Mgr Pierre Goudreault © Anne van Merris

Mgr Pierre Goudreault © Anne van Merris

Mgr Pierre Goudreault, président des évêques canadiens : quelle vision pour l’Église au Canada ?

Interview de Mgr Goudreault : « C’est dans ce monde sécularisé que Dieu nous donne rendez-vous »

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Actuellement évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, au Québec, Mgr Pierre Goudreault est également président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) depuis septembre 2025.

Impliqué au sein de l’exécutif de la CECC depuis 2019, il bénéficie d’une vision d’ensemble de l’Église catholique au Canada, connait bien les priorités pastorales et les enjeux auxquels les évêques canadiens sont aujourd’hui confrontés. Zenit l’a interviewé à Rome. 

 

Zenit : Quelles sont aujourd’hui les priorités pastorales de l’Église du Canada ?

Mgr P. Goudreault : Il y a quatre priorités essentielles. La première s’inscrit dans la mise en œuvre de la synodalité. La Conférence épiscopale a mandaté une équipe nationale formée de laïcs, de personnes consacrées et d’évêques pour consolider un réseau avec les responsables des équipes synodales diocésaines. Le premier objectif vise à échanger sur les meilleures pratiques qui favorisent cette mise en œuvre. Le deuxième consiste à offrir des formations continues.

Une autre priorité se concrétise dans le dialogue œcuménique. Dans l’Église au Canada, nous retrouvons une dizaine de dialogues bilatéraux. De plus, nous comptons sur la contribution du Conseil canadien des Églises, qui renforce un dialogue multilatéral avec 26 Églises chrétiennes. La stratégie nationale favorise une plus grande harmonie au sein des dialogues à partir de cinq pôles d’engagement interreliés : la formation des catholiques, l’œcuménisme spirituel, les relations et les dialogues vécus dans la vérité, les activités communes au cœur de la vie et l’engagement œcuménique de base.

Avec le 1er ministre Mark Carney : " Créer des liens avec les élus de notre pays" © Mgr Pierre Goudreault

Avec le 1er ministre Mark Carney :  » Créer des liens avec les élus de notre pays » © Mgr Pierre Goudreault

D’autre part, les évêques sont préoccupés par l’intelligence artificielle, qui offre des avancées incroyables mais présente aussi de grands défis, tels que la protection des enfants ou le discernement entre ce qui est vrai et faux sur les réseaux sociaux. Il est clair que l’intelligence artificielle est là pour demeurer. Nous désirons donc accompagner les catholiques afin qu’ils discernent comment bien l’utiliser. Cela dit, l’enjeu principal consiste à bien naviguer avec elle, pour qu’elle devienne une force et non pas une contrainte dans notre quotidien.

Enfin, les évêques canadiens ont à cœur de continuer le chemin de guérison et de réconciliation qui a débuté depuis plusieurs années avec nos frères et sœurs des peuples autochtones. En 2023, nous avons eu le bonheur d’accueillir le pape François au Canada, venu vivre une démarche de pardon auprès des peuples des Premières Nations, des Métis et des Inuits. Par la suite, le pape Léon XIV s’est montré très intéressé à poursuivre ce chemin, et a accepté de réaliser le souhait du pape François en donnant 62 artéfacts aux communautés autochtones au Canada.

De plus, les évêques ont créé le « Fonds de réconciliation » qui cumule près de 30 millions de dollars canadiens, permettant de valoriser la culture chez les autochtones, leur langue et leur spiritualité. Ce chemin de réconciliation sera long, mais il est possible de le poursuivre dans l’accueil mutuel et la vérité reconnue, afin de mieux nous connaître dans le respect et de vivre un plus grand rapprochement. 

Zenit : Quels sont les principaux défis auxquels l’Église canadienne est confrontée ?

Mgr P. Goudreault : Dans le contexte de la sécularisation et de la laïcité, l’Église a le défi de communiquer de manière créative le message de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. Cela lui demande aussi de prendre parole de manière appropriée dans l’espace public à propos de certaines questions liées au respect de la dignité de la personne humaine à toutes les étapes de la vie. C’est d’autant plus important car certains enjeux éthiques se profilent avec des lois adoptées au Canada.

Notre société est très sécularisée, et plus fortement encore au Québec. La loi sur la laïcité tente d’expulser les manifestations de foi de l’espace public. Bien que les évêques reconnaissent que l’État soit laïc, ils estiment que les communautés de foi peuvent apporter leur contribution au bien commun, et qu’elles ne peuvent être exclues.

Ainsi, l’annonce de l’Évangile au Canada demeure un grand défi. Certes l’État est laïc, mais la société, elle, ne l’est pas. Elle est pluraliste. Comme Église, il importe que nous ne craignions pas la société sécularisée. Au contraire, nous sommes appelés à l’aimer, car c’est dans ce monde que Dieu nous donne rendez-vous pour témoigner de sa présence. 

Enfin, nous gagnons souvent à mieux connaître les défis que rencontrent les élus du pays et à créer des liens avec eux. Au cours de l’année, nous avons rencontré certains élus, dont M. Mark Carney, Premier ministre canadien, ainsi que d’autres députés incluant le chef de l’opposition officielle. Ces rencontres permettent de développer des relations de confiance, de mieux nous connaître et de partager des préoccupations de manière constructive pour le bien commun. 

Zenit : Comment l’Église au Canada a-t-elle évolué ces dernières années ?

Mgr P. Goudreault : La conversion missionnaire et la synodalité sont des aspects qui marquent l’évolution actuelle de l’Église au Canada. Progressivement, le peuple de Dieu prend conscience qu’il est important de développer de nouvelles initiatives et d’être créatifs pour aller à la rencontre des personnes qui connaissent peu Jésus-Christ ou qui ne l’ont pas encore rencontré. Ces personnes portent en elles l’Évangile, mais elles ont besoin d’être accompagnées pour s’éveiller à sa présence. Il y a encore beaucoup à faire sur le plan missionnaire. 

Un chemin de guérison et de réconciliation avec les peuples autochtones © Mgr Pierre Goudreault

Un chemin de guérison et de réconciliation avec les peuples autochtones © Mgr Pierre Goudreault

Grâce à la mise en œuvre de certaines initiatives synodales, je vois aussi des changements au niveau de la gouvernance des diocèses et des paroisses. À plusieurs endroits, des baptisés s’exercent à vivre un leadership synodal par l’écoute, la consultation, le processus de prise de décision guidé par le consensus. Nous découvrons l’importance de mieux valoriser les structures paroissiales et diocésaines qui favorisent l’avènement d’une Église plus synodale.

Depuis presque 20 ans, nous observons aussi dans la société canadienne une plus forte immigration, qui est une richesse. Ces nouveaux arrivants manifestent une foi profonde et revitalisent certaines communautés paroissiales. Mais un défi demeure pour les communautés chrétiennes d’ici : bien les accueillir, afin qu’ils se sentent avec nous chez eux.

Zenit : Vous avez évoqué la conversion missionnaire et la synodalité. Quels sont vos autres souhaits pour l’avenir de l’Église au Canada, et votre espérance ?

Mgr P. Goudreault : Un des chantiers qu’il importe de poursuivre est la formation chrétienne des baptisés engagés dans la mission, et tout particulièrement des leaders des communautés chrétiennes. La formation continue est importante pour les aider à relire leurs expériences missionnaires et à développer chez eux de nouvelles compétences.  

Rencontre avec le pape Léon XIV, 15 novembre 2025 © Mgr Pierre Goudreault

Rencontre avec le pape Léon XIV, 15 novembre 2025 © Mgr Pierre Goudreault

Il y aussi la question de la justice sociale. Malheureusement, j’observe que l’enseignement social de l’Église est peu connu chez les catholiques. Pourtant, il est d’une grande richesse ! Nous avons la chance de compter sur Développement et paix – Caritas Canada qui sensibilise les Canadiens et les Canadiennes, et les invite à participer à des actions de solidarité internationale auprès de partenaires dans les pays du Sud. Je souhaite vraiment que nous puissions approfondir l’enseignement social de l’Église en nous centrant sur l’option préférentielle pour les pauvres.

De plus, que ce soit au niveau des paroisses et des diocèses, je me réjouis de constater qu’il y a de plus en plus d’ouverture afin que, comme peuple de Dieu, nous marchions ensemble pour participer à la mission. Certes, je rêve que nous puissions poursuivre cette route en continuant à renouveler davantage nos approches missionnaires et en devenant de plus en plus une Église en sortie.

Enfin, la situation actuelle des fermetures de certaines églises au pays, la précarité financière des communautés chrétiennes et les ressources humaines limitées en pastorale nous donneraient bien des raisons de baisser les bras. Malgré tout, il importe de garder confiance et d’espérer en l’avenir. Déjà, il y a des signes d’une Église qui se renouvelle.

Ainsi, des jeunes adultes demandent de plus en plus le sacrement du baptême, des familles s’intéressent à transmettre la foi à leurs enfants, des personnes en quête de sens à la vie sont accueillantes au message de paix et de justice sociale de l’Église. N’ayons pas peur de nous laisser guider par l’Esprit Saint, car il nous devance sur la route de la mission pour nous faire entrevoir une Église qui est en train de naître !

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Anne van Merris

Anne van Merris, journaliste française, a suivi une formation à l'Institut européen de journalisme Robert Schuman, à Bruxelles. Elle a été responsable de la communication au service de l'Église catholique et responsable commerciale dans le secteur privé. Elle est mariée et mère de quatre enfants.

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