« Jésus, Présence qui sauve », par Mgr Follo

Commentaire des lectures de dimanche prochain, 13 août 2017

Mgr Follo, 2016 © courtoisie de la Mission du Saint-Siège à l'UNESCO

Mgr Follo, 2016 © courtoisie de la Mission du Saint-Siège à l'UNESCO

« Jésus, une Présence qui sauve »: sous ce titre, Mgr Francesco Follo commente les lectures de la messe de dimanche prochain, 13 août 2017, XIXe dimanche du Temps ordinaire  (1Rois 19,9.11-13; Ps 84; Rm 9,1-5; Mt 14,22-33).

L’Observateur permanent du Saint-Siège à Paris, à l’UNESCO, propose aussi comme lecture Patristique, un extrait du commentaire d’Origène (185 – 253) sur l’évangile de Matthieu.

L’archevêque italien, souhaite à ses lecteurs de « prier le Christ pour ne pas être emporté par les vagues de la vie et de marcher avec lui vers sa paix ». 

Jésus, Présence qui sauve

 

1) La prière de Jésus

En lisant le récit de l’Evangile proposé aujourd’hui par la liturgie de la messe, l’attention est attirée par le Christ qui manifeste sa puissance en marchant sur l’eau et en calmant la tempête de la mer. Cependant, avant de parler de la force par laquelle le Christ manifeste sa divinité, je voudrais attirer l’attention sur deux faits que l’Evangile de cadre aujourd’hui: la prière solitaire de Jésus (« il gravit la montagne pour prier » Mt 14, 23) et le manque de foi de Pierre (« homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? » Mt 14, 31).

Dans le rythme intense de sa journée, Jésus trouve toujours le temps pour la prière. Le Fils de Dieu fait homme prie dans la solitude et la nuit (Mt 14, 23; Mc 1,35; Lc 5,16), à l’heure des repas (Mt 14,19; 15,36; 26,26 – 27). A l’occasion des événements importants : pour son baptême dans le Jourdain (Lc 3,21), avant de choisir les douze apôtres (Lc 6,12), à la Transfiguration sur le Mont Thabor (Lc 9,28-29), avant d’enseigner à prier (Lc 11,1; Mt 6,5), à Gethsémani (Mt 26,36-44), sur la croix (Mt 27,46; Lc 23,46). Il prie pour ses bourreaux (Lc 23,34), pour Pierre (Lc 22,32), pour ses disciples et pour ceux qui les suivent (Jn 17,9-24). Il prie aussi pour lui-même (Mt 26,39; Jn 17,1 – 5; He 5,7). Il apprend à prier (Mt 6,5), il manifeste une relation permanente avec le Père (Mt 11,25 – 27), sûr qu’il ne le laisse jamais seul (Jn 8,29) et qu’il l’exauce toujours (Jn 11,22.42; Mt 26,53). Enfin, il promet (Jn 14, 16) de continuer à intercéder pour nous dans la gloire (Rm 8,34; He 7,25; 1 Jn 2,1).

Je vous avoue que j’aimerais connaître le secret intime de la prière du Christ, bien que je sache que je n’y peux pas entrer complètement. Cependant, il est possible y entrer au moins un peu, en gardant à l’esprit – en premier lieu – que Jésus est toujours tourné vers Dieu en l’invoquant par le nom du Père. La prière de Jésus est avant tout filiale. En s’adressant à Dieu comme Père, Jésus révèle la relation unique qui le lie à lui. A cet égard il est important de garder à l’esprit que Jésus était aussi conscient d’être homme, et en tant qu’homme – dans la solitude – il se comparait avec le Père et avec sa parole pour retrouver constamment l’éclat de son chemin évangélique et le courage de le parcourir.

En second lieu, il faut remarquer la prière de Jésus est une prière obéissante. C’est la prière du Fils et, en même temps, c’est la prière du Serviteur du Seigneur, parce que la relation avec le Père implique la familiarité et l’obéissance. La conscience de sa filiation et la dépendance totale sont les deux piliers de la prière de Jésus. Ce sont les structures essentielles de sa personne et elles devraient l’être pour chacun de nous. Si nous prions en authentique, totale et filiale dépendance, notre prière sera exaucée déjà à l’instant même où nous l’adressons à Dieu. Peut-être sera-t-elle accomplie d’une manière différente que prévu, mais néanmoins elle le sera vraiment. Et, à chaque fois, seront étonnés de l’infinie possibilité d’accomplissement que Dieu a en donnant la Vie à notre vie dans la vérité et dans l’amour.

« Prions, frères bien-aimés – écrit saint Cyprien, évêque de Carthage – comme Dieu, le Maître, nous l’a enseigné. C’est une prière confidentielle et intime que de prier Dieu avec ce qui est à lui, à faire monter à ses oreilles la prière du Christ. Que le Père reconnaisse les paroles de son Fils, quand nous prions. Que celui qui demeure intérieurement dans notre âme soit également présent dans notre voix … Quand nous prions, nous devons avoir une façon de parler et de prier qui, avec de la discipline, nous maintienne dans le calme et dans la modestie. Pensons que nous sommes sous le regard de Dieu. Il faut plaire aux yeux divins aussi bien par la position du corps que par le ton de la voix … Et quand nous nous réunissons ensemble avec nos frères et que nous célébrons les sacrifices divins avec le prêtre de Dieu, nous devons nous rappeler d’avoir une crainte respectueuse et de la discipline, de ne pas donner au vent -ici et là- nos prières avec des voix désordonnées, ni de jeter avec un verbiage impétueux une requête qui devrait être recommandée à Dieu par la modestie, car Dieu est l’auditeur non pas de la voix, mais du cœur (non vocis sed cordis) « (Saint-Cyprien, Notre Père: la prière du Seigneur 3-4). Ce sont des paroles qui sont valables encore aujourd’hui et qui nous aident à célébrer la Sainte Liturgie dans l’Église et à bien prier à la maison.

  • La prière de Pierre et la nôtre.

     En plus de la prière du Christ, l’Evangile d’aujourd’hui nous montre la prière de saint Pierre qui, par la foi, est sorti de la barque et marche sur l’eau vers Jésus. Même s’il a quitté la barque parce qu’il croyait dans le Christ, l’Apôtre Pierre manque de foi et, alors qu’il est en train de couler, il dit, ou plus précisément, il prie en criant: « Seigneur, sauve-moi! ».

La petite foi du Premier des Apôtres est fortifiée par la prière. Donc, la chose importante c’est d’avoir la foi, même si elle n’est pas grande, et de prier comme Pierre: « Seigneur, sauve-moi! ».

Pour illustrer cela, je suggère que nous revenions au dialogue entre Pierre, un pêcheur de poissons, et Jésus, le Pêcheur d’hommes, comme le raconte l’Evangile d’aujourd’hui.

Le Premier des Apôtres marche sur l’eau comme Jésus, mais pas par sa propre puissance. Sa capacité à marcher sur l’eau dépend uniquement de la parole du Seigneur (« viens ! ») et la force de Pierre est toute dans la foi. C’est une grande leçon pour nous tous. Si dans la foi nous nous accrochons au Christ, nous pouvons accomplir les mêmes miracles du Seigneur. Mais si cette foi s’affaiblit (« homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? »), à ce moment-là nous devenons une proie facile des forces du mal. Le doute dont nous parlons, n’est pas un doute intellectuel sur les vérités de la foi, mais il est provoqué par le manque d’abandon total et d’un amour confiant dans le Christ face aux difficultés de la vie.

L’important c’est que nous saisissions la main tendue par le Christ. Saint Augustin d’Hippone, imaginant s’adresser à Saint-Pierre, écrit: le Seigneur  « se pencha vers le bas et t’a pris par sa main. Avec ta seule force tu ne peux pas te lever. Serre la main de celui qui descend jusqu’à toi » (Ennar. in Ps. 95,7, PL 36, 1233) et il dit ceci non seulement au Chef des Apôtres, mais il le dit a nous aussi. Saint-Pierre marche sur l’eau non pas par sa force, mais par la grâce de Dieu dans lequel il croit. Et quand il est vaincu par le doute, quand il ne vise plus le regard de Jésus, mais qu’il a peur du vent, quand il n’a pas entièrement confiance dans la parole du Maître, cela signifie que dans son coeur il est en train de s’éloigner de Lui. C’est à ce moment-là qu’il risque de sombrer dans la mer des tempêtes de la vie. Il en est ainsi pour nous aussi. Si nous nous regardons seulement nous-mêmes, nous devenons dépendants des vents et nous ne pouvons plus traverser tempêtes en marchant sur les eaux de la vie. La fatigue pleine de peur du pêcheur de Galilée nous fait comprendre qu’avant même que nous le cherchions ou l’invoquions, le Rédempteur lui-même vient à notre rencontre. Il « abaisse le ciel » pour tendre la main et nous amener à sa hauteur. La seule chose que le Christ demande c’est que nous ayons pleinement confiance en lui, en saisissant avec force sa main tendue.

De cette façon, nous comprendrons plus profondément la vérité de Dieu, et nous ferons l’expérience de son amour, qui nous tire hors de l’ « espace » des eaux tumultueuses de la vie et nous introduit dans le véritable « espace » de paix que Dieu donne, comme -aujourd’hui- nous voyons que cela arrive à saint Pierre.

Prions Notre Dame, dont dans quelques jours nous célébrerons l’Assomption au ciel. L’Assomption au ciel de Marie dans son corps est une source de lumière pour comprendre le sens de notre pèlerinage terrestre et un brillant exemple d’amoureuse confiance et d’abandon total. De cette façon, même au milieu des préoccupations, des problèmes et des difficultés qui agitent la mer de notre vie, les paroles rassurantes de Jésus résonnent dans nos cœurs. Le Messie nous dit à nous aussi: « Courage. C’est moi, n’ayez pas peur », et notre foi en Lui grandira.

Cette solennité nous empêche de transformer notre vie dans une navigation qui ne vise aucun port, sur un bateau avec une mer agitée.

Enfin, la réflexion habituelle qui est adressée en particulier aux vierges consacrées, mais je pense qu’elle est utile à tout le monde. Le jour de l’Assomption, l’Eglise (et donc nous) célébrons le corps de Marie élevé au le ciel ou, mieux dit : la personne de Marie est faite monter au ciel dans son intégralité : corps et âme. Aujourd’hui, nous comprenons facilement que le salut né de la résurrection de Jésus ne concerne pas seulement notre âme, notre personne dans sa dimension spirituelle. Il ne se réduit pas à sa dimension spirituelle. Nous « sommes » aussi un corps. La personne humaine est une personne corporelle, et notre corps est un corps personnel. Le salut chrétien ne serait pas vrai s’il n’était pas aussi le salut du corps. Comme nous pouvons bien comprendre en écoutant l’exhortation de saint Paul: « Je vous exhorte, donc, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant » (Rm 12, 1). Et encore: « … vous ne savez pas que votre corps est un temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez de Dieu …? Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1 Co 6, 19 – 20]. L’offrande du corps dans la virginité consacrée est le plus grand exemple de comment nous pouvons prendre au sérieux l’exhortation de saint Paul que je viens de mentionner, et qui nous invite à ne pas se laisser tromper par les séductions du monde. Les nombreuses expositions et les célébrations du corps qui caractérisent notre époque sont en fait un mépris du corps. Un mépris qui dans la publicité il arrive à utiliser le corps des femmes pour vendre un produit.

« Glorifiez, donc, votre corps! ». Le corps humain est, par conséquent, pour la gloire lorsque la personne humaine vit sa sexualité et tout son physique en obéissance amoureuse à la volonté de Dieu, qui est une obéissance au sens même de la sexualité, à sa nature la plus intime et originale qui n’est de se vendre ou de se jeter (de se laisser instrumentaliser), mais de se donner.

Le mot chasteté dit -tout de suite et bien- l’austérité et la maîtrise de soi. Mais elle ne consiste pas seulement dans le gouvernement de nos passions par la force. La maîtrise de soi consiste dans l’abandon avec confiance à Celui qui nous a créés, qui nous aime et qui nous connaît mieux que nous-même. C’est faire de la place à l’intérieur de nous-mêmes a la seigneurie du Christ, c’est-à-dire se sentir aimés par Lui et désirer de croire en Lui davantage et de le remercier en observant ce qu’il nous demande. La conversion, c’est-à-dire le gouvernement ordonné de notre personne, c’est l’attitude que nous avons quand nous nous sentons aimés de Dieu. Les vierges consacrées ont la vocation de vivre, de témoigner, d’être le reflet de cet amour de Dieu. 

Lecture Patristique

Origène (185 – 253)

Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 11,6 (GCS 10, 43-45)

 

S’il nous arrive d’être exposés à des tentations inévitables, rappelons-nous que Jésus nous a obligés à monter dans la barque et qu’il veut que nous le précédions sur l’autre rive (Mt 14,22). A la vérité, il est impossible d’atteindre l’autre rive sans supporter l’épreuve des vagues et du vent contraire. Lorsque nous nous verrons assaillis de nombreuses et graves difficultés, et que nous serons fatigués d’effectuer cette traversée avec des moyens modestes et limités, pensons que notre barque arrivant alors au milieu de la mer est tourmentée par les flots (Mt 14,24), qui veulent que nous fassions naufrage dans la foi (1Tm 1,19) ou dans quelque autre vertu. Mais lorsque nous verrons l’esprit du Mauvais combattre nos entreprises, pensons qu’alors le vent nous est contraire.

Quand donc nous aurons subi ces assauts au long des trois veilles de la nuit, en traversant l’obscurité des tentations, luttant avec tout le courage dont nous sommes capables et prenant garde à ne pas faire naufrage dans la foi ou dans quelque autre vertu, <> croyons alors qu’à la quatrième veille (Mt 14,25), lorsque la nuit sera avancée et que le jour sera tout proche (Rm 13,12), le Fils de Dieu viendra vers nous en marchant sur la mer (Mt 14,25) pour nous la rendre bienveillante. Et lorsque nous verrons le Verbe nous apparaître, nous serons troublés avant de comprendre clairement que c’est le Sauveur, venu habiter parmi nous. Croyant encore voir un fantôme (Mt 14,26), pleins de crainte, nous pousserons des cris. Mais lui nous parlera aussitôt: Confiance, dira-t-il, c’est moi, n’ayez pas peur (Mt 14,27).

Et il peut se trouver parmi nous un Pierre (Mt 14,28) tendant vers la perfection (He 6,1) sans y être encore parvenu, que cette parole d’encouragement remplira d’une ardeur nouvelle. Comme pour échapper à cette tentation qui le tourmente, il descendra de la barque ; voulant aller vers Jésus, il se mettra à marcher sur les eaux (Mt 14,29); mais, avec sa foi encore faible et ses doutes, il verra la violence du vent, il prendra peur et commencera à enfoncer. Pourtant, il ne coulera pas, parce qu’il appellera Jésus d’une voix forte et lui dira: Seigneur, sauve-moi (Mt 14,30)! Puis, à peine ce Pierre aura-t-il fini de parler et de dire: Seigneur, sauve-moi!, que le Verbe étendra la main pour lui porter secours; il le saisira au moment où il commencera à enfoncer et lui reprochera son peu de foi et ses doutes.

Observez toutefois qu’il n’a pas appelé Pierre « incrédule », mais homme de peu de foi, et qu’il lui a dit: Pourquoi as-tu douté? (Mt 14,31), car il avait une certaine foi, mais penchait aussi dans le sens contraire. Après cela, Jésus et Pierre monteront dans la barque, et le vent tombera (Mt 14,32), et ceux qui seront dans la barque, sachant de quels périls ils ont été sauvés, se prosterneront devant lui en disant : Vraiment, tu es le Fils de Dieu (Mt 14,33).

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