment du fait qu’elle n’est pas envisagée dans les instruments internationaux, elle révèle une idée condescendante de la religion, allant au-delà du mandat du Rapporteur spécial.

Une fois de plus, le Saint-Siège redit, selon les termes du pape François, que « … la religion elle-même, la dimension religieuse, n’est pas une sous-culture; elle fait partie de la culture de tous les peuples et de toutes les nations » (5).

Ignorer l’importance et la sagesse des religions ou « nier ou restreindre arbitrairement la liberté [de religion], c’est favoriser une vision réductrice de la personne humaine … » et, en fin de compte, « étouffer la croissance d’une paix authentique et durable de toute la famille humaine » (6).

Au contraire, « dans un monde globalisé marqué par l’accroissement de sociétés multiethniques et multireligieuses, les grandes religions peuvent constituer un facteur important d’unité et de paix pour la famille humaine » (7).

Merci, Monsieur le Président.

1. Pape Benoît XVI, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2011, n.1.

2. Ibid., 8.

3. Pape François, Discours aux membres du Corps Diplomatique auprès du Saint-Siège, 8 janvier 2018.

4. A / HRC / 37/49.

5. Pape François, Rencontre pour la liberté religieuse avec la communauté hispanique et autres immigrés, 26 septembre 2016.

6. Pape Benoît XVI, Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2011, n. 1.

7. Ibid., N.10.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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