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Anne-Marie Pelletier, courtoisie de eglise.catholique.fr

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L’Osservatore Romano : quand la condition des femmes change, le monde change

Regard de Lucetta Scaraffia sur le livre d’Anne-Marie Pelletier

Quand la condition des femmes change, le monde change, relève Lucetta Scaraffia qui salue un livre de la théologienne française Anne-Marie Pelletier dans L’Osservatore Romano du 10 octobre 2018.

Voici notre traduction de cet article qui dénonce notamment « une utilisation ecclésiale de la reconnaissance de grands mérites à l’éternel féminin, à commencer par le « génie féminin », une attitude qui éloigne la véritable reconnaissance des qualités concrètes des femmes ».

Article de Lucetta Scaraffia

Quand la condition des femmes change, le monde change, écrit Anne-Marie Pelletier dans son livre, petit mais dense, Una fede al femminile (Bose, Qiqajon, 2018, pages 96). Ce livre rassemble des essais qu’elle a publiés sur le thème des femmes et de l’Église. Son regard sur la question est en effet très vaste. Elle ne se contente pas de dénoncer l’absence évidente des femmes dans l’institution aux niveaux consultatif et décisionnels, mais examine aussi ses causes et ses conséquences.

Parmi les causes culturelles, elle en dénonce une à laquelle on prête rarement attention : dans la parole prophétique, on trouve un recours fréquent à la métaphore de l’époux, qui explique tout type d’alliance avec l’expérience de la vie de couple. Mais le parallélisme entre Dieu et Israël et entre l’homme et la femme suggère une affinité entre l’homme et Dieu, confortant le premier dans les privilèges du pouvoir. D’autre part, l’utilisation de métaphores féminines pour indiquer le peuple favorise l’enracinement de la femme dans le registre de l’humanité encline à la faute, à partir du moment où lui sont attribués de nombreux épisodes d’infidélité. L’Eglise aussi, lorsqu’elle se révèle pécheresse, est présentée avec deux images liées à la femme, adultère et prostituée. Cette chose répand subtilement la croyance que la femme est faible, plus facile à dénaturer et qu’il est donc juste de la considérer incapable d’assumer des rôles faisant autorité.

Cette opinion négative coexiste par ailleurs avec une utilisation ecclésiale de la reconnaissance de grands mérites à l’éternel féminin, à commencer par le « génie féminin », une attitude qui éloigne la véritable reconnaissance des qualités concrètes des femmes.

Au sujet du sacerdoce, Anne-Marie Pelletier soutient depuis longtemps qu’il ne faut pas tomber dans le piège idéologique de demander le sacerdoce féminin, comme si l’égalité des carrières suffisait à assurer l’égalité entre les sexes, alors que la différence entre les femmes et les hommes ne doit pas nécessairement être considérée comme une différence au sens hiérarchique, même si cela se produit.

Pour l’érudite française, le sacerdoce ordonné doit en effet être radicalement repensé à travers une réévaluation du sacerdoce baptismal, évitant ainsi les interprétations qui le rapprochent des défis du pouvoir mondain, soit pour défendre, soit pour conquérir, les matrices du cléricalisme. Pour les femmes chrétiennes, il y a donc la possibilité de vivre le sacerdoce baptismal qui définit comme « essentiel », un sacerdoce « qui s’exerce dans le réalisme incarné de la vie quotidienne, où il s’agit de servir la chair de l’autre, à l’exemple du Christ » et « de témoigner à tous que dans l’Eglise, il n’y a d’autres ministères que le service et que tout ministère est une organisation pour servir ».

Anne-Marie Pelletier est en effet convaincue que seule une nouvelle ecclésiologie, qui adopte un centre de gravité baptismal et non plus clérical, peut offrir un véritable antidote au cléricalisme. Et elle a même le courage d’écrire que le cléricalisme actuel présente des points de contact avec la revendication des groupes de femmes pour l’accès au sacerdoce ordonné.

Cette réflexion et d’autres encore sont des repères créatifs qui poussent à repenser différemment la question de la femme, ce qui « peut avoir des répercussions importantes et positives sur la manière de considérer le corps ecclésial dans son ensemble ». Parce que, à l’origine des réflexions d’Anne-Marie, il y a une question essentielle : « Quelle contribution spécifique les femmes apportent-elles à la conscience que l’Église a d’elle-même ? »

C’est précisément la raison pour laquelle l’Église doit écouter les femmes, et pas seulement pour une question de justice. Mais parce que les femmes vivent dans la réalité le visage d’une Eglise servante et pauvre, maternelle, ce visage que les prêtres exaltent dans leurs propos mais ont du mal à vivre dans les faits.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

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