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Audience du 11 mai 2016, capture

Audience du 11 mai 2016, capture

« Même dans la pire situation de vie, Dieu m’attend » (traduction complète)

« Les fils peuvent décider de s’unir à la joie de leur père ou refuser »

« Même dans la pire situation de vie, Dieu m’attend », déclare le pape François qui a commenté la parabole de l’Enfant prodigue, rebaptisée la parabole du Père miséricordieux ».

Lors de l’audience générale de ce mercredi, 11 mai, place Saint-Pierre, le pape François a donné sa 18e catéchèse sur la miséricorde, dans le Nouveau Testament.

Le pape a insisté sur deux interprétation fondamentales du texte, d’une part sur la miséricorde du père, « sans condition », et d’autre part sur le fait que cette miséricorde restaure la fraternité entre les deux fils.

« La miséricorde du père est débordante, inconditionnelle, et elle se manifeste avant même que le fils ne parle », a souligné le pape.

« Cette parole de Jésus, a expliqué le pape, nous encourage à ne jamais désespérer. Je pense aux mamans et aux papas qui appréhendent lorsqu’ils voient leurs enfants s’éloigner en empruntant des routes dangereuses. Je pense aux curés de paroisse et aux catéchistes qui se demandent parfois si leur travail a été vain. Mais je pense aussi à celui qui se trouve en prison et à qui il semble que sa vie soit finie ; à ceux qui ont fait des choix erronés et qui ne parviennent pas à regarder l’avenir ; à tous ceux qui ont faim de miséricorde et de pardon et qui croient ne pas le mériter… Quelle que soit ma situation de vie, je ne dois pas oublier que je ne cesserai jamais d’être enfant de Dieu, d’être enfant d’un Père qui m’aime et qui attend mon retour. Même dans la pire situation de vie, Dieu m’attend, Dieu veut m’embrasser, Dieu m’attend. »

Puis voilà le passage sur la fraternité: « Le père a récupéré son fils perdu et il peut maintenant aussi le restituer à son frère ! Sans le plus jeune, le fils aîné lui-même cesse d’être un « frère ». La plus grande joie pour le père, c’est de voir que ses fils se reconnaissent comme frères. »

En même temps le pape souligne que la parabole reste « ouverte », sur la décision de liberté des fils: « Les fils peuvent décider de s’unir à la joie de leur père ou de refuser. Ils doivent s’interroger sur leurs propres désirs et sur la vision qu’ils ont de la vie. La parabole se termine en laissant la fin en suspens : nous ne savons pas ce qu’a décidé de faire le fils aîné. Et c’est un stimulant pour nous. Cet Évangile nous enseigne que nous avons tous besoin d’entrer dans la maison du Père et de participer à sa joie, à sa fête de la miséricorde et de la fraternité. Frères et sœurs, ouvrons notre cœur  pour être « miséricordieux comme le Père » ! »

Voici notre traduction complète de la catéchèse du pape François.

A.B.

Catéchèse du pape François sur « le Père miséricordieux » (cf. Luc 15, 11-32)

 Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, cette audience se déroule en deux lieux : comme il risquait de pleuvoir, les personnes malades sont dans la Salle Paul VI, reliées à nous par grand écran ; deux lieux mais une seule audience. Nous saluons les malades qui sont dans la Salle Paul VI. Nous voulons réfléchir aujourd’hui sur la parabole du Père miséricordieux. Elle parle d’un père et de ses deux fils, et nous fait connaître la miséricorde infinie de Dieu.

Partons de la fin, c’est-à-dire de la joie du cœur du Père, qui dit : « Festoyons, car mon fils que voilà était mort… » (vv.23-24). Par ces paroles, le père a interrompu son plus jeune fils au moment où il était en train de confesser sa faute : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils… » (v.19). Mais cette expression est insupportable pour le cœur du père qui, au contraire, se dépêche de restituer à son fils les signes de sa dignité : le beau vêtement, l’anneau, les chaussures. Jésus ne décrit pas un père offensé et plein de ressentiment, un père, par exemple, qui dit à son fils : « Tu me le paieras » ; non, le père l’embrasse, il l’attend avec amour. Au contraire, l’unique chose que le père a à cœur, c’est que ce fils soit devant lui saint et sauf et cela le rend heureux et il festoie. L’accueil du fils qui revient est décrite de manière émouvante : « Quand il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion, il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers » (v.20). Quelle tendresse !

Il le vit de loin : qu’est-ce que cela signifie ? Que le père montait continuellement sur la terrasse pour regarder la route et voir si son fils revenait ; ce fils qui en avait fait de belles, mais son père l’attendait. Comme c’est beau, la tendresse du père ! La miséricorde du père est débordante, inconditionnelle, et elle se manifeste avant même que le fils ne parle. Certes, le fils sait qu’il s’est trompé et il le reconnaît : « J’ai péché… traite-moi comme un de tes ouvriers » (v.19). Mais ces paroles fondent devant le pardon du père. L’étreinte et le baiser de son papa lui font comprendre qu’il a toujours été considéré comme son fils, malgré tout. Cet enseignement de Jésus est important : notre condition d’enfant de Dieu est le fruit de l’amour du cœur du Père ; elle ne dépend pas de nos mérites ou de nos actions et par conséquent, personne ne peut nous l’enlever, pas même le diable ! Personne ne peut nous enlever cette dignité.

Cette parole de Jésus nous encourage à ne jamais désespérer. Je pense aux mamans et aux papas qui appréhendent lorsqu’ils voient leurs enfants s’éloigner en empruntant des routes dangereuses. Je pense aux curés de paroisse et aux catéchistes qui se demandent parfois si leur travail a été vain. Mais je pense aussi à celui qui se trouve en prison et à qui il semble que sa vie soit finie ; à ceux qui ont fait des choix erronés et qui ne parviennent pas à regarder l’avenir ; à tous ceux qui ont faim de miséricorde et de pardon et qui croient ne pas le mériter… Quelle que soit ma situation de vie, je ne dois pas oublier que je ne cesserai jamais d’être enfant de Dieu, d’être enfant d’un Père qui m’aime et qui attend mon retour. Même dans la pire situation de vie, Dieu m’attend, Dieu veut m’embrasser, Dieu m’attend.

Dans la parabole, il y a un autre fils, l’aîné ; lui aussi a besoin de découvrir la miséricorde du Père. Il est toujours resté à la maison, mais il est tellement différent de son père ! Ses paroles manquent de tendresse : « Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres… mais quand ton fils que voilà est revenu…» (vv. 29-30). Nous voyons son mépris : il ne dit jamais « père », il ne dit jamais « frère », il ne pense qu’à lui, il se vante d’être toujours resté auprès de son père et de l’avoir servi ; et pourtant il n’a jamais vécu cette proximité joyeusement. Et maintenant, il accuse son père de ne jamais lui avoir donné de chevreau pour festoyer. Pauvre père ! Un fils qui était parti et l’autre qui ne lui a jamais été vraiment proche ! La souffrance du père est comme la souffrance de Dieu, la souffrance de Jésus quand nous nous éloignons, soit parce que nous partons loin soit parce que nous sommes proches mais sans être proches.

Le fils aîné a besoin lui aussi de miséricorde. Les justes, ceux qui se croient justes, ont eux aussi besoin de miséricorde. Ce fils nous représente lorsque nous nous demandons si cela vaut la peine de se fatiguer tant si nous ne recevons rien, ensuite, en échange. Jésus nous rappelle qu’on ne reste pas dans la maison du Père pour avoir une compensation, mais parce qu’on a la dignité de fils coresponsables. Il ne s’agit pas d’un « troc » avec Dieu, mais de rester à la suite de Jésus qui s’est donné lui-même sur la croix sans mesure.

« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir » (v. 31). C’est ainsi que le Père s’adresse à son fils aîné. Sa logique est celle de la miséricorde ! Le plus jeune fils pensait mériter une punition à cause de ses péchés, le fils aîné s’attendait à une récompense pour ses services. Les deux frères ne se parlent pas entre eux, ils vivent des histoires différentes mais tous deux raisonnent selon une logique étrangère à Jésus : si tu fais bien, tu reçois un prix, si tu fais mal, tu es puni ; et ceci n’est pas la logique de Jésus, ce n’est pas cela ! Cette logique est renversée par les paroles du père : « Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! » (v. 31). Le père a récupéré son fils perdu et il peut maintenant aussi le restituer à son frère ! Sans le plus jeune, le fils aîné lui-même cesse d’être un « frère ». La plus grande joie pour le père, c’est de voir que ses fils se reconnaissent comme frères.

Les fils peuvent décider de s’unir à la joie de leur père ou de refuser. Ils doivent s’interroger sur leurs propres désirs et sur la vision qu’ils ont de la vie. La parabole se termine en laissant la fin en suspens : nous ne savons pas ce qu’a décidé de faire le fils aîné. Et c’est un stimulant pour nous. Cet Évangile nous enseigne que nous avons tous besoin d’entrer dans la maison du Père et de participer à sa joie, à sa fête de la miséricorde et de la fraternité. Frères et sœurs, ouvrons notre cœur  pour être « miséricordieux comme le Père » !

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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