Dans un bref communiqué publié ce 13 mai 2026, le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi à Rome, a réaffirmé la position du Saint-Siège au sujet des ordinations épiscopales que la Fraternité Saint-Pie-X prévoit de célébrer le 1er juillet prochain sans mandat pontifical.
Si la Fraternité persévère dans cette voie, « ce geste constituera “un acte schismatique” (Jean-Paul II, Ecclesia Dei, n° 3) et “l’adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l’excommunication prévue par le droit de l’Église” (Conseil pontifical pour les textes législatifs, août 1996) ». Le communiqué précise en outre que le Saint-Père continuera de prier afin que l’Esprit Saint éclaire les responsables et les amène à revenir sur leur grave décision.
Une telle perspective fait évidemment écho aux ordinations vécues le 1er juillet 1988 au sein de la Fraternité Saint-Pie-X, lorsque saint Jean-Paul II avait dû signer le décret d’excommunication automatique de Mgr Lefebvre et des 4 évêques ordonnés. Cette sanction grave de Latae sententiae est établie par le droit canonique : aucun évêque ne peut être consacré légitimement sans mandat pontifical explicite.
Dans son motu proprio publié le 2 juillet 1988, saint Jean-Paul II qualifiait plus précisément cette conduite « d’acte de désobéissance au Pontife romain en une matière très grave et d’une importance capitale pour l’unité de l’Église, telle que l’ordination des évêques par laquelle la succession apostolique est sacramentellement perpétuée. Par conséquent, une telle désobéissance – qui implique en pratique le rejet de la primauté romaine – constitue un acte schismatique ».
Schisme durable ou retour possible ?
Suite à l’évènement douloureux de 1988, le schisme s’est bel et bien installé dans la durée : de nombreuses ordinations sacerdotales non licites ont été conférées dans la Fraternité Saint-Pie-X, et les sacrements non licites ont été donnés. L’inquiétude aujourd’hui du Saint-Siège est donc vive : si de nouvelles ordinations ont lieu cet été, elles provoqueront une nouvelle fracture, même s’il est toujours permis d’espérer que la communion soit un jour rétablie.

Rencontre entre le cardinal Fernández et le Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X le 12 février 2026 © Vatican Media
Car dans le droit de l’Église, l’excommunication n’est pas seulement une sanction, elle est aussi une invitation à la conversion. L’excommunication veut dire « hors de la communion » : si elle consiste concrètement à une privation d’exercice des droits des fidèles catholiques, elle vise tout autant le repentir et le retour à la communion ecclésiale. Elle serait ainsi une forme de « justice restaurative », à l’image de la parabole de l’enfant prodigue.
Depuis 1988, le dialogue n’a pas été totalement interrompu entre le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X. En 2009, le pape Benoît XIV a posé un geste important d’apaisement et d’unité en levant les excommunications de Mgr Lefebvre (déjà décédé) et des évêques ordonnés, sans pour autant « régulariser » la Fraternité de manière canonique.
Benoît XVI a en outre expliqué que « l’excommunication (et sa levée) affecte les individus, non les institutions et une ordination épiscopale sans mandat pontifical fait courir le risque de schisme, puisqu’elle met en péril l’unité du Collège des évêques avec le pape. »
En 2015, le pape François a aussi accompli un geste fort en permettant aux prêtres de la Fraternité de confesser et de célébrer des mariages en communion avec l’Église catholique. Si cette mesure a été présentée comme un acte de miséricorde envers les fidèles de la Fraternité, elle témoignait certainement aussi d’une sollicitude du Vatican à l’égard de la congrégation.



