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Baptême, Chapelle Sixtine © L'Osservatore Romano

Baptême, Chapelle Sixtine © L'Osservatore Romano

Le pape François a été baptisé à Noël le 25 décembre 1936 par le p. Pozzoli

Trois anniversaires en décembre pour le pape

Dans son message de Noël 2017, le pape François fait un tour du monde de la souffrance des enfants et il dit une nouvelle fois “non” : en contemplant l’Enfant de la crèche, il “voit Jésus” dans chaque enfant. C’est que lui-même est placé, pour trois raisons au moins, sous le signe de l’Enfant de Noël. Car, au mois de décembre, le pape fête trois anniversaires importants: son ordination sacerdotale, le 13 décembre, son anniversaire de naissance, le 17 décembre, et son baptême, lorsqu’il avait 6 jours.

En ce 5e Noël au Vatican en effet, le pape François n’oublie pas qu’il était le fils d’émigrés et qu’il a été baptisé le jour de Noël, le 25 décembre 1936, à Buenos Aires, à San Carlos, par le père Enrique Pozzoli, salésien d’origine italienne lui aussi, ami de la famille Bergoglio: ce jour-là nul doute que les parents voyaient eux-mêmes aisément l’Enfant de la crèche dans le petit Jorge Mario.

Le pape doit s’en souvenir, lorsque, pour la fête du baptême du Christ – cette année le dimanche 7 janvier 2018 – il baptise des nouveaux-nés en la Chapelle Sixtine.

Ce père Enrique est important non seulement pour la famille Bergoglio mais aussi pour la vocation du jeune Jorge Mario. Evoquer cet anniversaire du baptême et évoquer l’anniversaire de l’ordination sacerdotale c’est immanquablement évoquer le père Enrique et la gratitude du pape à son égard.

Baptisé le 25 décembre

Le pape accorde une importance spéciale à ce troisième anniversaire. Il a souvent invité les chrétiens à connaître, voire chercher la date de leur baptême, comme lors de l’audience générale du 11 janvier 2016 : « Je vous invite donc à rechercher la date, en la demandant par exemple à vos parents, vos grands-parents, vos parrains et marraines, ou en vous adressant à la paroisse. Il est très important de la connaître car c’est une date à fêter : c’est la date de notre renaissance comme enfants de Dieu. Alors, petit devoir à la maison cette semaine : rechercher la date de mon baptême. »

Il soulignait le sens d’une telle démarche, dans un double mouvement de foi en Jésus et de service de la fraternité dans le monde: « Fêter ce jour signifie réaffirmer notre adhésion à Jésus, et nous engager à vivre en chrétiens, membres de l’Église et d’une nouvelle humanité, où tous sont frères. »

On retrouve ce double mouvement de la vie chrétienne dans son message Urbi et Orbi de ce 25 décembre 2017: contempler l’Enfant de la crèche et le reconnaître dans chaque enfant pour dire non à la souffrance des enfants.

Le pape a un jour répondu à un enfant que ce qu’il ferait s’il le pouvait, ce serait de guérir les enfants. Souvent il a donné les enfants en exemple, comme lors de sa visite au Paraguay en juillet 2015: « Les enfants sont parmi les privilégiés de Jésus. Il nous regarde et dit : apprenez d’eux. Nous devons apprendre de vous, de votre confiance, de votre joie, de votre tendresse. De votre capacité de lutte, de votre courage. De votre incomparable capacité de résistance. »

Anniversaire de mariage

A propos du père Pozzoli, il a confié ses « souvenirs salésiens », dans une lettre de six pages, tapées à la machine par lui, en espagnol, à Cordoba (Argentine), le 20 octobre 1990, au père Cayetano Bruno, lui-même salésien, de Buenos Aires, historien de l’Eglise en Argentine, à l’occasion du 29e anniversaire de la mort du père Pozzoli. Puis il lui a adressé une seconde lettre de « souvenirs salésiens ». De larges extraits de l’inédit a été publié en italien par L ‘Osservatore Romano des 23-24 décembre 2013.

On y découvre un père Pozzoli amateur de photographie. Et qu’ayant vécu à Turin, le papa Bergoglio était déjà proche des salésiens. Il rappelle aussi comment la providence a permis que la famille Bergoglio ne s’embarque pas, comme c’était initialement prévu, sur le « Principessa Mafalda » qui a coulé avant d’arriver en Argentine, mais le « Giulio Cesare».

C’est aussi grâce au père Pozzoli que Mario José Francisco Bergoglio rencontra sa femme, Regina Maria Sivori Gogna: ils se marièrent le 12 décembre 1935 (quatrième anniversaire de décembre !).

Lorsque la famille est ruinée, après un décès et la récession économique, c’est le père Pozzoli qui trouve quelqu’un pour prêter au jeunes mariés 2 000 pesos et leur permettre de se remettre en selle.

Et quand la maman est épuisée, après la naissance de son cinquième enfant, il aide les quatre aînés à entrer, en 1949, dans un internat, le temps qu’elle se remette. Il n’abandonnait pas ses « jeunes ». Il a d’ailleurs baptisé quatre des cinq enfants Bergoglio : il se trouvait à Ushuaia lors de la naissance du second.

Il venait régulièrement déjeuner chez les grands-parents maternels, Francisco Sivori et Maria Gogna : il était « le père spirituel de la famille ».

La vocation de jésuite

Plus encore, c’est lui qui est « intervenu de façon décisive » en 1955 pour la vocation du jeune Jorge Mario qui avait fait une expérience spirituelle forte, le 21 septembre 1954, à 16 ans, lors d’une confession au père Carlos B. Duarte Ibarra, à Flores (Buenos Aires). Et l’étudiant en chimie voulait être prêtre : il n’en dit rien jusqu’en novembre 1955. « A la maison, ils ne sont pas convaincus. Ils étaient des catholiques pratiquants… mais ils préféraient que j’attende quelques années, en étudiant à l’Université », commente le père Bergoglio en 1990.

Au moment où le pape a convoqué, pour octobre 2018, un synode sur les jeunes et sur le discernement des vocations, rappeler ces événements peut être éclairant.

Le jeune Jorge Mario parle de son désir et de l’opposition de sa famille au père Pozzoli qui l’invite à « prier » et à tout « mettre dans les mains de Dieu ». A l’occasion de leur messe d’anniversaire de mariage, le 12 décembre, les parents Bergoglio invitent le p. Pozzoli à un petit déjeuner décisif : il ne leur force pas la main, il leur raconte des vocations, la sienne… Les parents Bergoglio se laissent attendrir.

Le père Enrique continuera à veiller sur Jorge Bergoglio qui entre au séminaire en 1956 mais souffre une pneumonie en août 1957, et il risque de mourir. Il est opéré. Pozzoli lui rend visite à l’hôpital. Il rentre chez lui et mûrit son désir de devenir jésuite. Il entrera finalement au noviciat. Et il sera ordonné le 13 décembre 1969.

Le p. Pozzoli sera là aussi à la mort de Mario José Bergoglio, le 21 septembre 1961. Le salésien s’éteint lui-même moins d’un mois plus tard, le 20 octobre.

Jorge Mario Bergoglio avoue : « Si, dans ma famille, on vit aujourd’hui sérieusement en chrétiens, c’est grâce à lui. Il a su mettre en place et faire grandir les fondements de la vie catholique ». Et il cite les fruits en vocations dont un cousin, un neveu, jésuite, une nièce, religieuse : « Il donnait beaucoup d’importance à la dévotion à Marie Auxiliatrice. Aussi à saint Joseph (…). En somme, il a laissé un héritage spirituel. Il a été un artisan du Royaume de Dieu. »

Et le père Bergoglio dit sa gratitude: « Je me souviens de lui tous les jours dans l’office divin quand je prie pour les défunts… Et croyez-moi j’éprouve de la joie de ce sentiment de gratitude que le Seigneur me donne. »

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée près le Saint-Siège depuis 1995. Rédactrice en chef du service en français de ZENIT qu'elle a créé en janvier 1999.

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