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Visite au patriarche Néophyte (Bulgarie), 5 mai 2019 © Vatican Media

Visite au patriarche Néophyte (Bulgarie), 5 mai 2019 © Vatican Media

La force du pape, les patriarches orthodoxes, Mère Teresa, Jean Vanier…, conférence de presse dans l’avion

Hommage aux patriarches orthodoxes et aux soeurs de Mère Teresa

La force du pape François, ses impressions de Bulgarie et de Macédoine du Nord, les relations avec les Orthodoxes, diaconat des femmes, l’appel téléphonique à Jean Vanier: autant de questions posées par les journalistes dans l’avion de l’Alitalia – un A321 – qui ramenait le pape François de Skopje à Rome mardi soir, 7 mai 2019.

Il a rendu hommage aux patriarches orthodoxes: des « hommes de Dieu ». Il a évoqué les Premières communions de Rakovski, en Bulgarie,  et la douceur des soeurs de Mère Teresa, en Macédoine du Nord.

« Je ne me fatigue pas pendant les voyages »

A Petas Nanev (TV bulgare), le pape a répondu en riant: « Tout d’abord, j’aimerais te dire que je ne vais pas voir de sorcier. Je ne sais pas, vraiment. C’est un don du Seigneur. Quand je suis dans un pays, j’oublie tout, mais pas parce que je le veux. J’ai l’impression de m’oublier et je suis juste là. Et puis ça me donne de la persévérance. Je ne me fatigue pas pendant les voyages. C’est après que je suis fatigué. Je crois que le Seigneur me donne la force. Je demande au Seigneur d’être fidèle, de le servir, que ces voyages ne soient pas du tourisme. Et puis… je ne travaille pas tant que cela ! », rapporte Vatican Media (Andrea Tornielli).

La douceur qui désarme l’insulte et les Premières communions

Spontanément, le pape a livré ses impressions du voyage en commençant par la douceur des soeurs de Mère Teresa: »Une chose m’a touchée : deux expériences fortes, l’une avec les pauvres ici en Macédoine aujourd’hui dans le mémorial de Mère Teresa. Il y avait beaucoup de pauvres, mais voir la douceur de ces sœurs qui s’occupaient des pauvres sans paternalisme, comme s’ils étaient des enfants. Une douceur, et aussi la capacité de caresser les pauvres. Aujourd’hui, nous sommes habitués à nous insulter : le politicien insulte l’autre, un voisin insulte l’autre, même dans la famille on s’insulte. Je n’ose pas dire qu’il y a une culture de l’insulte, mais c’est une arme à portée de main, même parler mal des autres, la calomnie, la diffamation. Voir ces sœurs qui s’occupaient de chaque personne comme s’il était Jésus. J’ai été frappé. Un jeune homme s’est approché de moi : la supérieure m’a dit : « C’est bien : priez pour lui parce qu’il boit trop… ». Elle l’a caressé avec la tendresse d’une mère. Cela m’a fait ressentir l’Église-mère. Et je remercie la Macédoine d’avoir ce trésor. »

« Et puis une autre expérience forte, a continué le pape, ce fut la Première communion en Bulgarie : j’ai été ému parce que ma mémoire est remontée à ma Première communion le 8 octobre 1944… J’ai vu ces enfants qui se s’ouvrent à la vie par une décision sacramentelle. L’Église protège les enfants, ils sont une limite parce qu’ils sont encore petits, mais ils sont une promesse, ils doivent grandir. J’ai senti à ce moment-là, que ces 245 enfants étaient l’avenir de l’Église et de la Bulgarie. »

Bulgarie et Macédoine, la mystique du respect

En réponse à Bigana Zherevska (TV macédonienne), le pape a confié: « Ce sont deux nations totalement différentes. La Bulgarie est une nation avec une tradition séculaire. La Macédoine a aussi une tradition séculaire, mais pas en tant que pays, en tant que peuple. Elle a récemment réussi à s’établir en tant que nation, une belle lutte. Pour nous chrétiens, la Macédoine est un symbole de l’entrée du christianisme en Occident. Le christianisme est entré en Occident par votre intermédiaire, un Macédonien a appelé Paul, qui voulait aller en Asie. Le peuple macédonien ne manque pas l’occasion de nous rappeler que le christianisme est entré par votre porte parce que Paul a été appelé par un Macédonien. La Bulgarie a dû se battre beaucoup en tant que nation. En 1877, 200 000 soldats sont morts pour reprendre l’indépendance des mains des Ottomans. »

Le pape François faisait ainsi allusion à la guerre russo-turque de 1877-1878, qui a opposé l’Empire ottoman à l’Empire russe, allié à la Roumanie, à la Serbie et au Monténégro, premier conflit sur toile de fond le panslavisme, « assignant à la Russie le devoir de libérer les peuples slaves encore sous la domination turque et de constituer une confédération panslave ».

Il a poursuivi ses observations en disant: « Tant de luttes pour l’indépendance, tant de sang, tant de mystique pour consolider l’identité. Dans les deux pays, il existe des communautés chrétiennes orthodoxes, catholiques et musulmanes. Le pourcentage d’orthodoxes est très fort dans les deux pays. Celui des musulmans est moindre. Les catholiques sont peu nombreux (en Bulgarie plus nombreux qu’en Macédoine). Mais j’ai vu une chose dans les deux pays : il y a de bonnes relations entre les différentes confessions : en Bulgarie, nous l’avons vu avec la prière pour la paix. C’est normal pour les Bulgares: chacun a le droit d’exprimer sa religion et le droit d’être respecté: cela m’a frappé. Puis la conversation avec le Patriarche Néophyte m’a beaucoup aidé, c’est un homme de Dieu ! En Macédoine, j’ai été frappé par une phrase du président: « Ici, il n’y a pas de tolérance pour la religion, il y a du respect ». On la respecte. Et cela aujourd’hui, dans un monde où il y a un manque de respect pour les droits de l’homme, pour les enfants, pour les personnes âgées, que la mystique d’un pays soit le respect, ça m’a fait du bien. »

Les contacts avec les Orthodoxes

En répondant à Silvije Tomasevic (Vecernji List), sur les relations avec les Orthodoxes, et l’éventuelle canonisation du cardinal croate Stepinac, béatifié par Jean-Paul II en 1998, le pape a fait une distinction entre les « hommes de Dieu » et les « contentieux historiques »: « En général, les relations sont bonnes, et il y a de la bonne volonté. Je peux vous dire sincèrement que j’ai rencontré des hommes de Dieu parmi les patriarches. Néophyte est un homme de Dieu. Et puis Elie II, je le porte dans mon cœur. J’apprécie le Patriarche de Géorgie, c’est un homme de Dieu qui me fait tant de bien. Bartholomée est un homme de Dieu, Cyrille est un homme de Dieu… mais vous pourriez me dire : celui-ci a ce défaut, celui-ci est trop politique… Mais nous avons tous des défauts, j’en ai aussi. Tous sont des hommes de Dieu. Ensuite, il y a des contentieux historiques entre nos Églises, certaines anciennes. Le président m’a parlé aujourd’hui du schisme d’Orient, qui a commencé ici en Macédoine. Le Pape vient-il recoudre le schisme ? Je ne sais pas. Nous sommes frères, nous ne pouvons pas adorer la Sainte Trinité sans les mains unies de nos frères. Sur la canonisation de Stepinac: c’était un homme vertueux, c’est pourquoi l’Eglise l’a déclaré bienheureux. Mais à un certain moment du processus, il y a eu des points peu clairs et moi qui dois signer la canonisation, priant, réfléchissant et demandant conseil, j’ai vu que je devais demander de l’aide au Patriarche serbe Irénée et il m’a aidé. Nous avons créé une commission historique ensemble : que ce soit lui ou moi, nous ne voulons pas commettre d’erreurs, nous sommes intéressés par la vérité. Maintenant, d’autres points sont à l’étude pour que la vérité soit claire. Je n’ai pas peur de la vérité. J’ai seulement peur du jugement de Dieu. »

Les travaux sur les diaconesses

Joshua McElwee (National Catholic Reporter) a posé la question du diaconat féminin. Le pape a évoqué la mise ne place d’une commission d’étude sur le diaconesses dans l’Eglise primitive: « La commission a été créée, elle a fonctionné pendant presque deux ans. Ses membres étaient tous différents, chacun pensait différemment, mais ils ont travaillé ensemble et se sont mis d’accord jusqu’à un certain point. Chacun d’entre eux a alors sa propre vision, qui n’est pas en accord avec celle des autres et là ils se sont arrêtés en tant que commission. Sur le diaconat féminin : il y a une façon de le concevoir d’une manière différente du diaconat masculin. Par exemple, les formules d’ordination diaconale trouvées jusqu’à présent ne sont pas les mêmes que pour l’ordination du diacre masculin, et ressemblent plutôt à ce qui serait aujourd’hui la bénédiction abbatiale d’une abbesse. Voilà le résultat. D’autres disent non, c’est une formule diaconale… Il y avait des diaconesses au début. Mais leur ordination était-elle sacramentelle ou non ? Ils m’ont aidé. Par exemple, dans la liturgie des baptêmes, qui étaient par immersion, quand une femme était baptisée, les diaconesses aidaient… Puis on a trouvé un document où l’on voyait que les diaconesses étaient appelées par l’évêque quand il y avait une dispute matrimoniale pour la dissolution du mariage. Les diaconesses étaient envoyées pour examiner les contusions du corps de la femme battue par son mari. Mais il n’y a aucune certitude que leur ordination avait la même forme et le même but que l’ordination masculine. Certains disent : il y a un doute. Continuons à étudier. Mais pour le moment, ça ne va pas. Ensuite, il est curieux que là où il y avait des diaconesses c’était presque toujours une zone géographique, surtout la Syrie…  J’ai appris toutes ces choses de la commission: on a fait du bon travail et cela peut servir à avancer et à donner une réponse définitive par un oui ou un non. Personne ne le dit actuellement, mais certains théologiens d’il y a 30 ans disaient qu’il n’y avait pas de diaconesses parce que les femmes étaient à l’arrière-plan dans l’Église et pas seulement dans l’Église. Mais c’est curieux : à cette époque il y avait beaucoup de prêtresses païennes, le sacerdoce féminin était à l’ordre du jour dans les cultes païens. Nous en sommes là et chacun des membres étudie sa thèse. »

Le pape a téléphoné à Jean Vanier

Jean Vanier, le fondateur de l’Arche, s’est éteint dans la nuit de lundi 6 à mardi 7 mai: dans l’avion de Skopje à Rome, mardi soir, le pape a confié à la presse qu’il avait téléphoné à Jean Vanier et il lui a rendu un long hommage: « J’étais au courant de sa maladie. Soeur Geneviève Jeanningros me tenait au courant. Je lui ai téléphoné la semaine dernière. Il m’a écouté mais il ne pouvait quasiment pas parler. Je voudrais exprimer ma gratitude pour son témoignage. un homme qui a su lire l’exigence chrétienne à partir du mystère de la mort, de la croix, de la maladie, du mystère de ceux qui sont dévalorisés, mis au rebut dans le monde. Il n’a pas seulement travaillé pour les laissés-pour-compte,  mais aussi pour ceux qui, avant de naître, peuvent être condamnés à mort. Il a dépensé sa vie comme cela. Simplement, merci à lui et merci à Dieu de nous avoir donné cet homme et son grand témoignage . » (avec Kto)

About Anita Bourdin

Journaliste accréditée au Vatican depuis 1995. A lancé Zenit en français en janvier 1999. Correspondante à Rome de Radio Espérance. Formation: journalisme (IJRS, Bruxelles), théologie biblique (PUG, Rome), lettres classiques (Paris IV, Sorbonne).

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